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12 janvier 2006 4 12 /01 /janvier /2006 23:34

Alors il faut absolument que je salue et que je fasse la publicité d'une initiative intelligente et superbement réalisée qui vient de se concrétiser sous la houlette
de Raffa  : le livret du Grand Ménage.

Qu'est-ce que c'est ?
Tout d'abord, pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore au travers des différents endroits où elle s'exprime pour le grand intérêt de tous, Raffa est la créatrice du "Grand Ménage", un écoblog que je recommande chaudement à tous ceux qui désirent mettre en pratique leurs idées écologistes au quotidien. C'est bourré de recettes simples, claires et détaillées pour remplacer toutes les saloperies industrielles bien polluantes qu'on accumule habituellement dans sa cuisine, sa buanderie ou sa salle de bain, et passer à un mode d'entretien et d'hygiène totalement sain et écologique. Respect de soi et respect de la planète, rien de moins. Et c'est si simple, en fin de compte ..

Et afin de mettre à la portée du plus grand nombre toutes ces informations, Raffa et une équipe de personnes de bonne volonté ont prolongé son blog d'un livret en PDF, imprimable en différents formats, qui contient toutes ces précieuses recettes. A consulter, à offrir, à distribuer autour de soi, afin de faire du prosélytisme pratique :-)

Alors, pour le livret, c'est par ici, et surtout n'hésitez pas, ça vaut le détour.

Et en ce qui concerne le site, passez-y un peu de temps, car ce qu'il contient en vaut la peine, et pas seulement dans le domaine de l'entretien ménager.

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12 janvier 2006 4 12 /01 /janvier /2006 21:54

Un texte de Marypascal Beauregard, en réponse à l'argument fallacieux qui consiste à dire que "si tout le monde pense que", c'est que ça doit forcément être vrai.

   

Ben oui, forcément, la loi du nombre ... Je me souviens ...


Je me souviens d'un temps ou la terre était plate. Ou tout le monde
disait qu'au bout, on tombait dans un fossé immense, ou vivaient des
monstres qui se repaissaient des voyageurs inconscients ayant osé s'y
aventurer. Il y avait même un type, un fou dangereux, qui après
avoir étudié la question a suggéré qu'il pouvait en être autrement.
Par chance, les autorités ont vite sévi et menacé le con de prison...


Je me souviens des cris de mes soeurs, brûlées sur un bûcher parce
qu’elles avaient osé suggérer le pouvoir guérisseur des plantes,
avaient aidé des mères en couches, avaient dit que les humains
pouvaient vivre autrement que sous le joug de l'église... Par
chance, on en a exterminé tellement que leur "connaissance" est
presque éteinte aujourd'hui !! ce qu'il en reste est soigneusement
encadre par des lois, pour "protéger le public" ...


Je me souviens d'un type, un autre fou, (forcement, il a fini par se
suicider!) lui il disait que les médecins portaient sur leurs mains
de minuscules contaminants, venant des cadavres autopsiés, et que ces
substances faisaient mourir les femmes en couches. Encore plus fou,
il suggérait qu'un simple lavage des mains pouvait diminuer la
contagion !!


c'est vrai qu'en général, vaut bien mieux se fier a la loi du nombre,
sinon tu imagines, les femmes se mettraient a accoucher n'importe
où, de leur salle de bain au pied des arbres and so on ! »

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Published by Tinuviel - dans LA SEVE DES MOTS
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12 janvier 2006 4 12 /01 /janvier /2006 21:43

Cette naissance a été pour moi une belle aventure humaine...la naissance de Céleste ma première fille en avril 2000 m'avait laissé comme un goût de trop peu, la sensation d'avoir frolé je ne sais quoi... Cette sensation est venue avec les mois; pas directement apres la naissance...
Apres une rupture de la poche des eaux chez moi, une peri posée à 5 cm après avoir travaillé au bain et au ballon, j'avais dormi deux heures le temps d'être à complète...et de devoir pousser contre nature allongée les 4 fers en l'air. Expulsion de 58 minutes avec la tête de ma fille mal inclinée (vers l'épaule). A part cette expulsion décevante le reste avait été tres chouette et vécu de façon dynamique avec mon époux...

Pour ma deuxième grossesse j'ai cherché à tout prix la possibilité d'un accouchement vertical....ou autre mais j'avais l'intuition que l'expulsion (quel vilain mot) pouvait se vivre de facon différente. En fait je voulais faire autrement... Je n'étais plus une jeune femme à sa première grossesse mais une mère qui avait appris à suivre ses intuitions !
Cette démarche chez moi est toujours suivie d'une boulimie d'information, j'avais déja lu pour ma première grossesse mais sans sortir des sentiers re-battus et la péridurale était une évidence à mes yeux ..le fameux exemple du dentiste! J'avais pourtant deja gouté au travail actif et réclamé une télémétrie..mais on m'a posé la péri quand ça devenait juste "trop".

Déjà je souhaitais faire suivre ma grossesse ailleurs qu'à l'hosto...je hais leur salles d'attente et cette impression d'examen aussi sympa que soit le gynéco, on ressort toujours avec trop peu...
J'ai donc trouvé une sage-femme qui exerce à 5 kms de chez moi, elle pratique essentiellement des accouchements à domicile mais a un accès au plateau technique dans deux maternités.
Ma meilleure amie avait deja accouché dans l'une d'elle et m'avait vanté leur coté non interventionniste...Mon choix était fait...

Venons-en au jour de la naissance d'Héloïse.
Le déroulement de cette journée est pour moi tres révélateur....mais je ne l'ai compris que le lendemain, enfin je ne l'ai "rationnalisé" que le lendemain...
Le matin donc je me lève avec des contractions régulières et douloureuses...je demande à mon mari de conduire notre ainée chez la gardienne et je téléphone à ma sage-femme...ensuite je donne le feu vert à Thibaut pour qu'il aille au boulot

La sage-femme passe vers 9h, je suis à 3 cm, je perds du mucus sanglant, ça bosse mais rien d'inquiétant...elle me propose de reprendre contact deux heures plus tard pour voir ce qu'il en est. Mes contractions restent régulières mais sans évolution ni plus de douleurs, rien....On décide donc vers midi d'attendre encore... Je vais faire une sieste et plus rien! Un faux travail ?
Entre temps Thibaut et ma sf ont essayé de me joindre tour à tour et paniquent légèrement (je suis seule à la maison), je les rassure ..c'est le calme plat... 18h30 retour de Thibaut et de Céleste et...des contractions ! Plus fortes cette fois...je demande à Thibaut d'appeler ma sf, on se donne rv à l'hosto, 19h on embarque Céleste et on la laisse dans les mains de sa mamy sur le parking de l'hôpital (elle habite à deux pas).
20h arrivée aux quartiers d'accouchement, une sf fatiguée nous accueille. C'est long je m'accroupis et me relève en déambulant dans le couloir. Elle nous installe et me fait un toucher vaginal pour donner la situation à ma sf avant qu'elle n'arrive....je suis toujours a 3-4 cm. Elle me fait un mal de chien, je la regarde avec haine puis je me dit patientons ma sf arrive je m'en fiche de celle-la !
Elle me pose une voie au cas où (j'étais ok) et me demande un monitoring d'1/4h soit...je me laisse ligoter...et elle disparait en nous laissant, au bout de 20 minutes je rale, de 30 je m'assied....finalement ma sf arrive je me sens revivre!!!! Enfin je vais bouger..de toute façon j'avais convaincu Thibaut de m'enlever ce p***** de monitoring.
21h ma sf me propose un bain apres m'avoir delivrée, j'accepte...on discute et elle m'examine dans le bain pour voir où c'en est (2e tv) tout en douceur..je ne sens rien...ça n'a pas bougé...Elle me parle d'une éventuelle amniotomie car ca n'évolue pas depuis ce matin et ma tension monte....je ne suis pas tres convaincue ..on se donne un peu de temps..elle est très zen....
22h je sors du bain et je commence à déambuler, les contractions deviennent plus puissantes, Thibaut et la sf me masse....la sf de garde de l'hosto (une autre, fraîche) est arrivée entre temps, elles ont deja préparé le tabouret de naissance, des alèses etc..je m'en rend vaguement compte, j'ai mal...Thibaut me chuchote prends une péri...moi : Non !
Elles me demandent de m'allonger pour voir où c'en est et éventuellement percer la poche je veux bien mais à peine allongée je me relève, c'est insupportable. Finalement je me laisse allonger et, bonne nouvelle, la dilatation s'accélère : 5 cm et le travail actif commence enfin, on oublie donc cette idée d'amniotomie.
La je vais m'asseoir sur le ballon, je roule mon bassin, je me démène, je me bloque, ça ne va pas et puis peu à peu j'apprivoise ces sensations de plus en plus puissantes, à un moment je dis que je ne vais pas tenir que je veux autre chose (sous entendu une péri) on me retorque que ca va aller vite je n'entends plus, je commence à moduler des sons à chaque contraction, d'abord sourdement et puis de plus en plus fort, ça devient un cri très puissant, je crie je hurle et ca m'aide merveilleusement, je sens mon corps accepter, s'ouvrir, je me laisse complètement aller comme je me suis parfois laissée aller dans l'orgasme. C'est fort et puissant, je suis roulée par des vagues, la seule fois où je tente de prendre pied c'est horrible alors je me laisse à nouveau porter. A un moment je ressens le besoin de me suspendre au cou de mon mari puis soudain je descend ou plutot je tombe en avant de ce ballon, je me mets à 4 pattes, j'ondule, je sens que ma fille arrive, je sens sa tête traverser mon bassin, les eaux coulent, je ne pousse pas, ma fille arrive, ma fille s'en vient, je percois le remue-ménage autour de moi, on veut oter ma culotte, je refuse de bouger, on veut que je m'assoie , je suis incapable de revenir à la realité, d'écouter ce que j'entends vaguement, finalement j'entends ma sf qui me dit "tu veux rester comme ça" et celle de l'hosto me dire "il faut vous asseoir, on ne va rien voir sinon", je ne sais dans quel effort je me laisse asseoir sur le tabouret, Thibaut est derrière moi, je sens Héloise elle sort, on me dit d'attendre, de pousser, je n'obéis pas, je laisse ma fille sortir toute seule (le fameux réflexe d'expulsion) c'est merveilleux, la tête j'aillit, je sens les deux sf dégager les épaules, on me pose un truc chaud dans les bras c'est Héloise et elle est douce gluante et merveilleuse et je plane.... il est 23 h.

La suite c'est Héloïse dans les bras de son papa, maman qui tremble pendant qu'on recoud la déchirure stade 1-2 et un sentiment intense d'épanouissement......

Après ce récit d'émotions les quelques réflexions que ca m'inspire : je ne parlerais plus jamais de "mon accouchement" et encore moins du gyné qui "m'a accouché" car cette expérience m'a appris que le seul acteur c'était le bébé...et ce n'est qu'en arrivant à lâcher prise que ma fille est venue au monde !
L'influence du mental m'a sidérée...mon travail s'est interrompu la journée tant que mon mari était absent pour reprendre à son retour et s'interrompre à nouveau avec la première sf qui m'a bloquée et re-reprendre à l'arrivée de ma sf perso, je lui ai dit texto à son arrivée " maintenant je vais pouvoir bosser".
La barrière des 5 cm était importante aussi pour moi car c'est la que j'avais eu ma péri pour Céleste, derrière c'était l'inconnu total.
J'avais finalement deux sf avec moi celle de l'hosto par intermittence, un peu dirigiste mais très humaine, dont j'ai écoutée la voix parfois pour arriver à me mettrre dans le courant qui m'emportait et celle de ma sf, tres zen , peu interventionniste, douce et respectueuse de mes désirs ...aucune ne m'a dérangée car je ne les entendais que aucune ne m'a dérangée car je ne les entendais que quand je le voulais..ce qui est marrant c'est
que j'ai l'impression d'avoir accouché dans le noir, soit j'avais les yeux fermés soit j'étais tellement centrée, concentrée que mes yeux n'ont rien enregistré !
J'ai pu construire ma bulle et arriver à lâcher prise et ça c'est merveilleux...
Pour moi le secret est là ..lâcher prise, laisser bébé faire...

