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18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 10:56

Excellent article sur la lactation, je le recommande !

Source : http://www.cairn.info/revue-spirale-2003-3-page-45.htm

L’insuffisance de lait, qu’elle soit réelle ou simplement perçue, est la première cause d’abandon de l’allaitement. L’enquête française de 1995 (Crost, 1998) révèle que chez les femmes ayant cessé d’allaiter avant neuf semaines, le principal motif d’arrêt invoqué est dans 38 % des cas une insuffisance de lait. La croyance que beaucoup de mères ne sont pas capables de produire assez de lait est profondément enracinée et extrêmement répandue. De nombreux cas cliniques de stagnation pondérale chez des nourrissons allaités tendent à renforcer l’idée que l’insuffisance de lait « sévit » de manière endémique. L’expression « syndrome d’insuffisance de lait » est apparue dans la littérature biomédicale et anthropologique au début des années 1980 (Gussler, Briesemeister, 1980 ; Greiner et al., 1981). Ce nouveau syndrome a été rattaché aux pratiques d’allaitement inadaptées (mise à distance de la mère et de l’enfant et règles horaires rigides) et à la très large diffusion des laits industriels. Il englobe « l’insuffisance de lait » à proprement parler mais aussi l’insuffisance de lait dans une dimension qualitative, des doutes sur la qualité et la valeur nutritionnelle du lait étant aussi très fréquemment invoqués (Dykes, 2002 ; Obermeyer, Castle, 1996). La prévalence élevée de ce syndrome dans la plupart des pays occidentaux contraste avec sa rareté dans les pays où l’allaitement maternel est très valorisé et le recours aux laits artificiels beaucoup moins facile, de même qu’il était quasiment inconnu à l’époque où l’allaitement était encore la norme et le mode d’alimentation prépondérant dans les pays occidentaux (Gussler, Briesemeister, 1980 ; Greiner et al., 1981 ; Dykes, 2002 ; Obermeyer, Castle, 1996 ; Renfrew, Woolridge, McGill, 2000).

La connaissance de la physiologie de la lactation et de la régulation de la production de lait ainsi que celle du comportement, des besoins et de la croissance des nourrissons permettent de comprendre que, dans un contexte où le lait artificiel est largement disponible et son utilisation depuis longtemps normalisée, le syndrome d’insuffisance de lait est un mythe culturellement construit.

Physiologie de la lactation

Le lait est fabriqué continuellement par les cellules de l’épithélium mammaire, il est sécrété et stocké dans les alvéoles jusqu’à ce que son extraction soit initiée. Le contrôle de la synthèse, de la sécrétion et de l’éjection du lait est complexe et multifactoriel (Neville, 1999 ; Hartmann, 2000). Il implique deux niveaux de régulation, le premier central, endocrine, l’autre local, autocrine.

Le contrôle endocrine s’exerce essentiellement par l’intermédiaire de la prolactine pour la sécrétion et de l’ocytocine pour l’éjection. La prolactine est sécrétée par l’antéhypophyse et stimule la synthèse du lait. La succion déclenche des pics de prolactine pouvant durer jusqu’à 75 minutes après le début de la tétée et qui se surimposent au taux sérique de base très élevé à l’accouchement. Cependant, la prolactine n’a qu’un rôle permissif sur la synthèse, elle ne régule pas le volume de lait produit, lequel dépend essentiellement de facteurs locaux : il n’a été retrouvé aucune corrélation entre le taux de prolactine et la synthèse du lait à court et à long termes (Hartmann, 2000 ; Cregan, Hartmann, 1999). L’ocytocine est libérée à partir de l’hypophyse postérieure et permet l’éjection du lait ; en effet, le lait a tendance à adhérer aux membranes plasmiques et il y a des forces de tension superficielle qui s’opposent à son écoulement dans les plus petits canaux galactophores (Houdebine, 1993). L’ocytocine agit sur les récepteurs des cellules myoépithéliales dont elle provoque la contraction : le lait est propulsé des alvéoles vers les canaux et les sinus lactifères d’où il peut être extrait. Mais la libération d’ocytocine peut être influencée par de nombreux facteurs : c’est le cas notamment du stress qui a un rôle inhibiteur. Newton a montré en 1948 que le stress psychologique ou la douleur diminuaient la production de lait ; ultérieurement, Ueda (1994) a pu montrer que la base physiologique est en fait une inhibition des décharges d’ocytocine. D’autres hormones jouent aussi un rôle dans le contrôle endocrine de la lactation et participent à l’établissement d’un « climat hormonal » favorable à l’établissement et à l’entretien de la lactation : hormones de croissance, insuline, glucocorticoïdes et hormones thyroïdiennes.

