LA SEVE DES MOTS

Mercredi 18 mars 2009 3 18 /03 /2009 11:03



Perdue dans les reflets d’un estuaire immense,
Vaste delta boueux aux salines brûlantes,
Je laisse s'effacer mes traces d'existence
En flaques anonymes.

Mes pieds ne savent plus où porter leur élan
Essoufflé et stérile.
Dans cette argile tendre que fige l'implacable
En ridules muettes
S'enfonce sans un bruit
Mon corps tout en brisures

Mes paupières jaunies
S'engluent dans les bruines
D'une écume malsaine
Surmontant l'impensable.

Ici plus rien ne bouge,
Que le vent qui rugit
Au vide de l'espoir.
Ici
S'abîment tous les rêves,
En une marée de vase
Immobile.
Tous les demains s’échouent et se mêlent au sable
Indifférent
Qui avale leurs cris
D'oiseaux désenchantés,
Abattus en plein vol
Au milieu de nulle part.

L'horizon qui recule devant ma main tendue
Borde un ciel empesé de lassitude morne
Qui ne renvoie de l'eau qu'une infinie ténèbre.

Me voilà parvenue là où les yeux se perdent,
Là où le cœur se rend, désarmé et muet.
Où l'espoir abandonne ses ultimes haillons
Et s'enlise, vaincu, au-delà des regrets.
Au-delà de la vie qui perd la mémoire
De ses semblants d'ivresse,
Au-dedans d'un écho qui ne renvoie plus rien
Qu'une traînée de néant,
Et qui adjure sans fin
En sanglots silencieux,
Nostalgie décharnée qui ne se sait même plus.

Agenouillée
Au parvis de mon temple,
Au pied de mon miroir,
Je sonde mon regard
Et me répond le vide.
J'implore mon désir
Et résonne l'absence.
Et les masques s'effritent
Me laissant impudique.
Et l'angoisse ricane
Devant ma nudité.
Et la mort salive
De me savoir brisée,
Prête à abandonner
Tous les terrains conquis.

Et mes mots se sont tus.
Et mes mains n'osent plus.
Et ma voix n'a plus rien pour habiller ses pleurs
D'un reste de fierté.
Crépuscule édenté de ma jeunesse vide
Où demain n'a plus cours,
Où le son éraillé d'une porte déchue
Fait résonner son glas
Au profond de ma nuit.

Comme une plainte vaine qui traverse l'espace
Dégorgent mes passions au fond d'un ventre amer,
Cacophonie obscène,
Dissonance vulgaire,
Quand se perd l'harmonie
Au fil du désespoir.

Bientôt ensevelie,
La clarté n'a plus cours
Quand s'éparpillent au vent
Les débris d'une vie.

J'ai déjà oublié
Qu'un jour j'ai eu le ciel
Dansant au fond des yeux...

 

 

 

 

Françoise Jeurissen/Tinuviel

Février 2009

 

 

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Ce texte et d'autres sur LE TEMPS DES AVELINES

 
 

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Vendredi 10 octobre 2008 5 10 /10 /2008 14:53


Sous les braises d’un ciel sur le point de sombrer
Elle se donne au vent et se lie à la terre
Femme-fée, femme nue, sauvage et animale
Les cheveux cascadant sur son corps délié
Elle entonne le chant antique des sorcières
Les reins chauds et cambrés en un désir primal.

 
Elle accomplit l’offrande sous la voûte noircie
Ballet originel d’amour et d’harmonie ;
Louve belle et sereine,
La femelle prêtresse se mêle à la forêt,
A la pierre, au ruisseau, à l’oiseau qui se tait
Pour un rite de feu éclaboussant la nuit.

 

Et la peau frémissante, prête à la communion,
Elle s’étire, féline,
Serpentant sous la lune aux reflets de passion
Seins d’opale durcis, elle offre ses collines       
Et ses cavernes ruisselantes
Et ses riants vallons
Et sa bouche de fruit
Et ses mains qui se tendent
Et son corps qui dit oui
A la puissante union,
Sur la mousse complice célèbre son désir
Et dans l’éblouissement accueille son plaisir.

 

Son âme qui chavire l’espace d’un éclair
L’univers qui s’entrouvre et offre ses mystères.
A l’amante du monde, à la femme, à la Mère.

 

Françoise Jeurissen / Tinuviel - octobre 2008

 

                                                     Tableau de Séverine Pineaux
                                           Allez visiter son site, c'est magnifique !