Je pense que cette expérience va apporter une nouvelle densité a ma vie ! J'en ai déja senti les effets....

Cela dit j'ai une pensée très forte pour toutes les mamans qui accouchent sans péri, ligotée à un lit et sans aucun accompagnement...sans être préparée, sans en avoir fait un choix, ça doit être l'enfer.................
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Published by Tinuviel - dans TEMOIGNAGES DE VIE
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7 janvier 2006 6 07 /01 /janvier /2006 01:24


On entend très souvent affirmer - avec raison - que l'allaitement est "bon pour les bébés", qu'il les protège, qu'il les empêche d'attraper des maladies etc ...


Mais sait-on pourquoi et comment agit cette protection ? Voici,  pour le comprendre, quelques notions de base.

A la naissance, le système immunitaire du nourrisson est loin d'être en possession de tous ses moyens et ne confère pas au bébé toute la protection nécessaire. Ce système immunitaire n'attendra ses pleines potentialités que vers l'âge de 4 à 5 ans, d'après les ce qu'on en sait actuellement.
Avant cela, il reste immature (la production des interleukines régulatrices de la réponse immunitaire notamment, ainsi que la production des anticorps, n'est pas encore au point, en qualité comme en quantité). On peut donc dire que, pendant ses premiers mois, voire ses premières années, le bébé a un fonctionnement immunitaire "déficient", ou en tout cas insuffisant.

Le lait maternel constitue donc une réponse naturelle parfaite à cet état de choses.
Par l'allaitement, la mère va offrir à son enfant une manière efficace de suppléer à son immaturité immunitaire.

Tout d'abord, diverses molécules présentes dans le lait maternel empêchent la fixation des micro-organismes pathogènes sur la muqueuse intestinale du nouveau-né, qui est encore très perméable.  Ces molécules sont :

- des oligosaccharides (molécules de sucres simples assemblées). Ces molécules "trompent" les bactéries par leur ressemblance avec les sites de fixation qu'elles utilisent. Les bactéries viennent donc s'y fixer, et forment ainsi des complexes innofensifs pour l'organisme du nourrisson.

- des mucilages (complexes de protéines et de glucides), qui, en se liant aux bactéries et aux virus, facilient leur élimination.

Ensuite, le lait maternel contient des anticorps, principalement des IgA (les anticorps, ou immunoglobulines, sont répartis en différentes classes. Les IgA se rencontrent essentiellement au niveau des muqueuses - intestins, poumons, salive - et résistent à la digestion par les enzymes de l'estomac et de l'intestin).
Etant donné que les anticorps produits par la mère - et donc transmis à son enfant par le biais de l'allaitement - correspondent aux agents pathogènes rencontrés dans son "milieu naturel", ils lui confèrent ainsi une protection parfaitement adaptée à son environnement.
Remarque : il s'agit d'ailleurs là d'un argument de plus en faveur de l'évitement des maternités et des hôpitaux en matière d'accouchement : dans ces milieux, le nouveau-né se trouvera en contact avec des agents pathogènes - parfois redoutables - contre lesquels sa mère ne peut pas lui transmettre de défense adaptée, n'y ayant elle-même pas été confrontée.

Le lait maternel protège également des virus et bactéries par le fait qu'il  contient :

- de la lactoferrine, une protéine qui a pour particularité de piéger le fer. Or le fer est un élément indispensable à la croissance de certaines bactéries pathogènes (notamment les tristement réputés staphylocoques). La lactoferrine produite a donc pour action d'empêcher, ou en tout cas de diminuer, la multiplication des dites bactéries.

- des acides gras libres, qui abîment l'enveloppe des virus

- de l'interféron (présent essentiellement dans le précieux colostrum), qui est également antiviral.

- des cellules phagocytaires - c'est-à-dire qui "avalent" les agents pathogènes - (polynucléaires neutrophiles, macrophages), et qui secrètent aussi du lysozyme, une substance qui détruit la membrane des bactéries. Ces cellules sont également particulièrement présentes en grand nombre dans le colostrum.

En outre, la structure de la muqueuse intestinale du nourrison se voit resserrée  par diverses hormones contenues dans le lait maternel, qui en garantissent une meilleure résistance et une plus grande étanchéité par rapport au passage de bactéries et de virus.

Voilà, en deux mots et très simplifié, pourquoi le lait artificiel ne pourra jamais remplacer le lait maternel, ne serait-ce que d'un point de vue nutritionnel et sanitaire.

Et voilà pourquoi j'estime qu'une mère, si elle a "techniquement" le choix d'allaiter ou non son enfant, et en évacuant toutes les autres dimensions de l'allaitement (affectives notamment, mais également de prévention de l'allergie), n'a pour autant pas "moralement" la liberté de refuser cela à son bébé et de l'exposer sciemment à des conséquences sanitaires néfastes.

Il s'agit pour moi de non assistance à personne en danger, ni plus ni moins.

Le bébé, lui, n'a aucun autre choix que celui que lui impose sa mère.

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Published by Tinuviel - dans ---> Allaitement
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6 janvier 2006 5 06 /01 /janvier /2006 18:12

Il s’agit ici de préserver une certaine continuité. Cette continuité n’a rien d’innocent. Milgram analyse très pertinemment, me semble-t-il, l’une des raisons qui font que les sujets qui ne se sont pas rebellés au début de l’expérience se sentent de plu en plus obligés de poursuivre. Car au fur et à mesure que le sujet obéissant augmente l’intensité des chocs, il doit justifier son comportement vis-à-vis de lui-même. Il lui faut donc aller jusqu’au bout ; s’il s’arrête, il doit logiquement se dire : " Tout ce que j’ai fait jusqu’à présent est mal et je le reconnais maintenant en refusant d’obéir plus longtemps. " Par contre, le fait de continuer justifie le bien-fondé de sa conduite antérieure.
Je t’ai gardé le meilleur pour la fin. Pense à tous ces livres d’enseignants qui paraissent et contestent l’école, à tous ces parents qui râlent et pleurnichent et expriment leur malaise, à ces articles de journaux qui disent que ça ne peut pas durer comme ça. Et pourtant l’école continue, inexorablement. Pense bien à tout ça, ma chérie, maintenant que je vais te faire part d’une des constatations les plus édifiantes de l’expérience de Milgram.


Il ne faut pas s’imaginer que les sujets obéissent avec entrain ! Que non ! Beaucoup trouvent l’expérience odieuse et " ne se privent pas de le dire ", d’autres tremblent, pâlissent et ne cessent d’affirmer qu’ils " ne peuvent pas le supporter ". Les femmes, plus encore, " en sont malades ". Dans l’ensemble, elles éprouvent un conflit d’une intensité supérieure à celui des hommes. Elles estiment que la méthode d’apprentissage est cruelle mais qu’elles ne " doivent pas céder à leur sensibilité ", " c’est comme avec les enfants " ; dans les interviews qui suivent l’expérience, elles se réfèrent souvent à leur devoir d’éducatrice. Hommes ou femmes, dans leur majorité, trouvent épouvantable ce qu’on leur fait faire et Milgram de conclure : " En tant que mécanisme réducteur de la tension, la désapprobation est une source de réconfort psychologique pour l’individu aux prises avec un conflit moral. Le sujet affirme publiquement son hostilité à la pénalisation de la victime, ce qui lui permet de projeter une image de lui-même éminemment suffisante. En même temps, il conserve intacte sa relation avec l’autorité puisqu’il continue à lui obéir [10]. "

Pardonne-moi de m’étendre en ce long chapitre mais, écrivant sur notre insoumission, je trouve les investigations de Milgram sur la soumission à l’autorité pleines d’enseignements. Certains se sont scandalisés de l’aspect " immoral " de cette étude où de pauvres innocents ont été bernés, " croyant participer à une expérience sur la mémoire ". Je dirai cyniquement que la sociologie a intérêt, tant qu’à faire des expériences, à les réaliser dans les conditions les plus proches possible de la vie que nous menons en société. Or, la principale condition de la société telle que nous la connaissons est de reposer sur le mensonge. Chacun croit faire autre chose que ce qu’il fait. Je prends un exemple, au hasard ; celui qui suit ses classes est évidemment trompé de la même manière que le sujet de l’expérience de Milgram : l’objet avoué serait de permettre à l’élève ou à la recrue certains apprentissages, mais le but réel est de lui imposer le principe même de l’obéissance. Les " valeurs " inculquées à l’école ou à l’armée telles que loyauté, conscience du devoir, discipline sont censées être des impératifs moraux personnels mais, écrit Milgram, " ce ne sont que les conditions techniques préalables nécessaires au maintien de la cohérence du système ".
David Riesman, et je m’en tiendrai là pour la sociologie américaine, a minutieusement analysé comment une éducation répressive poussait l’enfant à se soumettre et, par là même, à se préparer à jouer son rôle dans les fonctions répressives. Ne jamais oublier que les petits chefs aiment obéir. Pions, ils aiment leur rôle de pions. Eux qui ne contrôlent rien ont la manie invétérée du contrôle.