Le contrôle endocrine n’explique pas complètement la régulation du volume de lait produit ; il existe un mécanisme de régulation locale qui exerce un rétrocontrôle négatif inhibant la synthèse lactée tant qu’il reste un important volume de lait résiduel dans les seins (Neville, 1999 ; Hartmann, 2000 ; Cregan, Hartmann, 1999). Le fil (feedback inhibitor of lactation) est une petite protéine du lactosérum synthétisée en même temps que les autres constituants du lait et qui en s’accumulant avec le lait alvéolaire freine la synthèse du lait. À l’aide d’une modélisation informatique qui permet de mesurer avec précision le volume et les variations de volume des seins entre les tétées, Hartmann et son équipe ont pu montrer que le taux de synthèse du lait varie considérablement (de 6 à 90 ml/h) en fonction du degré de remplissage des seins (Hartmann, 2000 ; Cregan, Hartmann, 1999). Le taux de synthèse du lait est inversement proportionnel au degré de remplissage et n’est pas le même dans les deux seins même si ceux-ci reçoivent la même stimulation hormonale. Le contrôle autocrine permet de comprendre que tous les facteurs qui limitent l’extraction du lait (tétées inefficaces, faible nombre de tétées, tétées trop courtes, anomalies du réflexe d’éjection) entraînent une diminution du volume de lait produit. C’est également la raison pour laquelle toutes les difficultés de l’allaitement peuvent se compliquer d’une insuffisance « secondaire » de lait. Inversement, une mère peut augmenter sa production lactée en améliorant l’efficacité de l’extraction du lait et en augmentant le nombre de tétées. Le contrôle autocrine régule le volume de lait produit dans le but de répondre aux besoins a priori imprévisibles de l’enfant, tout en évitant des dépenses énergétiques inutiles pour la mère. Le déterminant le plus important du volume de lait produit est l’efficacité et la fréquence de l’extraction du lait, donc la demande de lait, normalement par l’enfant lui-même, demande elle-même influencée par son appétit, et donc probablement son âge, son poids et son état de santé (Hartmann, 2000). La quantité de lait produite par une mère est beaucoup plus le reflet des besoins de son enfant que de sa capacité propre à produire du lait.

L’utilisation de la modélisation informatique a également permis de mettre en évidence qu’il existe d’importantes variations (80 à 600 ml) dans la capacité de stockage des seins d’un individu à l’autre et chez une même mère d’un sein à l’autre. Ces variations sont indépendantes de la capacité à produire suffisamment de lait mais elles peuvent avoir une influence sur le nombre de tétées et sur l’évolution de la lactation (Hartmann, 2000 ; Cregan, Hartmann, 1999).

Indépendamment des besoins et des rythmes individuels de chaque enfant, les mères dont les capacités de stockage mammaire sont faibles ont besoin de donner le sein plus souvent que celles dont les capacités de stockage mammaire sont grandes ; ainsi, certaines mères ont une physiologie de la lactation qui ne leur permet pas de s’adapter à des règles d’horaires rigides ou à un faible nombre de tétées. Chez les mères qui ont une faible capacité de stockage, des tétées espacées ou un engorgement peuvent rapidement entraîner une inhibition de la lactation.

L’établissement de la lactation suppose : 1) le développement normal de la glande mammaire ; 2) un « climat hormonal » adapté, comportant une chute du taux de progestérone, puis une sécrétion adéquate des hormones du complexe lactotrope, en particulier de prolactine ; 3) l’extraction du lait dans un délai post-partum variable selon les mères. L’entretien de la sécrétion lactée est essentiellement sous contrôle autocrine mais nécessite la persistance de pics de prolactine et le réflexe d’éjection.

Régulation du volume de lait produit

Les conclusions de toutes les études et les avis de tous les experts (Dewey, Lonnerdal, 1986 ; Woolridge, 1995) indiquent que la lactation est régulée par le principe de l’offre et de la demande, et que le déterminant le plus important du volume de lait produit est l’enfant lui-même, sa demande régulant l’offre, par le biais du contrôle autocrine. Il s’agit du principe physiologique fondamental qui sous-tend les pratiques à la base de la réussite de l’allaitement (Renfrew, Woolridge, McGill, 2000). Comme chez l’adulte, l’appétit de l’enfant contrôle la quantité ingérée et c’est l’apport calorique (ou l’apport de graisses) qui détermine la satiété (Woolridge, 1995). Si la concentration en graisses du lait est plus faible que la moyenne, l’enfant consomme une plus grande quantité de lait. Chez les mères dont les réserves de graisses sont très faibles et qui produisent un lait dont la valeur calorique peut être diminuée jusqu’à 15 %, le volume de lait produit est augmenté de 5 à 15 % (Neville, 1999). Quand la valeur calorique du lait est basse, les enfants s’adaptent en augmentant la durée des tétées et donc la « vidange » des seins, ce qui a pour effet d’augmenter le volume de lait produit (Tyson et al., 1992).

Pour que ces mécanismes de régulation physiologique puissent fonctionner normalement, il faut que l’enfant ait l’opportunité d’autoréguler ses besoins qui peuvent être variables selon les périodes. Il est donc indispensable que l’enfant tète de façon efficace et qu’il ait accès au sein sans restriction. Si les mères adoptent ou sont encouragées à adopter des comportements où elles exercent le contrôle principal sur la conduite de l’allaitement, par exemple en imposant un nombre et une durée arbitraire de tétées, l’enfant risque de ne pas pouvoir réguler ses besoins nutritionnels de façon adéquate, sauf si ses capacités d’adaptation lui permettent de s’accommoder d’un schéma rigide et préétabli (Woolridge, 1995).

Les études sur les volumes de lait consommés par des nourrissons allaités au cours des six premiers mois montrent qu’après établissement de la lactogenèse stade II, il existe une période d’ajustement de la production de lait aux besoins de l’enfant : on observe une augmentation initiale rapide du volume consommé (en moyenne 175 g/semaine) et donc une adaptation du volume produit avec généralement production de lait à la hausse mais parfois à la baisse si la production initiale était supérieure aux besoins ; cette période dure jusque environ 4-6 semaines post-partum, puis le volume atteint une phase de plateau, l’enfant consommant en moyenne 750 grammes de lait par jour entre 1 et 6 mois ; l’augmentation jusqu’à l’âge de 6 mois est beaucoup plus lente (en moyenne 4 g/semaine) (Woolridge, 1995). Ces premières semaines de l’allaitement correspondent à une période de calibrage au cours de laquelle l’amplitude de la production lactée s’établit ; il est particulièrement important de veiller à ce que les tétées soient à la fois efficaces et suffisamment nombreuses. Tout ce qui va interférer avec l’établissement d’une production de lait suffisante (engorgement sévère, tétées peu efficaces, nombre ou durée des tétées insuffisants, compléments non nécessaires) risque de compromettre l’établissement de la lactation et la poursuite de l’allaitement.