 

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Lundi 29 septembre 2008 1 29 /09 /2008 16:18


C'est un voile de lin doux qui chavire à la brise,
Recouvrant la fenêtre d'une maison pâlie.
Au travers,

J'aperçois vos visages,
Penchés, craquelés,

Parchemins dessinés de vos vies parcourues.
Douce lueur poudrée des regards crépuscule,
Chuchotements inaudibles de vos âmes froissées
Par le temps
Qui s'est tu,

Fatigué.
La partition s'achève.
Il fait brume en vos murs tapissés de tendresse.

Aux murmures quotidiens qui se font litanie
D'amour
Se tendent les doigts gourds
Et les yeux dépolis

Où se devinent encore les festins d'autrefois.

Françoise Jeurissen/Tinuviel - été 2008

 

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Mercredi 24 septembre 2008 3 24 /09 /2008 12:18


Je ne sais pas si vous connaissez ou aimez Lynda Lemay, mais j'ai toujours trouvé cette chanson magnifique (comme toutes ses chansons d'ailleurs !).

Et voilà que je tombe sur cette vidéo, où en plus de l'émotion contenue dans le texte,  la poésie de la traduction gestuelle vient encore rendre cette chanson plus bouleversante.

Bon, certains diront que c'est de l'émotion facile, ou que sais-je. Je m'en fous, j'ai eu envie de partager ça avec vous.



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Lundi 28 juillet 2008 1 28 /07 /2008 16:36


Depuis toujours, je cours après des lucioles.

Affamée d'absolu, derrière elles je vole

Cherchant à découvrir ce verger des lumières

  rosiraient enfin les fruits de mes chimères.

 

Car en ma terre en friche ne peuvent voir le jour

Que des ronces stériles, éraflant le contour

des rêves excisés qui servent de décor

A la pierre de jais qui sommeille en mon corps.

 

Ongles déchiquetés, je creuse au fonds du puits

D'une angoisse lointaine, souffrance originelle

De n'avoir jamais su éveiller ton envie,

Matrice inachevée, ma mère, sombre et belle.

 

Je suis une enfant triste aux mains endolories,

Cherchant dans vos pupilles le terme de ma quête.

Je laisse sur vos corps la trace de mes cris

Et dans vos bras ouverts l'odeur de ma défaite.

 

J'ai beau fuir en courant le sabbat de mes peines,

Décacheter vos coeurs, me brûler aux méandres

Et aux ciels rougeoyants de vos âmes en cendres,

L'éternité se cache,  mes rêves me malmènent.

 

Galopent autour de moi vos destins emmêlés

Sans que jamais j'y trouve le repos de mes leurres.

J'ai l'amour hémophile, la soif immodérée

D'être ce sable doux qui égraine vos heures.

 

En vos coeurs miroirs je cherche mon reflet,

Je module mon chant aux notes de vos vies,

J'habille mon regard des couleurs de vos nuits,

Je meuble mon silence du bois de vos regrets.

 

Je navigue à l'instinct sur vos grands océans

M'appropriant la barre de vos coques fragiles.

Mais le soir revenu, j'échoue sur les brisants

De l'horizon d'adieu qui perle entre vos cils.

 

Depuis toujours je cours après des lucioles ...

 

Françoise Jeurissen/Tinuviel
Mai 2008

 



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Samedi 19 juillet 2008 6 19 /07 /2008 12:23

Un poème écrit il y a peu ... j'aime que cela figure aussi sur ce blog, parce qu'écrire fait également partie de mon univers, et qu'ici c'est chez moi :-)


Il est devenu temps de poser mon bagage,
De rendre enfin les armes, d'offrir mon visage
Aux embruns de tes mots ressuscitant ma joie.

Mon errance épuisée, guenille d’amertume,
S’est fondue dans le vent qui caresse la brume
Et enroule ma voile aux lambeaux de tes doigts.

Tous mes rêves morts-nés tatoués de chagrins
Piaffent, impatients, dans le creux de mes poings
Oisillons décharnés réclamant leur pitance.

Je découds les paupières de mon âme sauvage,
À ton clair de douceur j'offre mes paysages
Aux notes indomptées d'une prière immense.

En moi, la flamme noire, farouche, vacille
Sous le souffle fragile enrobant mon sursis,
Et ne consume plus le bord de mon regard.

Par toi j'ose prier, croire et m'abandonner,
Ouvrir à ton désir mon ventre déserté
Et broder sur ta peau le fil de mon espoir.

Tu t’enracineras dans mes tièdes méandres
Et j’ancrerai ma foi sur tes lèvres de cendre
D’un baiser à jamais scellé sur nos brûlures.