L’adulte doit surveiller l’enfant, même si " cet enfant ne lui appartient pas ". On sait que l’architecture panoptique a été utilisée aussi bien dans les prisons que dans les lycées. Jamais un enfant ne doit être " livré à lui-même ". Dans les lieux publics, tout adulte a le droit de jouer au policier et de veiller à faire respecter les usages aux enfants. D’un autre côté, les parents peuvent garder leurs prérogatives d’adultes face à leurs enfants devenus adultes. On a vu des gens " enlever " impunément leurs fils et filles de plus de dix-huit ans, les séquestrer même pour les " soustraire à l’influence d’une secte " et tout le monde trouve ça très normal. D’une certaine façon d’ailleurs, les parents gardent sur leurs enfants un droit de vie et de mort. Ils décident par exemple de la nécessité d’une opération chirurgicale. On a mis au point une " psychochirurgie sédative " pour les enfants difficiles et un médecin indien, parlant d’un de ses récents opérés, déclare : " L’amélioration constatée est remarquable. Une fois, par exemple, un patient avait assailli ses camarades et le personnel soignant de la salle. Après l’opération, il est devenu très coopératif et il surveillait même les autres [11]. " On ne peut pas s’y tromper, voilà le parler d’un homme dans toute la plénitude de ses moyens intellectuels, un langage adulte !
Je ne veux pas jouer les malignes devant toi. Une fois au moins dans ta vie je t’aurai fait mon numéro de propriétaire. (Face à une amante ou un amant, sans doute d’ailleurs aurais-je eu la même inadmissible attitude et ce n’est pas à mon honneur.) Tu avais neuf ans. Tu connaissais ma grande aversion pour cette pratique aussi avais-tu dû bien mûrir ta décision en m’annonçant que tu comptais te faire percer les oreilles. Je changeai de visage et engageai la lutte : " C’est une coutume absurde et barbare, c’est une forme de mutilation inexplicable. Tu feras ce que tu voudras, je sais bien que tu ne me demandes pas mon avis, mais j’aurai de la peine. Réfléchis un an. " Tu es sage et n’insistas pas davantage ce soir-là. Quelques jours après, tu revins à la charge ; cette fois, j’usai du plus abject argument : " Mon amour, ça va me faire mal ! " Une semaine plus tard, face à ta tranquille obstination, j’usai de la culpabilisation : " Tout ça parce qu’une telle et une telle ont les oreilles percées. Bravo ! Belle originalité ! " Je me sentais quand même mesquine et tentais de justifier mon refus en me disant " ça ne vient pas d’elle ! Ce n’est pas à elle que je refuse quelque chose. " J’allai plus loin encore dans l’hypocrisie le jour où je te dis : " D’accord ! Je ne m’y oppose pas mais tu te débrouilles sans moi. Non seulement je ne veux pas m’en occuper mais je ne te donnerai pas un sou pour ça ! "
Oui, j’ai honte ; ça te fait rire ? Tu t’es facilement passée de mes services. Stoïque, tu as supporté plusieurs semaines de gêne ; ça s’était infecté puis cicatrisé trop tôt ; tu es retournée les faire percer une nouvelle fois. Je me suis habituée et je t’offre à présent des pendants d’oreille. Mais si, ça te va bien !
Bien sûr que je suis dans le même sac que tous les autres. Les parents libéraux ne sont pas les moins autoritaires et j’en ai vu d’une dureté incroyable quand il s’agissait de " faire acquérir son autonomie à l’enfant ".
L’autonomie de l’enfant ! Je lève les yeux au ciel et soupire...
Faisons-nous ce petit plaisir : disons à voix bien haute que jamais je n’ai " voulu ton autonomie ". Il y a deux ans, tu ne dormais encore qu’à mes côtés ou près de ta Granny. La moins autonome des gamines ! Ce n’est pas toi qui aurais pris le bus toute seule à six ans ! Certes, je n’ai vraiment rien contre le fait de prendre seul le bus à six ou soixante-six ans, si personne ne vous y oblige d’une manière ou d’une autre. Bien sûr que ça m’aurait arrangée que, dès l’âge de cinq ans - ou de deux ans, pourquoi pas ? -, tu ne dépendes plus de moi pour tes déplacements dans Paris. Tu aurais été autonome, ma chérie, quel pied !
Mais je ne voulais pas ton autonomie. Ça ne faisait pas partie de mes projets. Car je ne voulais rien pour toi, je n’ai jamais rien voulu pour toi, je n’ai jamais eu le moindre projet de te voir devenir ni comme ci ni comme ça. Hier " bien élevé " voulait dire " policé ", aujourd’hui " autonome ". Mais il s’agit toujours d’éducation et je n’ai aucun " charisme éducatif " sous prétexte que j’ai désiré mettre au monde de la vie. On peut dire que tu m’auras surprise ! Je t’ai laissée pousser comme un champignon, " abandonnée à toi-même " et je n’ai pas cessé depuis le 20 avril 1971, 18 h 50 de m’étonner. C’est cela, un enfant ? Comme c’est beau un être qui se déploie tout à son aise, qui fait ce qu’il a envie de faire ! ça m’a donné envie ? Envie de vivre comme toi, tranquillement.
Soudain, il y a deux ans, ton corps a changé beaucoup, ton visage a pris une expression autre, tu n’as plus dormi avec moi ; tu t’es débrouillée seule pour pratiquement tout et j’ai compris que l’enfance était passée. La fameuse autonomie était venue en son temps et assurément je n’y étais pour rien ! Douze ans et demi où nous avons été heureuse de tout partager et toute la vie ensuite devant nous pour savourer nos deux nouvelles indépendances. J’ai eu vraiment de la chance de vivre avec toi ! Pars quand tu veux, reviens quand tu veux. Rien d’autre ne nous lie qu’une profonde et confiante amitié.

Catherine Baker


 

[1] L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Philippe Ariès, Seuil, 1973.

[2] Cf. Six études de psychologie, Jean Piaget, Denoël-Gonthier, 1964.

[3] Cf. S’évader de l’enfance, John Holt, Petite bibliothèque Payot, 1976.

[4] Comment aimer un enfant, Janusz Korczak, Robert Laffont, 1978.

[5] Ecoute maîtresse, Suzanne Ropert, Stock, 1980.

[6] Une matonne est une gardienne de prison. C’est bien S. Ropert qui dit, poisseuse : " Car, il ne faut pas croire, mais la porte que je referme à clef, pour retenir un enfant, même si je l’ouvre à nouveau cinq minutes plus tard, voilà qui a un goût de fiel ? Et comme le trousseau de clefs se fait parfois détestable dans la poche ! C’est si facile d’enfermer ! "

[7] C’est moi qui souligne.

[8] Soumission à l’autorité, Stanley Milgram, Calmann-Lévy, 1982.

[9] L’expérimentateur utilisait dans l’ordre quatre " incitations " : 1) Continuez, s’il vous plaît ; 2) L’expérience exige que vous continuiez ; 3) Il est absolument indispensable que vous continuiez ; 4) Vous n’avez pas le chois, vous devez continuer.

[10] Une analyse ultérieure montra que les sujets obéissants accusaient un degré maximal de tension et de nervosité légèrement supérieur à celui des sujets rebelles. En d’autres termes, ils " râlent " plus contre ce qu’on leur fait faire que ceux qui refusent effectivement de marcher.

[11] Cité dans Les Temps Modernes, avril 1973, p.1776.

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Published by Catherine Baker - dans PARENTAGE AU QUOTIDIEN
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6 janvier 2006 5 06 /01 /janvier /2006 17:59


Et à propos d'Infokiosques, ce texte à lire absolument, à réfléchir, à méditer, et dont les idées sont à illuminer de nos comportements quotidiens, à colorer de nos propres attitudes. Il y a du grain à moudre, ça oui.

J'aimerais rencontrer cette femme ... Catherine Baker.

Source : http://infokiosques.net/article.php3?id_article=262 (consultable en HTML ou en PDF)

Oui, c'est long à lire ... à chacun de juger si ça en vaut la peine pour lui-même. Moi je n'ai pas pu décrocher avant la fin en tout cas.


L’enfant est la propriété de l’adulte. C’est sa petite chose. Il peut en faire absolument ce qu’il veut (sauf le soustraire à l’emprise de l’Etat qui demeure le Grand propriétaire). Cela va malgré tout si peu de soi que les grands ont été amenés à créer la notion d’enfance, notion à peu près vide de sens dont l’affirmation formelle recouvre ce pendant le statut bien particulier que les vieux veulent donner à ces êtres qu’ils mettent à part pour leur plaisir ou leurs intérêts divers.

Historiquement, l’idée d’enfance n’a qu’à peine cent cinquante ans. Mais même Philippe Ariès, dans son livre sur le sujet [1], comme la plupart de ceux qui reconnaissent que l’enfance est une création de l’esprit et non une donnée de fait comme par exemple la jeunesse, ne parle du petit d’homme que par référence à l’adulte : l’enfant est, au mieux, un adulte miniature. Lorsque je dis que l’enfant n’existe pas, comprends-moi bien. Assurément l’enfant est aussi mûr, aussi intelligent, aussi " sensé " que l’adulte et je récuse toute différence de valeur entre les âges. Cependant, moi aussi je parle d’enfance et je soutiens même que chaque enfant et chaque adulte ont le même droit de vivre leur " esprit d’enfance ", si l’on veut bien par cette expression signifier une vision du monde non traumatisée par l’accumulation de jours sans émerveillement.
Lorsque j’utilise le mot " enfant ", je parle de quelqu’un qui est dans toute sa jeunesse et je ne l’oppose à l’adulte que dans le sens où celui-ci n’a plus cette jeunesse plénière. Mais je ne vois en rien que cette perte de la jeunesse confère aux gens plus âgés je ne sais quelle supériorité appelée pudiquement " maturité ". Si certains osent parler d’un point " optimal " de la forme physique ou mentale qui appartiendrait à l’espèce, force leur est de constater, s’ils tiennent aux canons habituels, que ce point d’épanouissement intellectuel et physique se situerait grosso modo entre treize et dix-huit ans. Mais alors, qu’on confie le monde aux adolescents ! Quant à moi, je ne reconnais d’authenticité à ce " meilleur âge " de la vie qu’à celui que chaque individu estime être le sien. Certains ne se sont plus jamais sentis aussi perspicaces et intellectuellement développés qu’à quatorze ans, d’autres à soixante, les plus chanceux estiment qu’ils augmentent leurs facultés au fur et à mesure qu’ils prennent de l’âge. Laurence dit qu’elle était très belle à quinze ans et Thomas qu’il ne s’est senti bien dans sa peau qu’après cinquante ans.

La vie, c’est ce qui bouge, Marie.
Je ne vois pas d’objection à suivre Piaget lorsqu’il dit que le savoir fondamental de l’enfant n’est pas structuré de la même façon que celui de l’adulte et qu’il se recompose globalement à partir d’une interaction entre son expérience et le monde extérieur, se modifiant d’un âge à l’autre. Mais lorsqu’il dit que ces constructions successives consistent à coordonner les relations et les notions en les adaptant à une réalité de plus en plus étendue [2], je ne peux qu’être amenée à des questions. Veut-il dire par là que le processus d’appréhension du monde serait dynamique jusqu’à un certain âge puis statique ? Quand il parle de réalité plus " étendue ", n’est-on pas trompé par ce qui n’est qu’une image spatiale ? Qu’est-ce qui me prouve que le nourrisson n’a pas une perception de l’univers plus " profonde " que la mienne ? Ne " comprend-il " pas mieux que nous certaines choses ? Est-ce qu’en vieillissant nous ne perdons pas - au moins - certaines facultés d’extase, par exemple, que nous ne retrouvons que très rarement, par accident ?
Il est vrai que lorsque Piaget parle de développement intellectuel, il ne parle que d’une des formes les plus insignifiantes de l’intelligence.
Quoi qu’il en soit, j’admets donc que l’enfant voit le monde sous un jour qui lui appartient. En vieillissant, l’enfant sera forcé de comprendre que la communication, hélas, suppose l’utilisation navrante de plus petits dénominateurs communs. Il lui faudra alors toute sa vie reconquérir sa singularité.

Les gens sont prêts à s’exclamer que, bien entendu, tous les humains sont égaux quels que soient leur sexe, leur âge, leur couleur. Ils sont différents, n’est-ce pas ? Voilà tout. Justement, ils n’ont pas la même forme d’intelligence, de sensibilité, etc. N’écoute pas les hypocrites et interroge-les, ces parleurs, pousse-les dans leurs retranchements, demande-leur ce qu’ils entendent par différence et tu verras resurgir des plus ceci, des moins cela, le Noir moins rationnel, la femme plus intuitive, l’enfant plus crédule. Différence pour presque tous signifie degrés. Marie, si tu savais le mal qu’on peut se donner pour apprendre à parler. Cette nécessité s’impose constamment, je le répète, d’interroger les gens : " Qu’entendez-vous par là ? "
Il est caractéristique que l’adulte se présente à l’enfant comme une " grande personne " et non comme un grand individu, c’est en effet d’un masque (la " persona ", le masque de théâtre) qu’il est question et l’enfant sait très vite que la grande personne lui attribue un statut correspondant à leurs deux rôles respectifs. Théâtre. La mise en scène est dure. D’un côté, ceux qui ont tous les pouvoirs et l’autorité, de l’autre, ceux qui obéissent et à qui il reste de jouer les fous, pleurer, crier, faire du bruit. Comme les esclaves de tous temps, les prolos, les animaux, " ils sont heureux, ou plutôt " ils ne connaissent pas leur bonheur ", ils n’ont pas de soucis ; les responsabilités, c’est pour les maîtres qui en sont bien à plaindre.

Récemment, tu étais très malade ; on s’est étonné autour de moi que je te demande à plusieurs reprises si tu pensais qu’il fallût appeler le médecin. Tu répondais que non, grelottant dans tes 40° de fièvre. Je t’écoutais. Toujours, en ce qui concerne ta santé, je t’ai trouvée de bon jugement. Ce n’est pas donné à tous les adultes.