Données sur la croissance et le développement du nourrisson

La croissance des enfants allaités est différente de celle des enfants nourris au lait artificiel (Dewey et al., 1995) : plusieurs études ont montré que, comparativement aux enfants nourris au lait artificiel, les enfants allaités jusque au moins l’âge de 1 an grossissent plus vite pendant les deux à trois premiers mois et moins vite à partir du troisième ou du quatrième mois. Pendant les premières semaines de l’allaitement une courbe de poids hésitante ne doit pas être considérée comme normale. Si à partir de la fin de la première semaine, le nouveau-né ne prend pas au moins 120 à 130 grammes par semaine, il est probable qu’il ne consomme pas suffisamment de lait (Nelson et al., 1989). Des mesures précoces visant plutôt à améliorer la conduite de l’allaitement qu’à introduire facilement des compléments sont préférables à une attitude attentiste afin d’éviter que les problèmes ne se compliquent d’une insuffisance de lait. En revanche, si la croissance d’un nourrisson en bonne santé, exclusivement allaité, a tendance à s’infléchir à partir du troisième ou du quatrième mois, il n’y a pas lieu de s’alarmer ni de conseiller à la mère d’introduire des compléments. Rappelons que les courbes de croissance actuellement disponibles dans les carnets de santé ont été établies sur des populations d’enfants essentiellement nourris au biberon. L’allaitement maternel étant la norme de l’alimentation infantile, la croissance des nourrissons allaités doit en constituer la référence et il est indispensable que l’on puisse disposer de courbes de croissance adaptées.

Hetty van de Rijt et Frans Ploo ont étudié pendant vingt-cinq ans le développement des bébés et l’attitude des mères face à cette évolution (Van de Rijt, Ploo, 2001). Ils ont découvert que tous les bébés normaux et en bonne santé présentent à certaines périodes de leur développement des moments difficiles faits de pleurs parfois incessants qui sont source d’anxiété et d’exaspération pour les parents. Ces périodes correspondent en fait à d’importants changements dans le développement psychomoteur des nourrissons et se manifestent par des modifications du comportement avec crises de pleurs ou agitation inexplicable. Ces jours difficiles précèdent l’apparition de nouvelles compétences, sorte de « bonds en avant », et surviennent à des âges sensiblement identiques et quasiment prévisibles pour la plupart des bébés. De même pour Brazelton (2003), il existe des moments de régression au cours du développement d’un enfant, juste avant les élans de développement, qui constituent des moments au cours desquels l’enfant reprend des forces pour mieux repartir en avant. Ces notions, bien connues des spécialistes du développement, sont à rapprocher de celles habituellement décrites dans les publications spécialisées dans l’allaitement maternel sous le terme de « poussées de croissance » et sur lesquelles nous reviendrons. Il s’agit en fait plus probablement de « poussées de développement », et leur survenue, classique notamment à la fin du premier mois et au début du deuxième, est souvent interprétée chez un nourrisson allaité comme le signe d’un manque de lait, ce qui va conduire à l’introduction injustifiée de compléments de lait artificiel et à l’abandon plus ou moins rapide de l’allaitement.

Description et classification de « l’insuffisance de lait »

Pour les parents et les professionnels de santé, le problème d’une « insuffisance de lait » se pose dans différentes circonstances : croissance pondérale lente ou stagnation pondérale, perte de poids, pleurs ou agitation de l’enfant, changement de ses rythmes de sommeil et notamment besoin de téter la nuit, nombre élevé de tétées, tétées très longues, ou encore perception de seins souples, disparition des « fuites » de lait. Il peut aussi s’agir de modifications dans l’aspect ou la fréquence des selles, faisant douter de la qualité du lait.

On ne connaît pas de manière précise l’incidence du problème, car il y a peu d’études disponibles. Il n’y a pas non plus de définition précise de l’insuffisance de lait et dans ce contexte il est essentiel d’essayer de différencier (Renfrew et al., 2000) :

  • une incapacité physiologique maternelle à produire du lait ou assez de lait ;

  • une insuffisance de lait « secondaire » ;

  • la crainte ou la perception d’un manque de lait.

Quelques études ont cherché à évaluer le problème.

Neifert (1990) a suivi de manière prospective 319 primipares bien portantes, motivées et allaitant exclusivement un nouveau-né à terme : en prenant comme critère de production lactée suffisante une prise de poids d’au moins 28,5 g/j, 85 % des mères ont une lactation suffisante établie dans les trois semaines post-partum ; 15 % des mères n’ont pas pu établir une production de lait suffisante pendant cette même période en dépit d’une prise en charge optimale. Si le critère de définition retenu est une prise de poids de 20 g/j le nombre de mères ayant une insuffisance de production de lait à trois semaines est de 10,7 %. Dans deux tiers des cas cependant, l’insuffisance de production de lait n’a pas été considérée comme primitive mais secondaire à des difficultés ayant entraîné un mauvais transfert du lait à l’enfant et donc une baisse de lait.

Mathur (1992) a pris en charge et suivi 75 femmes dont 71 avaient une production de lait insuffisante et 4 aucune production de lait ; 70 % des mères ont pu allaiter complètement après prise en charge visant à rétablir l’allaitement avec succès ; trois des quatre mères qui ne produisaient pas de lait ont pu allaiter normalement par la suite.