Pour nous je tresserai la dentelle des jours
Dessinant les contours épurés d’un amour
Apprivoisant nos cris pour qu’ils nous soient murmures.


Françoise Jeurissen/Tinuviel
Mai 08


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Mardi 16 octobre 2007 2 16 /10 /2007 13:24


La poésie contemporaine ne chante plus… Elle rampe
Elle a cependant le privilège de la distinction… elle ne fréquente pas les mots mal famés… elle les ignore
On ne prend les mots qu'avec des gants : à "menstruel" on préfère "périodique", et l'on va répétant qu'il est des termes médicaux qui ne doivent pas sortir des laboratoires et du Codex.

Le snobisme scolaire qui consiste, en poésie, à n'employer que certains mots déterminés, à la priver de certains autres, qu'ils soient techniques, médicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baisemain

Ce n'est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baisemain qui fait la tendresse
Ce n'est pas le mot qui fait la poésie, mais la poésie qui illustre le mot.
Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s'ils ont leur compte de pieds, ne sont pas des poètes, ce sont des dactylographes
Le poète d'aujourd'hui doit être d'une caste
d'un parti
ou du Tout-Paris
Le poète qui ne se soumet pas est un homme mutilé

La poésie est une clameur. Elle doit être entendue comme la musique. Toute poésie destinée à n'être que lue et enfermée dans sa typographie n'est pas finie. Elle ne prend son sexe qu'avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l'archet qui le touche

L'embrigadement est un signe des temps. De notre temps

Les hommes qui pensent en rond ont les idées courbes

Les sociétés littéraires c'est encore la Société

La pensée mise en commun est une pensée commune


Mozart est mort seul, accompagné à la fosse commune par un chien et des fantômes
Renoir avait les doigts crochus de rhumatismes
Ravel avait dans la tête une tumeur qui lui suça d'un coup toute sa musique

Beethoven était sourd

Il fallut quêter pour enterrer Bela Bartok
Rutebeuf avait faim
Villon volait pour manger

Tout le monde s'en fout

L'Art n'est pas un bureau d'anthropométrie

La Lumière ne se fait que sur les tombes

Nous vivons une époque épique et nous n'avons plus rien d'épique
La musique se vend comme le savon à barbe
Pour que le désespoir même se vende il ne reste qu'à en trouver la formule.
Tout est prêt : les capitaux
La publicité
La clientèle.

Qui donc inventera le désespoir ?


Avec nos avions qui dament le pion au soleil.

Avec nos magnétophones qui se souviennent de "ces voix qui se sont tues", avec nos âmes en rade au milieu des rues, nous sommes au bord du vide, ficelés dans nos paquets de viande, à regarder passer les révolutions


N'oubliez jamais que ce qu'il y a d'encombrant dans la Morale, c'est que c'est toujours la Morale des autres.

 

Les plus beaux chants sont les chants de revendications

 

Le vers doit faire l'amour dans la tête des populations.

 

A L'ECOLE DE LA POESIE ON N'APPREND PAS


ON SE BAT !

---

léo ferré, extrait de l'album il n'y a plus rien

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Dimanche 19 février 2006 7 19 /02 /2006 19:32


Tout simplement les mots qui je mets sur une aventure aussi magique que banale : porter la vie.

 

Me voilà forteresse, gorgée de sève, gardienne d’une autre vie.
Éblouissement.
Puissance.
Promesse.
Humilité surtout. Je t’aime, petit bourgeon tranquille accroché à mes chairs, qui se balbutie en bulles douces, se décline en sensations indéchiffrables, et se nourrit de mon intimité.

Petite âme, tu m’as élue écrin de ta métamorphose. Pour un temps dont tu décideras, je serai ta passeuse, ton souffle, ton refuge, ton radeau vers demain. Complicité immatérielle, caresse intérieure, prière païenne, secret langage… mon ventre est une voile gonflée du vent lointain de terres fertiles. Il se tend et s’enroule autour de toi qui te loves, félin, dans mon antre profonde. Tu es là, blotti au plus doux de moi, tu prends tes aises, tu t’installes et t’étales, tu ronronnes et je me bastionne pour que rien ne vienne troubler ta quiétude.

Langoureux et chaud, ce pas de deux. Aucune fausse note ne vient en troubler l’harmonie délicieuse et sacrée.

Notre enfant… rencontre incarnée de nos fluides amoureux, partage fécond de nos plaisirs, petit fruit encore vert d’un couple mûri au soleil des jours enlacés, petit pois, petit poids mais si lourd déjà de nos passés imparfaits.