Jamais nous n’oublierons " la robe jaune ". Tu avais quatre ans. Pour la première fois depuis longtemps, je disposais d’une centaine de francs et je t’avais emmené aux Puces pour t’acheter une robe. Je comptais te l’offrir et cela me faisait plaisir car toujours nous ne portons que des vêtements qu’on nous donne. à ma grande déception, tu choisis une robe jaune d’or que je trouvai hideuse. J’avoue - je l’aurais fait avec une amie - que je tâchai bien un peu de t’en dissuader, t’en proposant des dizaines d’autres. mais c’est bien sur la robe jaune que tu avais jeté ton dévolu. J’étais un peu chagrine. Quand tu la mis, à la maison, on s’exclama. Cette robe était faite pour toi, absolument. Tu l’as habitée prodigieusement et l’as aimée comme il arrive qu’on aime ainsi cinq ou six vêtements dans sa vie. Depuis, le " souviens-toi de la robe jaune " me sert aussi bien quand il s’agit de ta santé que de tes voyages : personne mieux que toi ne sait ce qui te convient.

Il est comique de voir avec quel acharnement on affirme, au mépris du bon sens le plus élémentaire, que l’enfant ne sait pas ce qu’il veut ni ce qu’il fait. L’enfant serait le jouet d’une illusion permanente. John Holt dit que seuls les adultes sont assez stupides pour croire que d’une façon ou d’une autre l’institutrice que l’enfant juge méchante peut lui faire du bien [3]. Le môme perçoit très finement, très vite, où est son intérêt, qui l’aime, qui ne l’aime pas. En un mot comme en cent, l’enfant ne peut être plus idiot que l’adulte. Dans toutes les assemblées générales où enfants et adultes disposent de l’égalité des voix, quel que soit l’âge, et alors que les enfants sont souvent là en majorité, comme à Summerhill ou dans certains lieux de vie où l’on procède de cette manière, je n’ai jamais entendu dire qu’une décision aberrante eût été prise par les enfants. Que de fois ne t’ai-je pas demandé conseils pour des questions importantes alors que tu ne m’arrivais pas à mi-cuisses ! Notre entente s’est nourrie sans doute aussi de ce que je ne t’aie jamais donné l’exemple de la soumission et que tu ne m’aies jamais forcée à quoi que ce soit. Quand nous étions opposées, il fallait trouver un compromis, parfois aussi je pleurais ou toi, je cédais ou toi, mais ces matchs-là étaient rares et chacune avait sa chance. Aujourd’hui, il y a peu de circonstances où nous dépendons l’une de l’autre de l’avis de notre compagne (à part quand l’une de nous veut être seule dans l’appartement, mais jusqu’ici, nous nous sommes toujours très bien arrangées, n’est-ce pas ?).
Non, vraiment, je n’arrive pas à imaginer quels " défauts " propres à l’enfance frapperaient les décisions enfantines de nullité. Chaque individu a le droit le plus absolu de faire de lui ce qui lui convient. Il n’y a pas plus d’enfants violents, déraisonnables, peureux que d’adultes violents, déraisonnables, peureux. Il y a des gosses qui conduisent des voitures mieux que leurs parents, qui ont plus de sang-froid dans un incendie qu’incontestablement je n’en aurais, etc.
Face à ces évidences, il a bien fallu placer les enfants en situation réelle d’infériorité. Le petit de l’animal dépend de ses parents tant qu’ils le nourrissent. C’est en fait ce qui se passe chez l’homme, mais au prix d’un glissement de sens assez incroyable entre la nourriture et la nourriture. On retrouve la très exacte dépendance de l’esclave face au maître, du travailleur face au patron, avec le même échange obligatoire : nous te nourrissons, mais dès lors tu nous appartiens. Te nourrir, c’est te donner la vie, ça vaut bien que tu te soumettes à ce que nous attendons de toi. La loi (ou l’humanité, ou notre morale, ou notre religion) nous oblige d’ailleurs à te nourrir ; obligés de te posséder, nous sommes obligés par conséquent de répondre de toi. En clair, tu es irresponsable jusqu’à ce que nous ne soyons plus tenus de surveiller tes velléités d’indépendance. Notre devoir de parent est de te rendre conforme au modèle social imposé. Dès que de toi-même " librement " tu entres dans le système, nous n’avons plus besoin d’être tes tuteurs.

Il est un autre cas de figure dont la similitude dans l’oppression frappe bien plus encore, c’est la relation homme-femme, car cette fois le fric et l’amour sont intimement unis. Comme entre l’adulte et les enfants.
Ça arrangerait chacun de croire que l’enfant reste chez ses parents parce que ce sont les êtres qu’il aime justement le plus. Quand c’est le cas, ou bien il s’agit d’une alliance de caractères extraordinaire et d’une rencontre formidable, ou bien le môme n’a pas fréquenté grand monde. Plus vraisemblablement il n’a pas fréquenté grand monde qui ait osé l’aimer avec la même impudeur, les mêmes démonstrations de passion et de tendresse que ses parents. Je reviendrai sur cet amour, mon amour ; et pour le moment, sans perdre de vue la trame affective, je reprends le fil de la chaîne, l’argent.
L’enfant ne possède rien. " Alors que même un mendiant dispose à sa guise de l’aumône reçue, l’enfant ne possède rien en toute propriété ; il lui faut rendre compte de chaque objet mis gratuitement entre ses mains : il ne peut ni déchirer, ni casser, ni salir, ni donner, ni refuser. Il doit l’accepter et s’en montrer satisfait. Tout est prévu et réglé d’avance, les lieux et les heures, avec prudence, et selon la nature de chaque occupation [4]. " Même un jouet (sauf s’il est vieux et d’aucune valeur matérielle ni affective pour ses parents), il ne peut le donner, de chaque objet y compris son corps il doit rendre compte. Les parents sont plus ou moins libéraux, comme tout gouvernement ; certains enfants sont autorisés à se salir, d’autres non.
Si un gosse dit à un adulte : " Puisque tu m’aimes, achète-moi çà ", il paraît cupide et indélicat. ça alors ! Mais tout ce système d’assistance fait forcément de lui un bambin inconscient de ce qui différencie l’amour et l’argent.
L’enfant n’a pas le droit de travailler. C’est une grande ineptie. Mais il y a là un sac de noeuds.
Tu avais sept ou huit ans, si je me souviens bien, lors de la première soirée de baby-sitting où tu as gagné de l’argent. Tu étais terriblement fière d’avoir gardé Emilie. Il va de soi que les enfants qui travaillent occasionnellement de leur plein gré pour se faire un peu de sous sont toujours très heureux de pouvoir se montrer compétents et consciencieux. Un gosse de huit ans est parfaitement capable de distribuer les journaux pendant un an à six heures du matin qu’il vente ou qu’il neige et de se lever pour cela à cinq heures (tu te souviens de Barbara ?). Mais pareille contrainte n’est supportable que si l’enfant, seul, s’est fixé un but (pour Barbara, un voyage). Ou bien encore si le mode de vie librement choisi par l’enfant suppose un travail en commun. Je pense ici aux enfants de l’école en bateau qui non seulement font leur boulot de marin, mais vont chercher par-ci par-là du travail là où il se trouve (vendanges, ramassage des olives, pêche sous-marine) ou sur les bateaux (peintures, vernis, grattage de coques).
Mais de même que j’ai refusé, parmi les femmes, de militer pour le " droit au travail ", estimant que les rapports au travail sont dans nos sociétés de la perversion pure et qu’aucune libération ne peut venir d’un droit à l’aliénation, je ne défendrai pas davantage le " droit au travail " pour les enfants. Le droit aux travaux occasionnels, bien sûr. Cela ne se discute même pas et heureusement que la plupart des jeunes arrivent à travailler " au noir ", Le peu d’argent que les enfants gagnent de cette façon leur donne une toute petite marge de man½uvre par rapport à papa-maman et c’est toujours ça : " Ce vélo, je l’ai payé avec mon fric et rien ne m’empêche de le prêter cet été à Véronique ! " Bon. Mais le travail qui permettrait une autonomie financière réelle par rapport aux parents, la location d’un logement par exemple, ce travail " salarié " pose le problème de l’exploitation. Et certes, problème il y a. J’ai peu voyagé mais assez pour avoir vu des gamines de cinq ans travailler dans des filatures. Ailleurs la prostitution est courante parmi les filles et les garçons de huit ou neuf ans. Mais c’est encore John Holt qui fait remarquer que la question est mal posée. Ce n’est pas le travail qui devrait être interdit aux gosses mais leur exploitation, que ce soit par les employeurs ou par les parents.

En admettant pourtant qu’on donne aux enfants les pleins moyens de se protéger contre toutes les formes de pression parentale ou autre, j’imagine assez mal, dans l’hypothèse d’une école non obligatoire (donc nettement plus intéressante), comment éviter que les enfants sans le sou ne se trouvent contraints de travailler (et s’ils y sont contraints, plus aucun contrôle ne saurait empêcher l’exploitation), alors que les petits riches s’offriraient le luxe de " faire des études " (sous forme de lectures ou de voyages par exemple).
Non, je ne vois guère d’autre solution que d’éviter le travail salarié, en étant assuré d’un minimum de revenus fixes (les enfants sont aussi capables que les parents de gérer leurs allocations dites " familiales " et cela dès qu’ils savent compter jusqu’à cent). Par ailleurs, ce qui remplacerait l’éducation nationale, en rendant l’école non obligatoire, pourrait se permettre avec les économies ainsi réalisées de payer les enfants qui désireraient étudier quelque chose ; chaque enfant aurait ainsi le choix entre travailler à apprendre (" faire des études) ou travailler pour créer, produire. Reste à concevoir un système où ce ne serait plus l’état qui allouerait les sommes nécessaires au fonctionnement des apprentissages mais des associations, des municipalités, etc.
Quoi qu’il en soit, il n’y a pas la moindre raison de garder cette distinction entre majeures et mineurs. On s’aperçoit alors que tout ce qui peut apparaître " inhumain " pour des enfants n’est rien moins qu’inhumain en soi. Mais je reviendrai sur majorité et minorité dans un autre chapitre. Restons-en à ce " tour du propriétaire ".

As-tu entendu parler des " petites personnes " en polyester qu’on vend à Cleveland, aux Etats-Unis, pour un peu moins de mille francs ? Il s’agit d’un magasin qui simule un environnement médical ; les vendeurs sont déguisés en médecins et infirmières. Les adultes qui achètent leur bébé se plient à tout un rituel d’adoption, ils s’engagent par écrit à s’en occuper comme si c’était de vrais enfants, ils peuvent choisir des bébés de tous les âges, des prématurés jusqu’à ceux qui sont déjà dans la classe de maternelle qui est un peu plus loin. Le " personnel médical " leur donne des conseils et note dans un fichier la date d’achat pour envoyer tous les ans une carte d’anniversaire à la poupée. En 1981, le Baby Land General Hospital avait fait plus de cinq milliards de dollars de chiffre d’affaires. Remarque que les parents de Cleveland sont mieux inspirés de jouer à la poupée avec des poupées qu’avec de vrais mioches. Beaucoup n’ont pas cette sagesse.