Woolridge (1995) rapporte que « l’insuffisance de lait » est le principal motif de consultations au centre de consultations d’allaitement à Bristol (Royaume-Uni). 465 femmes sur les 705 (66 %) vues sur une période de deux ans et demi ont été adressées pour cette raison. Dans la grande majorité des cas (85 %), il n’y avait pas d’insuffisance de lait et le problème s’est rapidement corrigé simplement par des conseils et du soutien. Une incapacité pathophysiologique à produire du lait (< 150 ml/jour) n’était retrouvée que dans 1,3 % des cas. Dans environ 10 % des cas, il existait une insuffisance de production de lait soit primitive (4,8 %), idiopathique, liée à la mère (150-350 ml/ jour), soit acquise (5,2 %), généralement liée à une conduite inappropriée de l’allaitement (< 450 ml/jour).

L’insuffisance de lait liée à une incapacité pathophysiologique maternelle à produire du lait ou assez de lait est rare et concerne probablement moins de 5 % des mères.

Des anomalies anatomiques congénitales ou postchirurgicales peuvent être à l’origine d’une insuffisance de lait.

Huggins (2000) rapportait que sur 34 cas de mères suivies de manière prospective et présentant différents degrés d’hypoplasie mammaire, 61 % n’ont pas réussi à établir une lactation suffisante. La production de lait était corrélée au degré d’hypoplasie.

La chirurgie mammaire peut avoir un impact sur la production lactée : dans l’étude de Neifert, 6,9 % des mères avaient subi une chirurgie mammaire. Le risque d’insuffisance de lait est multiplié par trois comparativement à celles qui n’ont pas été opérées. L’existence d’une incision péri-aréolaire multiplie le risque d’insuffisance de lait par cinq. Les quatre mères ayant subi une réduction mammaire (avec incision péri-aréolaire) sont celles dont la sécrétion lactée est la plus basse. Plusieurs autres études retrouvent des résultats comparables (Soderstrom, 1993 ; Widdice, 1993 ; Marshall ; Callan ; Nicholson, 1994 ; Hurst, 1996) et il est possible de les résumer en disant que la réussite de l’allaitement semble probable après chirurgie d’augmentation, surtout en l’absence d’incision péri-aréolaire, possible après chirurgie de réduction si le mamelon n’a pas été détaché du sein, et improbable après chirurgie quand le mamelon a été détaché du sein.

D’autres causes peuvent être théoriquement à l’origine d’une insuffisance de production de lait mais très peu ont fait l’objet d’investigations particulières.

Parmi les causes hormonales possibles, l’hypothyroïdie, bien que régulièrement citée dans les manuels d’allaitement comme cause d’insuffisance de lait, n’a pas été évaluée précisément. Trois cas de rétention placentaire associée à un échec de l’établissement de la lactation ont été décrits par Neifert (1987) ; la lactation s’est mise en route immédiatement après ablation des fragments placentaires respectivement à 1, 3 et 4 semaines. Le syndrome de Sheehan à l’origine d’un panhypopituitarisme de degré variable est régulièrement cité comme cause d’agalactie ; exceptionnel dans les pays développés, c’est la première cause d’insuffisance de lait dans les pays en développement (Mathur et al., 1992). Cinq cas de déficits isolés en prolactine associés à des échecs d’allaitement ont été rapportés (Douchi et al., 2001).

Le stress peut supprimer la lactation directement en inhibant la sécrétion de prolactine et d’ocytocine et indirectement en agissant sur le système nerveux central et le système nerveux sympathique (Lau, 2001).

Contrairement aux idées reçues, la production de lait est sans rapport avec les apports nutritionnels et la quantité de liquides absorbés par la mère. D’après Newman (2000), « les femmes sont en majorité parfaitement capables de produire tout le lait dont leur bébé a besoin pour au moins 4 à 6 mois et peuvent continuer à en produire plein pendant encore des mois et des années […]. La plupart des mères ont la capacité de nourrir des jumeaux et même des triplés et certains femmes ont une surabondance de lait. Seul un petit nombre de femmes ne produisent réellement pas assez de lait mais même ces femmes peuvent allaiter quoique pas exclusivement ».

L’insuffisance de lait « secondaire », plus fréquente, est généralement la conséquence d’une conduite inappropriée de l’allaitement ou d’une demande insuffisante de la part de l’enfant. Ces deux situations éventuellement intriquées sont à l’origine d’un calibrage à un niveau insuffisant de la production de lait par le biais du contrôle autocrine. Cette situation peut être prévenue par l’enseignement de bonnes pratiques d’allaitement (tétées efficaces, non limitées, à la demande) et le dépistage des situations à risque qui pourront bénéficier d’un suivi plus étroit et d’un accompagnement adapté. La prise en charge doit viser à optimiser la conduite pratique de l’allaitement. La décision de donner ou non des compléments et leur mode d’administration optimal sont à décider au cas par cas en fonction du contexte et des problèmes identifiés.

La perception d’un manque de lait est la situation la plus courante.

Le comportement « normal » d’un bébé au sein étant assez mal connu, le besoin de téter fréquemment est souvent interprété comme étant un problème et en particulier un problème d’insuffisance de lait. Une agitation importante chez le bébé, des crises de pleurs plus fréquentes et prolongées sont une source d’angoisse importante pour la plupart des parents. Des attentes souvent irréalistes, notamment en termes de nombre de tétées ou de sommeil de nuit, et un manque de confiance dans la capacité des mères et de leur entourage tant familial que professionnel à nourrir leur bébé en les allaitant de façon exclusive sont à l’origine de la perception d’une insuffisance de lait.