Mon enfant, toi que j’espère sans hâte, toi qui te ressources un instant d’éternité sur mon rivage intérieur, toi qui m’as confié ton âme et l’immense tâche d’y coudre à points dentelle les premiers mots de ton histoire… voilà que je te livre, sans regret et sans méfiance, mon plus précieux secret, celui qui me fait femme et déesse à la fois, celui qui fait que, par-delà les mots et les violences, j’entends le chant du monde résonner en mon sein. Écoute bien, enfant, tu l’oublieras si vite…

Et en attendant que tu aies fini ton voyage immobile au creux de ma chaleur, je te l’offre en partage, ce corps qui pour toi s’habille d’un voile de tendresse, pour te faire douceur de nacre au cœur de la moiteur. Ce corps qui avec toi pour l’instant ne fait qu’un, ce corps qui à jamais te sera protection et indulgence. Et j’en ris et j’en pleure, de ce corps aux formes bizarres qui ne pulse plus, farouche, qu’au rythme du fardeau qu’il berce.

Ma source abreuve quelqu’un d’autre, le temps de quelques saisons, de quelques lunes. Ce temps qui s’écoule, voluptueux et ralenti, au goutte à goutte de ta vie en herbe. Et je me sens riche, riche, riche.

Dis, petite âme, ne sois pas trop pressée…



F. Jeurissen
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Lundi 30 janvier 2006 1 30 /01 /2006 21:30

Voici un texte qui, à l'époque où je l'ai écrit, m'avait été largement inspiré - entre autres - par la lecture du "continuum concept". Je ne l'avais pas réalisé tout de suite, mais après coup ça m'a sauté aux yeux.


Il est étendu là dans le noir depuis des siècles, des millénaires, à attendre qu’on vienne le délivrer.

Il ne sait pas - pourrait-il le savoir ? - quelle est la pire souffrance. La faim ? La peur ? La solitude ? Le froid ? L’impuissance ? Tout se confond sous le linceul glacé d’une indicible et abyssale angoisse. Une angoisse de mort.

Mais que sait-il de la mort ? Rien, il ne peut même pas en avoir l’idée. Mais il le pressent dans cette partie de son cerveau qui remonte à la nuit des temps. C’est l’angoisse de finir là dans cette obscurité, d’y rester pour toujours, incapable de se mouvoir, sa vie se diluant dans une éternité de douleur toujours reconduite. Son cœur, son ventre, son cerveau éclatant sous la cruelle et colossale violence des émotions ressenties, s’éparpillant dans ce vide, chavirant dans ce rien.

Parfois il crie, il hurle comme un damné, pendant des heures, pendant des vies. Pour rien. Il ne crie même plus pour obtenir un peu de douceur et de lumière, puisqu’il peut mourir tellement de fois au fond de son âme avant qu’elles ne reviennent. Puisqu’à chaque fois il en oublie même qu’elles peuvent exister.

Et puis vient le moment où, exténué, il ne peut plus que gémir spasmodiquement, sur une seule note faible et lancinante. Et la mélopée impuissante et désespérée finit par cesser de transpercer le silence épais de l’indifférence qui l’entoure. Il s’arrête, éperdu de douleur, la gorge incendiée, les yeux brûlants de sel, la poitrine hoquetante, la tête bourdonnante, à bout de souffle, à bout d’espoir.

Mais voilà que l’instant se suspend, que l’espace se dilate et se resserre autour de lui au rythme de son cœur emballé, la terreur monstrueuse hésite à refluer enfin. Car du fond de son puits de souffrance, lui parviennent des bruits lointains. Des bruits joyeux, des bruits vivants, qui réveillent en lui l’écho d’une autre époque. Des bruits chauds et bons, qui le font redoubler d’appels éperdus, malgré les brûlures de son corps épuisé. Parce que ces bruits ont soufflé sur l’espoir qui survit tout au fond de lui, et l’ont attisé un instant. Mais bientôt les sons étouffés diminuent, pour s’arrêter totalement sans la moindre délivrance. Harassé, il consent à se taire enfin, figé dans la désespérance.

Il finit par sombrer, vidé, dans un sommeil hors du temps, dans un coma libérateur. Et là son inconscient peut replonger avec délice dans le souvenir d’une autre époque, d’un temps où tout était différent. Il se rappelle alors la chaleur, la douceur, la félicité de son corps, aux besoins tellement vite comblés qu’il n’avait même pas le temps de les ressentir. Il se souvient en rêve de l’éternité de ces jours heureux, bercés dans un océan de chaleur enveloppante, rythmés par le battement assourdi et rassurant du cœur du monde. C’était une autre vie, un autre temps. Avant le cataclysme, avant le purgatoire.