L’enfant réussi, c’est celui qui sait " se faire " à toutes les exigences de ses parents. " C’est toujours quand une femme se montre le plus résignée qu’elle paraît le plus raisonnable ", a dit Gide. Et les enfants donc ! Le racket à la protection marche ici à fond. Sur lui on a bâti les relations " infantiles-adultiles " (l’expression est de Léo Kameneff). Il s’accompagne du mépris habituel du protecteur pou le ou la protégée. Jamais personne n’oserait s’adresser à un adulte comme on parler ordinairement aux enfants. Fais pas ci, fais pas ça, dis bonjour , mets pas tes mains, tiens-toi droit, lève-toi, donne ta place, viens ici, va-t’en, reviens vite, m’énerve pas, jette ça, garde-le, éteins, obéis, apprends-moi ça, ouvre la bouche, baisse la tête, regarde-moi, touche pas, t’as pas le droit, c’est pas de ton âge, mets ça, souris, lave-toi, mange, fais caca, dis-nous tout ?
Nous devrions devant chaque enfant que nous rencontrons rougir de honte pour toutes les humiliations que nous leur faisons subir. Je ne connais aucun domaine de la vie sociale où l’indélicatesse soit poussée aussi loin. Quand un adulte, dans telle ou telle situation particulière, dit qu’on le " traite en enfant " ou qu’on l’ " infantilise ", il exprime fort justement son indignation d’être considéré comme un être dépourvu d’intelligence et irresponsable.
Ainsi que le fait remarquer Korczak, l’adulte prend son temps, l’enfant lambine, l’adulte pleure, l’enfant pleurniche, l’adulte est persévérant, l’enfant est obstiné, l’adulte est parfois distrait, l’enfant seulement étourdi. J’ai entendu parler d’un sketch télévisé américain qui vaut sans doute mieux que les fameuses " séries ". On y voyait un couple recevant un autre couple. Le premier dit à ses invités des choses très aimables telles que : " Ca vous fatiguerait de vous rendre un peu utiles ? ", ou : " Combien de fois devra-t-on vous dire de laver vos sales pattes avant de vous mettre à table ! ", ou encore : " Vos histoires, il n’y a vraiment que vous pour en rire ! "
Sans voir les interlocuteurs, quand on entend un adulte s’adressant à un enfant, on ne peut s’y méprendre même lorsque les propos sont polis. On ne manquera pas de trouver normal qu’un gosse " indiscipliné " dise merde à un adulte, mais on serait bien scandalisé d’entendre un enfant calme et réservé s’adresser à son professeur en lui disant : " Laurent, arrêtez de bouger comme ça, vous me donnez le tournis. " L’inverse serait de la part de l’enseignant une remarque très anodine.
Tu me diras qu’évidemment la personne la mieux intentionnée du monde ne peut que perdre son sang-froid devant trente jeunes personnes qui sont là contre leur gré. Dans l’état actuel des choses, il est aussi difficile pour un adulte de vivre avec des enfants que pour un enfant de vivre avec des adultes. Le nombre ici interdit de concevoir chaque être comme unique, étonnant, intimidant par là même, en un mot : aimable.
Korczak lui-même qui a aimé les orphelins dont il avait la charge jusqu’à vouloir mourir avec eux dans le ghetto de Varsovie, Korczak raconte comment, plongé dans des comptes difficiles, il est dérangé toutes les minutes par des gamins. Arrive un petit garçon qui vient juste lui apporter un bouquet de fleurs. Il jette le bouquet par la fenêtre, attrape le gosse par l’oreille et le met à la porte. En disant qu’on traite les enfants comme jamais on ne traite ses pairs, il ne fait pas plus que moi de moralisme. Je sais tout à fait qu’il est impossible d’être toujours patient face à des individus qui n’ont pas encore perdu toute spontanéité et qui savent encore crier, courir, réclamer de l’amour, jouer. L’école comme concentration d’enfants ne peut qu’être répressive. Il est parfaitement exact que les enfants y sont insupportables et énervés. On le serait à moins. Marie, j’ai fait en sorte que non seulement tu ne souffres pas de la tyrannie des adultes, mais encore que tu ne sois pas, toi, réduite à les tyranniser. Où que tu sois passée, on t’a trouvé délicate, enjouée, attentionnée, montrant avec les adultes la même patience qu’avec qu’avec les tout-petits ; toujours je serais en admiration devant le climat de liberté que tu sais créer autour de nous. Je craignais bien un peu de vivre à deux et je t’interrogeais lorsque tu étais dans mon ventre, délicieusement étrangère ou étranger à moi, inconnue, inconnu. " Dis, enfant, saurons-nous vivre ensemble ? Nous entendre ? Est-ce difficile d’habiter à deux dans une même maison ? Nous aimerons-nous ? Si nous ne nous aimons pas, saurons-nous trouver des modes de vie satisfaisants ? " Il me semblait que tu donnais la parfaite réponse en étant simplement . Tout souriait en moi. Je suis si heureuse de te connaître et d’avoir pu t’éviter de vivre huit heures par jour dans la meute !
Oh je sais bien que l’enfant n’est pas maltraité qu’à l’école et que la famille, qui est supposée être le lieu de la tendresse, est d’abord celui de toutes les violences, de toutes les haines. Les deux idées coexistent : la famille est l’asile privilégié où l’on peut se mettre à l’abri du monde hostile ; mais aussi l’école pour l’enfant, le travail pour la femme (plus rarement, pour l’homme) sont les refuges où l’on fuit l’ " enfer familial ". C’est un monde bien cruel que celui d’où l’on cherche constamment dans la panique à s’évader.
Dire qu’en famille se déchargent les frustrations que jamais les uns ni les autres n’oseraient avouer à des tiers n’est qu’une lapalissade. La famille est l’espace où l’on peut être " naturel ", c’est-à-dire brutal. On y échange des méchancetés dont tous les témoins sont tenus au secret. John Holt, le très intelligent, dit que tout esclave peut posséder, en ses enfants, " ses propres esclaves de fabrication maison ". Le gosse tyrannisé s’entend dire : " Plus tard, tu seras le maîtres ; pour l’heure, tu obéis. " Le maître de qui ? Le maître de ses enfants, sur lesquels il se vengera. C’est " humain "...
Des travailleurs sociaux veulent devant moi défendre l’école et me rappellent que quarante mille enfants chaque année en France sont maltraités par leurs parents. Ils en concluent que l’école a " quelque chose de bon " puisqu’elle protège de la famille. Pauvre école ! On lui aura donc tout fait faire. Bien sûr, elle est forcément aussi assistante sociale. Comment concevoir notre système social sans les assistants ad hoc ? C’est eux qui constituent l’équipe de maintenance.
Tout est pour le mieux. L’école défend les petiots contre les abus des parents. Les parents veillent à ce que l’école ne se substitue pas à eux. Les adultes mutuellement se contrôlent et contrôlent la situation. Les mômes en sont les otages.

Quand bien même je n’aurais pas désiré vivre quelques années en compagnie d’un enfant, j’aurais, je pense, été tentée d’examiner d’un regard un peu critique les quelques postulats sur lesquels se fonde l’autorité de l’adulte sur l’enfant. Il semble aller de soi que le monde des adultes est le monde normal et que les parents y adaptent l’enfant. En vertu de quoi ?
Mise à part la légende triviale qui voudrait que l’adulte fût plus mûr ou plus sage (n’importe quel bulletin d’information suffit à foutre en l’air des sornettes pareilles), demeure encore l’argument du " pouvoir par le savoir ". Les adultes sauraient man½uvrer le monde, pas les enfants, parce qu’ils maîtriseraient les techniques. Cela n’a aucun sens : tout môme de douze ans qui a fait un peu d’électronique me dépasse complètement en ce domaine. Qui de toi ou moi répare les appareils ménagers, examine la première les notices d’emploi, a l’idée de démonter une mécanique qui se déglingue ? Pas moi. Si l’on s’en tient au seul savoir scolaire, le gosse, en principe, n’a pas encore eu le temps d’oublier tout ce que moi j’ai oublié. Quant aux autres savoirs, c’est inutile même d’y faire allusion : un enfant de sept ans pianiste en sait plus en ce domaine qu’un adulte qui ne l’est pas. Ce n’est pas l’âge qui jamais conféra le savoir.
Alors d’où viendrait cette autorité de l’adulte ? De sa taille ? Parce qu’il est plus facile de donner un coup de pied à un pékinois qu’à un doberman ? Réponse insuffisante ; il est tout à fait vrai que généralement on fout aux gosses des torgnoles jusqu’à ce qu’ils soient en âge de les rendre, mais certains adultes qui n’ont jamais frappé un enfant n’en jouissent pas moins d’une autorité reconnue. Il est même admis qu’un adulte non-violent peut ne pas lever la main sur un gamin ’c’est même devenu la règle dans l’institution scolaire française), mais il est inadmissible qu’un adulte se conduise avec un enfant comme avec un égal (par exemple demander à un môme de quatre ans s’il préfère habiter dans telle banlieue ou tel arrondissement, ou ce qu’il pense des élections européennes, ou s’il intéresse aux gadgets de la libération sexuelle, etc.). Si un adulte avait exactement la même attitude avec un enfant qu’avec " quelqu’un de normal ", on le prendrait pour un malade mental (ou un délinquant s’il s’avisait de " détourner " l’enfant du droit chemin).
L’autorité de l’adulte, c’est-à-dire le pouvoir d’imposer l’obéissance, découle de sa fonction (de son esclavage même). Il est, lui, à sa place, " parvenu au terme de sa croissance " comme dit le dictionnaire. L’enfant n’a pas encore eu le temps d’assimiler tout ce qui fera de lui un être artificiel. Il n’est pas encore conforme, bien qu’il le désire (ne pas sous-estimer la complicité de l’enfant dans cette sombre histoire).
La fonction de l’adulte, vis-à-vis de l’enfant, est de le former, de l’éduquer. La fonction unique de l’enfant est d’être éducable. Ces fonctions sont admises par les deux parties, si bien que les rouages tournent. Du point de vue sociologique, la fonction permet à la mécanique de fonctionner et on peut expliquer chaque rouage de cet engrenage en circuit fermé par les autres pièces. La soumission vient de l’autorité qui vient de la soumission, etc. L’autorité, en d’autres termes, vient de ce que ça marche. La soumission vient de ce que ça marche. ça : la société prise dans son ensemble.
Ça marche, mais ça ne va pas dans mon sens. Là est la question. Face à cette mécanique, je ne peux résoudre un problème éthique à partir de données sociologiques. Car lorsque je demande : " Pourquoi cette mécanique-là et pas une autre ? ", on me répond : " Parce que la société ne peut fonctionner que sur les bases d’une discipline (d’une éducation) rigoureuse. " En faisant semblant de répondre à mon pourquoi, on répond au comment.

L’homme est un animal social (comme le rat). Oui, entre autres ? Mais on peut dépasser ce " stade-là ", non ? Je ne suis même pas certaine que l’homme descende du singe mais je suis à peu près sûre de venir de l’ " animal social " appelé homme. Et pourquoi n’irais-je pas plus loin ? Je ne suis pas amateur de science-fiction et je ne veux pas rêver d’un monde où les gens auront évolué jusqu’à s’individualiser. Je n’ai pas le temps et c’est dans ma vie que je veux passer de l’animal social, que j’étais en naissant, à mon individualité. Et ne plonge pas, petite fille, dans le piège risible consistant à voir dans le social la condition de la relation. L’individualisation de chaque être ne mène pas à une solitude pire. Au contraire, seul l’être humain dégagé de son animalité sociale (de sa bêtise organisée) donne une chance à chacun de vivre dans un monde où peuvent enfin s’aimer des individus délivrés des mécanismes.
On peut casser les déterminismes, on peut casser les machines. La liberté est une vue de l’esprit. Justement, c’est là sa puissance. Elle n’existe que par ce que j’en conçois et crée.
Mais d’abord, comprendre. Comprendre le sens de la pièce, le modifier, le refuser éventuellement et aller jouer ailleurs. On peut aussi ne pas aimer le théâtre. Mais quant à moi, je supporte difficilement de vivre au milieu de marionnettes à langue de bois. Je veux comprendre. Comprendre !