Les mères qui allaitent doivent être prévenues qu’elles risquent d’être confrontées à des périodes difficiles où elles auront l’impression de manquer de lait et douteront de leurs capacités à satisfaire les besoins de leur bébé. Les symptômes associent à des degrés divers (Newman, Pittman, 2000) une sensation maternelle de seins « mous » ou vides et d’un réflexe d’éjection diminué ou absent et un nourrisson en bonne santé et dont la croissance est satisfaisante mais qui a l’air tout le temps affamé et pleure sans raison. Ces périodes de sensation de manque de lait sont décrites dans la littérature sous le terme de « transient lactational crisis » (Hillervik-Lindquist et al., 1991 ; Sjolin et al., 1977 ; Verronen, 1982 ; McCarter-Spaulding, Kearney, 2001) et l’usage dans les pays francophones est de les désigner sous le terme de « poussées de croissance ». On a vu qu’il s’agit en fait plus probablement de « poussées de développement » pendant lesquelles l’enfant a besoin de plus de réconfort et de sécurité et donc de proximité physique.

Verronen (1982), dans une étude prospective d’un groupe de 150 mères, a observé la survenue d’une ou de plusieurs « poussées de croissance » chez 36 % des couples mère-bébé, durant les trois premiers mois de l’allaitement dans 75 % des cas. Les périodes duraient moins de quatre jours dans 61 % des cas et étaient surmontées avec succès pour toutes les mères, essentiellement en proposant le sein plus souvent (62 % des cas). Hillervik-Lindquist (1991) qui a suivi prospectivement 51 couples mère-bébé de 3 jours à 18 mois retrouvait ces périodes de perception d’insuffisance de lait chez plus de la moitié des mères (54,9 %), survenant dans 52,3 % des cas au cours des trois premiers mois, avec dans 60 % des cas un seul épisode, et deux épisodes ou plus dans 40 % des cas. Dans la mesure où il n’y avait pas de différence significative dans les volumes de lait consommé par les enfants pendant les périodes de crises comparativement à ceux mesurés une semaine après, les auteurs concluaient qu’il s’agit bien de la perception d’une insuffisance de lait et non d’une insuffisance de lait réelle, ce qui ne justifie ni l’apport de compléments ni l’arrêt de l’allaitement mais des encouragements et du soutien. McCarter-Spaulding (2001) dans une étude de 60 mères retrouvait une corrélation significative (p < 0.01) entre les scores de confiance en soi et de compétence dans les soins à son enfant et la survenue d’épisodes de perception d’insuffisance de lait.

Conclusion

L’arrêt précoce de l’allaitement dans les semaines suivant la naissance est plus probablement la conséquence de facteurs psychologiques et socioculturels et de pratiques inappropriées que d’une incapacité physiologique endémique à produire suffisamment de lait (Renfrew et al., 2000). L’insuffisance de lait « primaire » d’origine pathophysiologique est très rare. Dans la majorité des cas, il s’agit soit de la perception d’une insuffisance de lait, soit d’une insuffisance de lait secondaire, donc d’un phénomène transitoire et susceptible d’être corrigé par l’optimisation de la pratique de l’allaitement associée à des encouragements et un soutien visant à restaurer la confiance de la mère dans ses capacités à satisfaire les besoins de son bébé.

La prévention est la meilleure approche du problème ; elle repose sur l’enseignement et la pratique de tétées efficaces, non limitées, à la demande, et le dépistage des situations à risque.

Dans une culture où le poids des règles imposées par l’alimentation artificielle est si fort, où le besoin de définir des normes est si grand et où la quête de performance, reflétée chez un nourrisson par son aptitude à rester seul et à « faire ses nuits » précocement, est aussi obsédante, un besoin élevé de tétées du fait et de la physiologie de la lactation et des besoins pas uniquement nutritionnels des nourrissons a de fortes chances de se solder par un arrêt précoce de l’allaitement. Notre environnement socioculturel ne favorise pas la proximité mère/bébé et c’est pourtant le corollaire indispensable à la pratique d’un allaitement réellement à la demande

Pour dissiper enfin le mythe de l’insuffisance de lait, la formation des professionnels de santé et l’éducation des familles sont indispensables. Leurs objectifs sont de :

  • faire comprendre que des apports nutritionnels insuffisants ne sont ni la principale ni la seule cause d’agitation et de pleurs chez le nourrisson, que l’allaitement repose sur le principe de l’offre et de la demande et que les nourrissons sont capables de réguler leurs besoins pour peu qu’ils tètent de façon efficace et aient accès au sein sans restriction ;

  • faire savoir que la croissance des nourrissons allaités diffère de celle des enfants nourris au lait artificiel et qu’il faut se méfier de décisions inadéquates en cas de croissance qui pourrait paraître insuffisante ;

  • faire en sorte que les mères n’adoptent pas des comportements conformes à des attentes culturelles irréalistes en matière d’allaitement et de comportement du nourrisson et dont la conséquence est de restreindre le nombre de tétées.

Biblio
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  • Newman, J. ; Pittman, T. 2000. Dr Jack Newman’s guide to Breastfeeding, Ontario, Harper Collins Publishers Ltd.

  • Newton, N. ; Newton, M. 1948. « The let down reflex in human lactation », J Pediatr., 33, p. 698-704.

  • Obermeyer, C.M. ; Castle, S. 1996. « Back to nature ? Historical and cross-cultural perspectives on barriers to optimal breastfeeding », Med Anthropol., mai, 17(1), p. 39-63.