Il s’éveille à nouveau, pour réintégrer sa terrible réalité. Il se tord de souffrance, pulse de mille hurlements dévastateurs, explose en mille fêlures. C’en est trop de cette solitude inhumaine et immobile, de cette obscurité sans fin. Il se déchire, ressent vaguement son esprit éclater en morceaux épars, impossibles à rassembler. Il n’est plus un. Il n’a plus d’humanité. Il n’y a plus de limite entre lui et l’enfer. Son cerveau trop meurtri va sombrer. Il n’est plus que douleurs et suppliques.

Et puis brusquement s’ouvre un pan de ciel, sur la lumière et la vie. Soudain cesse la torture, et s’illumine la nuit du grand silence de glace.

Des mains le soulèvent, le caressent, le réchauffent. Un liquide tiède et revigorant lui inonde les lèvres, et puis la gorge, et puis le ventre. Il peut se laisser aller à la volupté des goulées qui le revivifient, le ressuscitent. La tendresse universelle le submerge, son corps écartelé est enfin touché, reconstruit … il s’éclaire. Il redevient un, retrouve sa cohérence. Il vibre à nouveau au son de la pulsation familière du cœur du monde. Il se laisse caresser l’âme par cette voix ronronnante qui lui murmure des sons, des sons qui lui rendent la vie et la dignité. Il jouit et se berce sans retenue de cette voix aimée. Il est plein, il est rond, il est vivant autant qu’on peut l’être, il est confiance absolue.

Il a déjà oublié la souffrance et l’angoisse. Déjà oublié la solitude et le vide. Il vit l’instant présent, aussi voluptueusement comblé qu’on peut l’être.

Et il ignore, heureusement, l’éternel recommencement de ce jeu cruel.

* * *

- Et alors, ça va mieux maintenant, il est moins difficile ?

- Oui, j’ai suivi tes conseils, et il s’arrête de plus en plus vite de pleurer maintenant… Je crois qu’il a compris.

- Je te l’avais bien dit. C’est comme ça avec les bébés. Si tu cèdes à tous leurs caprices, tu n’en finis jamais. Il est capable de savoir que tu as besoin de temps pour toi et qu’il doit devenir autonome. Après tout, une nuit, ce n’est pas si terrible !

- Tu as raison. C’est vrai qu’il ne manque de rien dans son petit lit… Merci pour tes conseils.



Françoise Jeurissen - Tinuviel
2003 ?
Par Tinuviel - Publié dans : LA SEVE DES MOTS
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Jeudi 12 janvier 2006 4 12 /01 /2006 21:54

Un texte de Marypascal Beauregard, en réponse à l'argument fallacieux qui consiste à dire que "si tout le monde pense que", c'est que ça doit forcément être vrai.

   

Ben oui, forcément, la loi du nombre ... Je me souviens ...


Je me souviens d'un temps ou la terre était plate. Ou tout le monde
disait qu'au bout, on tombait dans un fossé immense, ou vivaient des
monstres qui se repaissaient des voyageurs inconscients ayant osé s'y
aventurer. Il y avait même un type, un fou dangereux, qui après
avoir étudié la question a suggéré qu'il pouvait en être autrement.
Par chance, les autorités ont vite sévi et menacé le con de prison...


Je me souviens des cris de mes soeurs, brûlées sur un bûcher parce
qu’elles avaient osé suggérer le pouvoir guérisseur des plantes,
avaient aidé des mères en couches, avaient dit que les humains
pouvaient vivre autrement que sous le joug de l'église... Par
chance, on en a exterminé tellement que leur "connaissance" est
presque éteinte aujourd'hui !! ce qu'il en reste est soigneusement
encadre par des lois, pour "protéger le public" ...


Je me souviens d'un type, un autre fou, (forcement, il a fini par se
suicider!) lui il disait que les médecins portaient sur leurs mains
de minuscules contaminants, venant des cadavres autopsiés, et que ces
substances faisaient mourir les femmes en couches. Encore plus fou,
il suggérait qu'un simple lavage des mains pouvait diminuer la
contagion !!


c'est vrai qu'en général, vaut bien mieux se fier a la loi du nombre,
sinon tu imagines, les femmes se mettraient a accoucher n'importe
où, de leur salle de bain au pied des arbres and so on ! »

Par Tinuviel - Publié dans : LA SEVE DES MOTS
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