La manipulation participe toujours de l’oppression. Les enfants sont des dindons. Les parents " cool ", ceux que tu appelles les " parents frais ", on en a connu quelques-uns ? " Qu’est-ce que tu dirais, Valentin, d’aller quelques mois à l’école en bateau, hein ? C’est une expérience fantastique pour un jeune de naviguer, en toute responsabilité ? ça m’aurait passionné, quand j’avais ton âge ? Plutôt que de glander à l’école, au moins tu apprendrais la navigation. Ça pourrait plus tard te servir ? Tu ne veux pas qu’on aille voir ? Oh ! Mais je ne t’oblige pas ! C’est juste une suggestion ? " à deux, on pourrait en écrire des pages et des pages de ce style ! La manipulation, parmi les " libéraux " qu’on fréquente, c’est le nec plus ultra de la rhétorique pédagogique. J’entends la voix de tel ou tel spécialiste : " Laisse-moi faire ? je sais parler aux gamins ? "
Bon. Mais je tiens à affirmer que j’ai rencontré des femmes ou des hommes qui pouvaient parler à des gosses ou des adultes sans jamais chercher à les manipuler ; j’en ai vu ! Des gens capables d’expliquer la situation avec ses avantages et ses inconvénients et de dire ensuite : " Réfléchis et dis-moi ce que tu auras décidé ", capables aussi de dire : " Je ne suis pas du même avis mais c’est à toi que revenait cette décision, on va essayer " sans faire la gueule, sans avoir peur. Jean-Pierre, Christine, Geneviève, tu vois, Marie, ces adultes-là m’apprennent à vivre et je suis tout heureuse de leur devoir ça. N’empêche ? c’est rare.
Pas de pédagogie possible sans trafic ni manigance (puisque la pédagogie repose sur l’idée que l’adulte est dans le vrai et qu’il faut amener par tous les moyens l’enfant à cette vérité).
L’adulte doit donc dépenser son imagination à faire que les choses " s’arrangent " dans le sens qu’il veut leur donner, tout en préservant l’illusion de l’indépendance de l’enfant.
J’ai très envie de te parler d’un livre que j’ai détesté. Il est pour moi la quintessence de toute entreprise pédagogique scolaire. Ça s’appelle écoute maîtresse [5].
Le fait que la maîtresse en question soit institutrice d’enfants internés non seulement ne change rien à l’essentiel, mais dévoile admirablement la névrose scolaire de tout pédagogue : normaliser, intégrer, adapter, forger les esprits. Il n’y a qu’un seul passage plaisant dans ce livre d’horreur, celui où elle s’insurge contre l’équipe soignante lui reprochant de manipuler les enfants. Parce qu’elle " assume ", comme on dit, si effrontément qu’elle en est désarmante : " Eh oui, je manipule ! Je manipule du matin au soir, pour tout, pour les faire entrer, pour les faire écrire, lire, peindre, dessiner, découper, enfiler de perles, chanter, danser ? Et ça n’est pas par un goût immodéré du jeu que je me fais enfant avec eux, [ ?]. Tout cela n’a d’autre but que de les piéger un peu mieux aux rets de mes activités plus " sérieuses ". Vous ne vouliez pas cela ? Il ne fallait pas me les donner, il ne fallait surtout pas me demander d’essayer de leur apprendre quelque chose. "
J’endure moins bien l’autoritarisme fou qu’elle emploie auprès des enfants à qui, écrit-elle, " [elle] offrai[t] ainsi la même illusion rassurante de l’école ". L’axiome est classique et c’est bien pourquoi son discours est si splendidement révélateur de ce que les adultes conçoivent de l’éducation des enfants car, en l’occurrence, les " enfants fous " sont des " super enfants ", des enfants purs, des enfants parfaits. Et la maîtresse s’en donne à c½ur joie : ces enfants " voulaient aller à l’école tout en ne voulant pas ", ils disaient qu’ils ne voulaient pas mais Suzanne Ropert sait mieux qu’eux ce qu’ils veulent, " en les obligeant, on va dans leur sens ". Ce passage que je vais citer, Marie, tu ne peux pas savoir quelle répulsion il provoque en moi ; tant de certitude, tant de bêtise sont un condensé du pire. Cette violence, je la reçois comme une menace personnelle : je suis un cheval qui n’a pas soif que n’importe quel pouvoir un jour peut noyer. Au moins puis-je espérer alors que par ma folie jusqu’à en mourir je saurai dire non.
Elle dit, la maîtresse : " Car ce que nous voulons avant tout, ce pourquoi, d’ailleurs, on a prévu une école à l’intérieur de cet hôpital psychiatrique, c’est bien d’amener les enfants à accéder à ce " savoir " qu’ils refusent. Or, me direz-vous, " on ne fait pas boire un cheval qui n’a pas soif ". Freinet nous l’a assez répété. C’est vrai. Mais ici, dans notre réalité quotidienne, les choses sont différentes : le cheval a soif mais, le plus souvent, il ne peut pas boire, sa " folie " l’en empêche. Il se peut qu’il ne " veuille " pas, mais cette volonté ne relève pas d’un libre choix, d’un libre arbitre. Le refus ou l’impossibilité sont des symptômes d’un mal-être, ou d’un non-être, dont il nous faut bien tenir compte pour notre pratique quotidienne, mais qui ne doit pas nous empêcher d’entreprendre un réel travail d’enseignement auprès de ces enfants qui se sont quasiment mutilés d’une partie d’eux-mêmes pour mieux résister à une insupportable réalité tant intérieure qu’extérieure. "
Ce qui me tourmente, c’est cette espèce d’inconscience qui fait du plus terrifiant une pacotille. Au mur, pour le son " oi ", elle affiche : " à l’école, c’est la maîtresse qui fait la loi " ; elle nous dit ça et ajoute une note : " Ce qui est absolument faux, la maîtresse ne fait pas la loi, mais elle la fait respecter. Ce jour-là, j’ai sans doute rétabli une situation normale dans ma classe, et j’ai aussi induit mes élèves en erreur. Je ne ferais plus écrire le même texte maintenant. "
Est-ce que j’ai bien lu ? D’où vient que sa manière de s’exprimer me rende folle ? La suite du texte fait que de toutes mes forces, de toute mon âme, je désire qu’un immense hurlement des enfants et de leurs alliés fasse éclater les vitres et les murs de toutes les écoles. Elle poursuit ainsi la maîtresse : " Moi qui prêchais autrefois - comme c’est loin, en effet - l’autodétermination des enfants, la libre expression, etc. En réunion de synthèse, on se retrouve parfois plusieurs à oser évoquer ce rôle désagréable que nous sommes amenés à jouer, qui va à l’encontre de nos convictions profondes d’adultes, nous qui avons réellement foi en l’autre, qui posons a priori, dans notre rapport quotidien aux choses ou aux êtres, que la règle première d’action est d’accorder confiance ? "
Elle dit aussi que son rôle de flic " rassure les enfants " et que " c’est très difficile à assumer ". Comme j’ai peur, ma petite fille, quand je sens monter cette dégoûtante odeur de complicité faussement malheureuse.
La tutelle qu’on exerce sur les enfants et les fous est, d’un point de vue tendanciel, la tutelle qui nous menace tous dès lors que nous vivons en critiques, en hors-la-loi, les rapports sociaux. La norme est adulte. Est adulte celui sur qui le temps a passé et qui ne s’étonne plus. Qui ne s’étonne plus ne s’indigne plus.
Pourtant rien ne va de soi. Et tu te rends bien compte, Marie, de ce qui grince dans le discours de cette " maîtresse adulte normale " : elle se scandalise de ce que ces enfants fous n’acceptent pas l’école et s’élèvent contre la force des choses. Ce qui est dit ici, tout simplement, c’est que les enfants " normaux " sont aussi sclérosés que les adultes et que nous ne pouvons aucunement compter sur une rébellion enfantine. être enfant ne garde personne d’être engourdi. C’est ce qui permet au système scolaire de fonctionner. Dans ce lieu réservé aux gosses fous, l’institutrice ne peut qu’engager une épreuve de force et revient sans arrêt sur sa mauvaise conscience de matonne [6] ; violeuse par devoir, elle rend tout viol par désir plus acceptable. Elle est l’image vivante de ce qui empêche les gens de vivre, de jouir de leurs respectives intelligences. Suzanne Ropert n’existe presque pas, elle est cette humaniste libérale et mécanique qui impose sa loi du bien et du mal, qui sait ce qui doit nous faire agir, qui pense pour nous. Bien entendu, je ne connais ni de près ni de loin cette sinistre femme et mon aversion pour ce qu’elle représente semblera à quelques uns indécente, d’autant que ce personnage n’est rien d’autre que commun ; c’est d’ailleurs bien pourquoi je t’en parle. Je gage que peu de pédagogues (enseignants ou parents) se sentent réellement horrifiés par ce passage-ci : " Moi-même, par ailleurs, je ne suis pas prête à renoncer au rôle bêtement scolaire qui est lié à mon titre, même si parfois, souvent, le doute me saisit sur l’efficacité de ce que je suis en train de mettre en place. Renoncer, en effet, ce serait m’engager dans le piège dangereux tendu par les enfants, et dont ils ne savent pas, bien sûr, qu’ils nous en tendent de tels aux quatre coins de nos activités quotidiennes, aux uns et aux autres ? En leur donnant ainsi raison, on signerait en quelque sorte son propre arrêt de mort, à travers celui de l’école, mais encore et surtout, le leur. Car enfin, ces forces " mauvaises " qui poussent les enfants à détruire de multiples façons, à défaire ce qui se fait, ne relèvent pas, loin de là, d’une volonté consciente, délibérée. Elles sont une des facettes de leur mal, conséquence, effet, dont ils ne sont pas maîtres souverains mais plutôt tragiquement victimes. En protégeant l’école, en me protégeant, moi, d’une possible destruction, j’ai le sentiment de protéger l’enfant avant tout de lui-même, de ce qui le ronge, le détruit au fil des jours [7]... "
Nous voici très exactement au c½ur de mon refus. En " protégeant l’école " ou toute forme de pédagogie, l’adulte a le sentiment de " protéger l’enfant contre lui-même. ". Cette imposture n’a qu’un but : faire en sorte que l’enfant devienne un membre de cette société (quelle qu’elle soit) et non lui-même.
On a corrigé les enfants tant et plus. Par la fessée, le fouet, le jeûne, les corsets, la prison. On les a contraints, par tous les moyens possibles, à entrer dans le moule. Je ne me fais pas d’illusions et, comme Neill, j’admets que le besoin d’approbation est un besoin humain profond. Dans le souci de plaire des enfants entre un élément qui " remplace avantageusement la crainte ", comme disent les parents modernes. Les mioches ont envie, n’en doutons aucunement, de répondre à ce qu’on attend d’eux. On n’est pas toujours obligé d’user de violence pour les faire se plier aux règles. La douceur parvient aux mêmes résultats. L’essentiel restant l’acquisition, de gré ou de force, d’automatismes sociaux.

Imagine un peu que les enfants n’en fassent qu’à leur tête ! Où irions-nous ?