  • Renfrew, M.J ; Woolridge, M.W ; McGill, H.R. 2000. Enabling women to breastfeed. A review of practices which promote or inhibit breastfeeding with evidence-based guidance for practice, London, The Stationery Office.

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  • Widdice, L. 1993. « The effects of breast reduction and breast augmentation surgery on lactation : an annotated bibliography », jhl , 9(3), 161-7.

  • Woolridge, M.W. 1995. « Breastfeeding : physiology into practice », dans Nutrition in Child Health, Ed D.P Davies, Proceedings of conference jointly organised by the Royal College of Physicians and the British Paediatric Association. rcpl Press, p. 13-31.

Notes

[*]

Gisèle Gremmo-Féger, pédiatre, consultante en lactation ibclc , chu de Brest.

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18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 10:47

Source :

http://jenaipasconsenti.tumblr.com/post/111186056388/mon-consentement-cest-pas-negociable

La récente polémique autour de la pratique des examens intimes réalisés à but de formation par des étudiants en médecine sur des patients anesthésiés a montré que la notion de consentement était encore parfois mal comprise, et mal acceptée voire totalement déniée.

Consentir, ce n’est se pas taire, ce n’est pas seulement prononcer le mot “oui”. Consentir, c’est décider pour soi-même, en son âme et conscience, après avoir été informé-e d’une façon complète, sincère, sans pression morale, et sans violence.

Cela fait 4 ans que je reçois des témoignages divers en faisant vivre le site Les Vendredis Intellos. Beaucoup de femmes y ont raconté comment, parce qu’elles attendaient un enfant, parce qu’elles en espéraient un, parce qu’elles n’en voulaient pas, se sont vues réduites au statut d’utérus sur pattes. Dans beaucoup d’épisodes rapportés le consentement était inexistant, parfois il était soutiré, sous contrainte, menace, et faisait donc cruellement défaut. Ces situations sont “banales”, “ordinaires”, mais non moins révoltantes. Les femmes pensent trop souvent qu’elles sont normales, que c’est le tribu des femmes que de devoir souffrir ainsi. Voici quelques uns de leurs échos…

Quand on m’a dit que j’étais une mère indigne de refuser le dépistage de la trisomie 21 pour mon bébé à naitre, je n’ai pas consenti.

Quand on a invité une kyrielle d’étudiants à venir assister à mon accouchement et à regarder mon sexe ensanglanté, je n’ai pas consenti.

Quand on m’a appuyé sur le ventre, pour sortir mon bébé en dépit de la dangerosité de ce geste, je n’ai pas consenti.

Quand on m’a fait une épisiotomie, sans même me prévenir parce que j’aurais pu me “retenir”, je n’ai pas consenti.

Quand on m’a dit que j’allais tuer mon bébé à vouloir accoucher sans césarienne d’un siège, je n’ai pas consenti.

Quand on m’a dit que si je ne voulais pas de péridurale, je n’avais qu’à aller accoucher dans la jungle, je n’ai pas consenti.

Quand on m’a dit d’arrêter de faire ma chochotte quand, lors d’un toucher vaginal en plein travail, on a tenté de forcer l’ouverture de mon col, je n’ai pas consenti.

Quand on m’a tapé sur les fesses en descendant de la table d’examen du gynécologue, je n’ai pas consenti.

Quand on m’a menacée de forceps parce que je ne poussais pas assez fort, je n’ai pas consenti.

Quand on m’a enlevé ma culotte pour m’examiner alors même que j’étais en plein malaise vagal, je n’ai pas consenti.

Quand on m’a dit que si je voulais avoir recours à une sage femme libérale pour un accouchement à domicile on me dénoncerait à la PMI, je n’ai pas consenti.

Quand on m’a dit que si je continuais à poser des questions, je n’avais qu’à aller me faire suivre ailleurs, je n’ai pas consenti.

Quand on m’a fait un décollement de membrane, sans m’avertir, parce que c’était veille de départ en vacances et que ce serait cool que j’accouche vite, je n’ai pas consenti.

Le consentement, est une notion essentielle, une notion qui nous permet de vivre ensemble, dans le respect des uns et des autres. Il y a encore 20 ans, la notion de viol conjugal était inexistante (le consentement étant supposé acquis entre époux), il y a 15 ans il était inconnu dans la sphère médicale (Loi Kouchner sur le consentement, 2002), c’est une notion vivante, qui vise la construction d’une société plus douce pour ceux qui décident d’y prendre part. Marchons ensemble!

Béatrice Kammerer

Si vous avez un témoignage lié au défaut de consentement dans les actes médicaux, vous pouvez cliquer sur “Soumettre un témoignage” dans la colonne de gauche ou envoyer un mail à l’adresse tvsousag@gmail.com.

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14 octobre 2007 7 14 /10 /octobre /2007 20:47

Un film très prochainement en salle au cinéma, sur le thème de l'enfantement à travers le monde. A découvrir. Je vous cite quelques passages du synopsis et du projet du film :

"Dans un intervalle de 48 heures sur la terre, le destin de plusieurs personnages réels se croise dans un moment unique et universel : la mise au monde d'un enfant. C'est l'éblouissante histoire vraie du tout premier cri de la vie. Nous l'avons tous vécue. Elle se répète 364.501 fois par jour sur tous les continents. C'est l'hstoire de notre venue au monde. Contraste des terres, constraste des peuples, contraste des cultures pour le plus beau et le plus insolite des voyages. La naissance sur grand écran."


"Pas de reconstitution, mais un atout inégalable : l'histoire vraie, vécue au présent sous nos yeux."


"Sans concession, il met en images la poésie du passage : quand la femme accède à la maternité, quand l'homme accède à la paternité, quand l'enfant entre dans la vie.

C'est une dramaturgie universelle, qui éveille notre émotion et réactive notre mémoire. S'y mêlent l'amour et le suspense, la gravité et l'action, l'exotisme et la haute technicité.

Riche de cette trame puisée dans la réalité, ce film documentaire nous emmène pour un voyage intense qui nous parle du monde, qui nous parle de nous."


Pour découvrir le reste, commentaires, textes, photos et la très belle chanson du film 


J'ignore comment la naissance en occident sera présentée, mais je serais curieuse de découvrir, ne serait-ce que pour la beauté des images.

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30 juillet 2005 6 30 /07 /juillet /2005 00:00
Naître... voilà bien le premier - mais non le moindre - évènement de notre vie, en tout cas de cette vie-ci.
Et accoucher... un jalon primordial et bouleversant dans une vie de femme, une vie de couple.

Naître, émerger du ventre de sa mère, émerger de neuf mois de vie foetale ... pour être accueilli comment ? Peut-on même qualifier d'accueil la façon dont on traite les nouveaux-nés et leurs parents ? Et de "naissance" ce qui se déroule derrière les murs de nos institutions "civilisées", dévolues à la mise au monde, ou plutôt à l'extraction à la chaîne de nos bébés ?
Pour comprendre ce qui se joue ici, pour le comprendre vraiment, je vous invite avant tout à un peu d'empathie, à un peu d'imagination. Je vous invite à vous fondre, le temps d'une naissance, dans la peau d'un bébé. Essayez... vous verrez, ça change un peu l'angle de vue...



Voyage au coeur des émotions d'un nouveau-né

Imaginez... imaginez être ce petit corps qui flotte depuis toujours, depuis votre éveil à la vie et aux sensations, enveloppé dans une chaleur constante, nourri et oxygéné en permanence, bercé par les bruits familiers des battements de coeur, des gargouillis occasionnels, de la respiration rythmée de votre mère. Habitué au son de sa voix qui résonne à vos oreilles, vous percevez la présence assourdie d'un entourage bienveillant, vous jouez avec le goût connu du liquide amniotique dans votre bouche, vous abandonnant aux rassurants mouvement du corps qui vous porte, à la caresse des parois utérines qui se font forteresse pour vous protéger...
Depuis que vous existez, vous n'avez jamais rien connu d'autre, rien ressenti d'autre. Votre corps ne vit qu'accroché à celui de votre mère, seul repère connu. Votre vie est en elle, et sa vie est en vous. Vous et elle, deux entités en une seule, la symbiose parfaite...
Et puis survient un évènement bouleversant, primordial. Peut-être terrifiant, peut-être difficile, peut-être pas... mais en tout cas connu de toute éternité, probablement inscrit quelque part dans votre "mémoire ancestrale", induit par vous-même, ou plutôt par votre corps qui sait exactement ce qu'il fait et le fait très bien : Votre naissance est en train de commencer. Votre naissance, ce long chemin vers la lumière et l'air libre, cette fracture, cette dissociation progressive au terme de laquelle ce corps qui vous englobe vous laissera définitivement vous affranchir de lui, en douceur.
Quelle étape ! Quelle signification à ce qui vous arrive !

Mais que se passe-t-il alors ?
Pourquoi et comment ce ballet si magique et si précis que vous vous apprêtiez à danser avec votre mère, cet évènement hautement intime se voit-il ainsi confisqué, profané, saccagé ?
Qui sont ces gens, ces étrangers qui ne respectent rien, ni votre rythme, ni votre position, ni votre façon de naître ? Qui ne connaissent ou ne reconnaissent ni la spontanéité ni l'évidence de l'évènement que vous vivez ?
Qui sont-ils pour se permettre de décider à votre place du moment où vous devez venir au monde, sans tenir compte que vous vous sentiez prêt ou non ?
Qui sont-ils pour décréter que vous ne venez pas assez vite, et accélérer de force votre parcours en faisant se contracter votre refuge à coups de produits chimiques, de manière si anarchique et violente ?
Qui sont-ils pour proposer avec insistance de droguer le corps de votre mère, et par là même le vôtre, s'épargnant ainsi la peine d'accompagner un évènement signifiant de manière réellement humaine, en préférant leur confort à leur implication ?
Qui sont-ils pour s'arroger le droit de toucher sans arrêt l'intérieur de ce corps qui vous porte, de toucher votre crâne, de percer volontairement la bulle de liquide dans laquelle vous vous ressourcez avant de plonger vers l'inconnu ?
Qui sont-ils pour s'autoriser à obliger votre mère à vous expulser plus vite que nécessaire, plus vite que vous n'en avez besoin ? Pour vous martyriser avec des instruments terribles qui vous aspirent ou vous écrasent le crâne, vous arrachent de force à ce corps-abri, vous abîment le visage "pour votre bien" ?
Qui sont-il enfin pour prendre la liberté de couper immédiatement, avant même votre première inspiration, ce cordon qui vous relie à votre mère, vous forçant ainsi à un déploiement immédiat et douloureux de vos poumons tout neufs, brûlés par cette arrivée massive et subite d'oxygène ?
Qu'est-ce qui justifie, qu'est-ce qui excuse ce "droit d'ingérence" total qu'ils prennent sur votre vie ?