La phrase que j’ai sans doute entendue le plus souvent depuis ta naissance, c’est vraisemblablement : " Mais enfin, un jour ou l’autre il faudra bien qu’elle apprenne à obéir ! " L’obéissance est une vertu. On mesure les qualités de tout responsable à la faculté qu’il a de " savoir se faire obéir ". On parlait beaucoup de pouvoirs et de la lutte à mener contre eux, il y a quelques années. J’étais toujours très ulcérée de cette bagarre contre les autorités en place qui ne pouvait que viser à les remplacer. La seule lutte profondément utile à mener, ce n’est pas contre l’autorité mais contre la soumission. Là seulement, le pouvoir, quel qu’il soit, est perdant.
Pire que tout fascisme, que toute tyrannie, son acceptation - si possible malheureuse, c’est encore plus tragique. Quand je songe à Ropert, je ne sais ce qui m’éc½ure le plus de sa mauvaise foi ou de son spleen. C’est littéralement la mort dans l’âme qu’elle violente les enfants. Mais IL LE FAUT. Pourquoi ? Parce que c’est nécessaire. Et ce n’est pas drôle de faire souffrir les gens ! Il faut vraiment y être obligé !

Là, Marie, je veux absolument te raconter l’expérience hallucinante de Stanley Milgram [8].
Des gens, pris au hasard parmi des personnes ayant accepté de " participer à une expérience de psychologie ", sont reçus dans un laboratoire. Là, quelqu’un, habillé de la blouse blanche du savant, explique qu’il s’agit de faire apprendre à un soi-disant étudiant des listes de mots en vue d’une recherche sur les processus de mémorisation. L’élève est assis sur une sorte de chaise électrique et le sujet qui est donc censé lui faire apprendre les mots doit lui envoyer des décharges de plus en plus violentes jusqu’à ce qu’il réponde juste. En réalité, l’élève supposé est un acteur et ne reçoit aucun courant. Mais il va mimer le désagrément, puis la souffrance, puis l’horreur du supplice et enfin la mort au fur et à mesure que les sujets appuieront sur les manettes graduées de 1 à 30, de 15 volts à 450 volts. Sur la rangée des manettes sont notées des mentions allant de " choc léger " à " attention, choc dangereux " en passant par " choc très douloureux ", etc. à quel instant le sujet refusera-t-il d’obéir ? Le conflit apparaît lorsque l’élève commence à donner des signes de malaise. à 75 volts, il gémit, à 150 volts, il supplie qu’on le libère et dit qu’il refuse de continuer l’expérience, à 425 volts, sa seule réaction est un cri d’agonie, à 450 volts, plus aucune réaction.
L’intérêt de cette expérience, c’est que 98 % des sujets acceptent le principe même de cet apprentissage fondé sur la punition. 65 % iront jusqu’aux manettes rouges (le sujet a été prévenu qu’elles pouvaient causer des lésions très graves, voire la mort), la dernière est celle de la mort assurée.
Or il ne s’agit nullement d’une expérience sur le sadisme, comme le montrent les multiples variantes qui ont été tentées et analysées. Car la tendance générale des résultats prouve qu’à une forte majorité les sujets ont administré les chocs les plus faibles quand ils ont eu la liberté d’en choisir le niveau. On en a vu également qui " trichaient " lorsque le " savant " s’absentait, assurant faussement qu’ils avaient bien " puni " l’élève. Il faut bien garder cela à l’esprit quand on parle de l’étude de Stanley Milgram.
Ce qui est terrifiant, ce n’est donc pas l’agressivité humaine mais autre chose que met formellement en évidence cette expérience : la soumission à l’autorité. En effet, les sujets ne punissent l’élève que sur la seule injonction donnée par le professeur : " Il le faut. " Ils torturent ainsi " pour rien " quelqu’un qu’ils n’ont aucune " raison " de maltraiter si ce n’est qu’on leur ordonne de le faire. Et attention ! L’ordre de continuer est donné par le " savant " d’une voix courtoise sans aucune menace [9]. Le sujet ne risque rien ? Ou plutôt presque rien : il risque d’être considéré comme un être désobéissant. Eh bien, 65 % des gens ne peuvent supporter cette idée et acceptent de supplicier quelqu’un jusqu’à la mort pour la seule satisfaction d’obéir.
Tu vois que je ne me suis pas tellement éloignée de la matonne, ses clefs et ses punitions. Elle ne fait pas ça de gaieté de coeur et le clame bien fort. Mais " il le faut ". C’est comme ça.
Il est intéressant de voir que, parallèlement à l’expérience que je te rapporte ici, l’équipe de Milgram en a fait une autre au moins aussi instructive : juste avant l’expérience, on a réalisé une enquête auprès de psychiatres mais aussi du tout-venant, leur demandant d’estimer le nombre des sujets qui " iraient jusqu’au bout ". Pratiquement toutes les personnes interrogées prévoient un refus d’obéissance quasi unanime à l’exception, disent-ils, d’une frange de cas pathologiques n’excédant pas 1 ou 2 % qui continueraient jusqu’à la dernière manette. D’après les psychiatres et psychologues, la plupart des sujets n’iraient pas au-delà du dixième niveau de choc, 4 % atteindraient le vingtième niveau et un ou deux sujets sur mille administreraient le choc le plus élevé du stimulateur.
Ces idées préconçues s’appuient sur une croyance qui voudrait qu’en l’absence de coercition ou de menace l’individu soit maître de sa conduite. La liberté serait une sorte de donnée. Comme c’est intelligent ! La thèse du libre arbitre permet à la société de fonctionner comme si elle était une résultante des libertés individuelles ; toute rébellion n’est alors qu’un non-sens.
Il serait trop long de raconter les multiples variantes de l’expérience, mais l’une des plus significatives consiste à la faire conduire par un individu " ordinaire " et non plus par quelqu’un investi d’une autorité (comme le savant ou le professeur). Dans ce cas, seize sujets sur vingt ont refusé d’obéir invoquant des raisons humanitaires : " Ils ne pouvaient pas faire souffrir un homme. " L’ordre en lui-même n’est rien, seule l’autorité a du poids.
Un gouvernement fasciste peut-être renversé et remplacé par un gouvernement démocratique, mais la différence est-elle vraiment si importante ? Est-elle vraiment si importante dès lors que seules les apparences sont sauves et que tout gouvernement repose sur la soumission à l’autorité et prépare les gouvernés à tout accepter indépendamment des contenus idéologiques supposés ? Un gouvernement démocratique, de type libéral ou non, ouvre la voie aux dictatures.
Dans l’expérience de Milgram, refuser d’obéir équivaut à nier l’autorité que quelqu’un a revendiquée a priori, or cela constitue un grave manquement non pas à telle ou telle règle mais à toute règle.
Il ne faut pas se leurrer, c’est bien au nom de la morale que les sujets obéissent aux ordres ; ils estiment qu’ils se sont " engagés " vis-à-vis de l’expérimentateur et qu’il est mal de renier une obligation ainsi " librement " contractée. Goffman a montré à plusieurs reprises que toute situation sociale reposait sur ce consensus : à partir du moment où une chose est exposée aux personnes concernées et acceptées par elles, il n’y a plus de contestation possible. " On ne reviendra pas en arrière " interdit souvent le moindre pas en avant. Dans les écoles " de pointe ", le contrat apparaît comme le fin du fin. L’élève s’engage librement à faire tel ou tel travail. Et personne ne rigole !


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Published by Catherine Baker - dans PARENTAGE AU QUOTIDIEN
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6 janvier 2006 5 06 /01 /janvier /2006 17:49
Trouvé sur Infokiosques.net
Adresse à diffuser et rediffuser largement !

Je ne sais pas si vous connaissez ce principe : Infokiosques ...
Moi, j'avoue que j'étais passée à côté jusqu'à présent. Et pourtant, ça correspond vraiment à ma vision des choses concernant la "propriété" intellectuelle, le droit d'auteur, la diffusion de l'info et de la pensée, et toutes ces sortes de choses ...

Je vous laisse lire ce quoi il s'agit ... et j'installe mon petit kiosque ;-)) :

Qu’est-ce qu’un infokiosque ?

mis en ligne le 15 août 2003.

Cette société nous pose question, nous empêche de vivre. Parfois elle nous fait vomir, toujours elle nous révolte. Capitalisme, patriarcat, rapports de domination, désastres écologiques, forces étatiques, de quoi faire frémir toute notre bile. Parfois nous voudrions cultiver cette bile, comment dire, l’approfondir, la relever, la garnir de données, d’arguments, d’idées d’action. Mieux connaître ce que nous critiquons pour mieux savoir ce que nous vomissons et comment nous le vomissons.

Alors nous nous auto-organisons et nous montons un infokiosque, une sorte de librairie alternative, indépendante. Nous discutons des publications, brochures, zines et autres textes épars qui nous semblent intéressants ou carrément nécessaires de diffuser autour de nous. Nous les rassemblons dans cet infokiosque, constituons ainsi nos ressources d’informations, et les ouvrons au maximum de gens. Nous ne sommes pas les troupes d’un parti politique, ni les citoyen-ne-s réformateurices de nos pseudo-démocraties, nous sommes des individus solidaires, qui construisons des réseaux autonomes, qui mettons nos forces et nos finesses en commun pour changer la vie et le monde.

Les textes subversifs sont nombreux et c’est partout hors des circuits spectaculaires-marchands (et même au sein de ces circuits, des fois) qu’il est possible d’en trouver. En mettant de côté une puis deux puis trois brochures, jusqu’à en avoir une ou deux ou trois dizaines, il ne reste plus qu’à photocopier tout ça en plusieurs exemplaires et trouver un lieu où les poser pour que chacun-e puisse venir les feuilleter et les emporter. Alors nous bichonnons les photocopieuses, nous récupérons du papier à foison, nous faisons jouer les réseaux de connaissances, le bouche à oreille. "Tiens, la semaine dernière on parlait des catastrophes écologiques en Amérique trans-caucasienne. Ben figure-toi que je suis tombé sur une brochure qui en parle : je te la photocopie et je te la passe". Nous aimons ces moyens de communication directe, nous aimons le do it yourself, l’auto-production, la débrouille, nous aimons ces modes de diffusion autonomes.

Dans le monde merveilleux des infokiosques, l’information n’est pas soumise aux logiques commerciales, publicitaires, spectaculaires, financières qui ligotent les médias classiques et puissants. Elle n’est pas centralisée, standardisée, reproduite à l’identique en quantités industrielles et officielles. L’information est réappropriée par des individus, des collectifs, rediffusée au gré des envies et des luttes sociales. On n’en revient pas pour autant à la rumeur, vu que les données transmises sont en principe vérifiables, en tout cas écrites, et donc déformables uniquement de manière consciente. Et l’information ne reste pas non plus forcément dans le cercle du voisinage : si l’échelle de diffusion des infokiosques n’est pas monstrueuse, elle n’est pas pour autant insignifiante. Elle mobilise d’autres moyens, elle mobilise les circuits invisibles des relations humaines, et peut se répandre bien plus qu’on ne se l’imagine.

Il y a des infokiosques dans plusieurs villes de plusieurs pays, dans des lieux autogérés, des squats ou des lieux associatifs... S’y trouvent plein de lectures à emporter, généralement à prix libre ou "pas cher", car le but ici n’est pas de gagner de l’argent mais de diffuser des idées, des théories, des pratiques mises sur papier. En plus de ne pas faire d’argent, les infokiosques n’ont généralement pas d’existence légale. Ce sont des collectifs anonymes et des "zones d’autonomie temporaire" (plus ou moins temporaire, selon les lieux dans lesquels ils se trouvent). Il existe aussi des infokiosques virtuels, comme infokiosques.net...

L’anti-copyright et l’anonymat

mis en ligne le 5 décembre 2003.

En furetant dans un infokiosque vous croiserez presque toujours des brochures estampillées "no-copyright" ou "copyleft". L’absence de copyright vous laisse le soin de vous réapproprier les textes, de les améliorer, de les réécrire, de les photocopiller à satiété, de les diffuser sans limites. Le savoir doit quitter la sphère marchande, les logiques propriétaires (refuser la propriété intellectuelle, c’est participer à la lutte contre la propriété privée), et circuler sans entraves... Tout ce qui est lisible sur ce site est libre de tout copyright.