Ils font ça parce qu’ils ont peur, si peur… peur de la vie et de ses inconnues, de la vie et de son explosion incontrôlable. Alors ils se rassurent, se cachent derrière des protocoles, s’entourent de forteresses techniques afin que la situation ne leur échappe surtout pas.
Il ne faut pas leur en vouloir, ils dégoulinent tellement de leur bonne conscience et de leur certitude de bien faire qu’ils ne vous voient et vous entendent même pas.
Ils font tout cela parce qu'ils se prétendent, et se croient sincèrement "responsables" de ce qui vous arrive, et par là même maîtres absolus de l'évènement.
Mais qui peut se permettre de voler à quelqu'un, fût-ce un bébé, la responsabilité de sa vie ?

Mais votre qualité d'être humain entier et sensible pèse bien peu dans la balance à ce moment là...
Non content de vous avoir ainsi fait violence en vous forçant à naître comme il convient de naître selon les manuels d'obstétrique, on va vous arracher très vite aux bras de votre mère, encore et toujours au nom de la sacro-sainte sécurité.
On va vous emmener loin de l'odeur et des mouvements du seul corps que vous pourriez reconnaître dans cet univers absurde et effrayant où vous venez de faire votre entrée. On va vous aveugler de lumières agressives, vous glacer dans une pièce insuffisamment chauffée, vous torturer d'une manière incompréhensible pour vous, tout ça après 9 mois d'obscurité, de chaleur, de calme...

Vous y êtes toujours, dans l'imaginaire de ce moment ?
Vous pouvez vous représenter, ne serait-ce qu'un instant, le choc éprouvé ? Vous vous sentez bien ? Que dites-vous ? "Torturer" est un grand mot ?
Mais c'est que n'avez pas encore tout vu, attendez !
Continuez le voyage, je vous en prie, et ressentez maintenant l'aspiration trachéale, qui vous brûle les narines et vous bloque la respiration que vous venez de mettre en route ; ensuite éventuellement la sonde gastrique qui vous suce et vous retourne l'estomac ; et puis cet objet froid et terrible, ce thermomètre qui vous viole l'anus ; et ces mains gantées, au contact indifférent, qui vous manipulent comme un morceau de viande humaine et vous déposent, au milieu du vide et du rien, dans une balance ; et qui étirent ensuite douloureusement vos petits membres, ces bras et ces jambes que vous gardiez repliés contre vous depuis la nuit des temps, pour vous mesurer, tout cela afin de connaître, information capitale s'il en est, votre poids et votre taille ; ces mains qui instillent dans vos petits yeux éblouis aux paupières à peine ouvertes des gouttes brûlantes, ces mains qui piquent à l'aide d'une seringue votre peau si fragile et si neuve, douleur fulgurante que vous ne pouvez pas comprendre...
Et c'est ainsi que la première prise de conscience de la réalité de votre corps va avoir lieu : dans l'irrespect, dans l'effraction, dans la souffrance, dans le non-amour.
Quel message, quelle image de votre corps et du monde cet "accueil" imprime-t-il de manière indélébile dans votre inconscient ?

Ensuite on va se faire fort de vous laver... évidemment, vous êtes si sale de l'odeur et des sécrétions de l'intérieur de votre mère ! C'est important que vous soyez aseptisé au plus vite, que vous sentiez le savon, et plus "cette odeur là" qui pourtant vous est si familière et rassurante
Si vous avez de la chance, c'est votre père, maladroit et intimidé par son "incompétence", qui se chargera de l'opération. Ensuite, bien sûr, on vous habillera, il n'y a aucune raison qu'on vous laisse profiter peau à peau du contact de votre mère, on ne sait jamais ce qui pourrait vous arriver à vous frotter ainsi à sa peau non désinfectée. Des habits qui grattent et engoncent feront bien mieux l'affaire, une armure sensitive en somme.

Enfin, après tout ça, on se rendra compte que bien évidemment vous n'avez pas réussi à maintenir une température suffisante dans votre petit corps martyrisé, et qu'il convient de vous réchauffer sous une lampe à la lumière crue, avant de vous confier à votre mère.
Car, tout le monde le sait, celle-ci est bien incapable de prendre soin de vous et de vous réchauffer correctement contre elle.
Et si malheureusement ce "moment" se prolonge un peu trop, on va à nouveau "devoir" intervenir, puisque vous ne vous êtes pas nourri depuis tout ce temps ! Et l'on va décider de vous "faire prendre" votre première tétée. On va vous réveiller, vous sortir de votre premier sommeil réparateur après cette aventure éprouvante, en vous grattant les pieds, en vous pinçant "gentiment" les joues, pour ensuite plaquer votre visage contre le sein de votre mère, ce sein même duquel on vous avait retiré au moment où vous en aviez le plus besoin. On va vous frotter stupidement la bouche sur son mammelon en faisant remuer votre tête de droite à gauche, vous maintenir de force le crâne contre ce corps sans que vous compreniez ce qu'on vous veut, vous coacher comme un joueur avant un match afin que vous daigniez mettre en bouche ce sein dont vous n'avez aucune envie pour l'instant... Mais il convient que vous tétiez, pourtant, selon les horaires que l'on a préétablis pour vous, incapable que vous êtes de savoir quand vous avez faim ou non. Qui a encore, parmi le personnel des maternités, le temps de vous laisser apprivoiser l’odeur et le goût du mammelon en vous permettant de le renifler, de le léchouiller tranquillement tout en regardant votre mère en plein dans les yeux pour mieux vous l’attacher ?

Voilà… j’espère que cette petite aventure vous a plu. Non ? Dommage. On fera mieux la prochaine fois j’imagine. Quand on fabriquera les bébés directement en machines, on n’aura plus d’ennuis avec ces parasitages émotionnels.
Mais ne vous en faites pas, « la mère et le bébé vont bien » dit-on… n’est-ce pas le principal ?

 

Françoise Jeurissen - Tinuviell

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