L’anonymat s’ajoute parfois à l’anti-copyright : vous croiserez parfois des brochures non signées. Qui les a écrites ? Peu importe. L’important c’est le contenu de ces brochures, pas leur source (même si le contexte de l’écriture d’un texte, son origine sociale, peut avoir une signification non négligeable) : une signature n’apporte pas toujours quelque chose à un texte théorique. L’anonymat peut être un choix politique, un assaut contre la propriété intellectuelle, un acte gratuit pour un savoir réellement libre et collectif, sans stars de l’écriture, sans idoles intouchables. L’anonymat n’est pas une fuite : souvent les auteur-e-s restent joignables par une adresse électronique ; vous pouvez y envoyer des critiques, et vous pourrez en discuter d’égales à égaux.

Comment monter un infokiosque ?

mis en ligne le 15 septembre 2003.

Voici un mode d’emploi dont s’inspirer, à dépasser bien sûr. Pour monter un infokiosque il vous faut :
-  un collectif
-  de l’espace
-  des choses à lire
-  des outils et des meubles
-  des horaires
-  de l’attirance pour la lecture et pour le tri
-  du temps
-  des ami-e-s

et éventuellement :
-  un mode d’emploi
-  de quoi boire un jus de fruits ou une tisane
-  un bon plan photocopies
-  plein de papier
-  un ordinateur
-  des thunes

Voyons un peu tout cela en détail. Pour un infokiosque, il vous faut donc :

UN COLLECTIF : Un infokiosque ça demande de l’énergie (du temps surtout), et à plusieurs c’est drôlement plus enthousiasmant. Bon, il n’y a pas forcément besoin d’être mille mais c’est plus facile de faire plusieurs permanences d’ouverture par semaine quand on est plus de deux...

DE L’ESPACE : Prenez votre pince monseigneur, trouvez une jolie maison vide avec une vitrine au rez-de-chaussée si vous le pouvez, potassez le squat de A à Z (trouvable sur squat !net), et occupez dans la joie et la bonne humeur. Si le climat dans votre ville fleure le répressif aigü, ou si vous n’êtes pas assez nombreux-euses pour tenir un squat (il est déconseillé d’ouvrir un squat seulement pour y mettre un infokiosque - le risque d’expulsion pour un squat sans habitant-e-s est généralement décuplé), essayez de vous arranger en frappant aux portes de lieux associatifs voire de locaux syndicaux (mais bon, ne vous faites pas trop d’illusions non plus)...

DES CHOSES A LIRE : Faites vous une idée de ce que vous voulez diffuser dans votre infokiosque, brochures, bouquins, revues, etc. Faites des provisions de brochures en allant dans d’autres infokiosques ou en écrivant à des distros, puis photocopiez allègrement ! Ecrivez aux périodiques militants qui vous bottent et aux maisons d’édition indépendantes en présentant votre projet et en leur demandant si vous pouvez avoir un stock de ce qui vous intéresse en dépôt-vente (demandez une remise, celle-ci est parfois avantageuse pour les projets plus ou moins révolutionnaires comme le vôtre et cela vous permettra de vendre des lectures parfois assez chères à un prix plus que réduit).

DES MEUBLES ET DES OUTILS : Une fois trouvé de l’espace et de quoi lire, ratissez les encombrants de votre ville, guettez les déchetteries, ou bricolez-vous les étagères et autres placards qui serviront de rayonnages pour les trésors que vous aurez dégotés à droite à gauche. Donnez un coup de peinture aux meubles, punaisez des affiches, rafistolez des jolies lampes, confectionnez des présentoirs pour vos lectures favorites, amusez-vous, enjolivez le lieu... Les brochures n’ont pas vraiment leur place sur des rayons, vue leur tranche ultra-fine, qui les rend invisibles entre les autres livres. Vous pouvez vous bricoler des bacs à brochures, et les ranger dedans, couverture face aux lecteurices ; avec du fil et des pinces à linge vous pouvez aussi les suspendre et en recouvrir des murs entiers.

UN MODE D’EMPLOI : Dans un infokiosque il y a parfois des lecteurices qui débarquent, le nez en l’air, pas forcément habitué-e-s à ce genre de lieux... Expliquez-leur bien le fonctionnement de votre infokiosque, le pourquoi du prix libre ou de la gratuité. Vous pouvez doter votre infokiosque de panneaux explicatifs (modes d’emploi, significations politiques) peints sur du bois ou du carton par exemple, ce ne sera jamais de trop.

DE QUOI BOIRE UNE TISANE OU UN JUS DE FRUITS : Mmmmh, qu’il est bon de se sentir dans un infokiosque comme dans une douillette bibliothèque... Un poêle et de bons fauteuils (même un peu recousus) agrémenteront notoirement le lieu, et beaucoup auront envie d’y passer de longues après-midis, plongé-e-s dans des pages et des pages de subversion... Des boissons chaudes ou fraîches à disposition c’est un peu du luxe mais c’est pas de refus (même si les taches de jus de fruits sur les bouquins c’est pas ce qui se fait de mieux mais bon...), vive la lecture qui désaltère sans altérer la révolte qui est en nous.

DES HORAIRES : A vous de voir quelles sont vos disponibilités, et de fixer des permanences régulières : tous les dimanches après-midi, tous les mercredis soir... Ou les deux... Faites des affiches à placarder dans des lieux stratégiques, ou des tracts à faire circuler. Si vous en avez l’énergie vous pouvez égayer vos permanences de lectures à haute voix, de présentations de brochures ou de nouvelles parutions, de débats sur un thème précis, de projections... Les lecteurices viendront certainement plus nombreux-euses. Si dans le même bâtiment que celui qui vous héberge il y a d’autres événements publics, profitez-en pour ouvrir l’infokiosque en même temps : les visiteureuses viendront y jeter un coup d’œil à coup sûr.

DE L’ATTIRANCE POUR LA LECTURE : Une fois passée la première vague d’acquisitions, l’infokiosque continuera à tourner, vous recevrez des nouvelles publications, vous en trouverez à droite à gauche, peut-être même en éditerez-vous vous-mêmes tellement ça vous donnera envie... Avoir envie de lire ça peut paraître évident, mais quand on gère un lieu où circulent plein de textes on peut avoir des tonnes de choses à lire. Il ne s’agit pas forcément d’avoir tou-te-s tout lu mais au moins qu’il y ait un accord collectif sur la décision de distribuer tel ou tel ouvrage (et pour ça c’est quand même plus facile si au moins l’un-e d’entre vous sait de quoi il en retourne pour l’ouvrage en question).

DU GOÛT POUR LE TRI : Préparez-vous le plus tôt possible un système de tri et de classement, sinon vous aurez vite fait d’être enseveli-e-s sous des piles dégoulinantes de papier. Rangez les lectures en fonction de leur format, puis au choix, par ordre alphabétique ou par thème. Récupérez des classeurs et des pochettes plastiques pour ranger vos précieux originaux. Vous les sortirez pour les photocopier quand certaines brochures seront hors-stock (et ça arrive plus vite que ce qu’on croit, si vous avez de quoi stocker n’hésitez pas à photocopier une cinquantaine d’exemplaires d’une même brochure, ça peut vous éviter de retourner photocopier la même brochure toutes les deux semaines...).

UN BON PLAN PHOTOCOPIES : Si vous avez votre propre matériel de reproduction alors c’est parfait. Espérons que la maintenance ne soit pas trop pénible... Si vous devez faire ça ailleurs, chez un-e commerçant-e (des fois on n’a pas trop le choix...) par exemple, cherchez un endroit "bon marché", où les employé-e-s ne sont pas trop chiant-e-s, avec un peu de chance vous trouverez parmi elles/eux des complices à votre petite entreprise de subversion. Achetez la carte la plus avantageuse à l’unité (jusqu’à 10000 copies souvent), quitte à sortir pas mal de thunes d’un coup... Ca abaissera le coût des photocopies et si vous êtes à plusieurs dessus, les 10000 copies partiront vite. Emmenez les originaux des brochures que vous voulez diffuser dans votre infokiosque, c’est-à-dire des copies de bonne qualité, en noir sur papier blanc non agrafé. Et faites-en le nombre nécessaire de photocopies pour pouvoir remplir votre infokiosque de lectures terriblement bouleversantes.

PLEIN DE PAPIER : Gardez un œil sur les récups de bureaux, d’imprimeries, etc., vous tomberez bien vite sur des chutes de papier, parfois même sur des ramettes de papier A4, réutilisables chez votre photocopieureuse favori-te. Si ce-tte dernier-e n’est pas trop buté-e sur la légalité, ille vous fera une ristourne vu que vous fournissez le papier. Trouvez du papier de couleur, voire cartonné, et ça vous fera des jolies couvertures pour les brochures. Si vous n’avez pas la chance de dénicher des récups, vous pouvez acheter du papier recyclé, voire en fabriquer.

UN ORDINATEUR : Un luxe parmi d’autres ; l’ordinateur est facultatif mais il vous sera bien utile si vous souhaitez écrire et/ou mettre en page vos propres brochures. Avec un accès à Internet, vous pouvez trouver des dizaines de textes qui n’attendent que vous pour être édités, ou au moins, vous pourrez y trouver des brochures prêtes à imprimer (souvent au format .pdf) que vous pourrez ensuite diffuser avec votre infokiosque. Bien sûr, avec infokiosques.net, vous pourrez faire connaître votre infokiosque (notamment via la liste d’information), vous mettre en réseau avec d’autres infokiosques ou distros, et pourquoi pas participer à la vie du site infokiosques.net...

PARFOIS DES THUNES : Si par malheur vous avez des dépenses (toujours difficile d’y échapper), faites participer les lecteurices, sans tomber dans un schéma marchand. Dans un coin de l’infokiosque, bien en vue, placez une jolie tirelire et intitulez-la « caisse de soutien », les gens y mettront ce qu’ils veulent. Ils apprécieront sans doute un bilan des dépenses de l’infokiosque, affiché à côté, qui rend visible les besoins financiers d’un lieu comme le vôtre, et qui les informe sur ce à quoi servira leur contribution. En espérant que vous n’aurez pas à payer ni un loyer de 200 euros par mois ni des meubles que vous pourriez tout aussi bien trouver dans des déchetteries ou construire vous-mêmes. En se débrouillant bien, on finit par ne plus payer grand chose.

DU TEMPS : Le remède aux thunes, et la recette de brochures gratuites (parce que prix libre c’est bien mais la gratuité c’est mieux), c’est le temps. Le temps que vous passerez à fabriquer ce qu’il vous faut, à fouiller la ville pour accumuler tous les plans récup imaginables, ou les meilleurs endroits pour dissimuler des choses sous votre manteau ou ailleurs. Du temps vous sera nécessaire de toute façon, il ne faut pas se leurrer, parce qu’un infokiosque en prend : permanences, lectures, photocopies, récups, etc.

ET SURTOUT, DES AMI-E-S : Parce que les circuits de relations humaines sont toujours la meilleure alternative à l’argent. Communiquez autour de vous sur votre projet, sur le matériel que vous cherchez en ce moment, sur ce qui vous manque, vous verrez que des solutions vous tomberont progressivement entre les mains. Des associations vous fileront leur vieille offset, des employé-e-s de bureau vous refourgueront du toner pour nourrir la photocopieuse que vous aurez récupérée auprès d’autres connaissances. Jouez sur le bouche-à-oreille pour la récup et bien sûr, pour faire connaître l’infokiosque.

D’AUTRES IDEES ENCORE : Vous pouvez ajouter une bibliothèque à votre infokiosque, en récoltant de chouettes bouquins, en vous abonnant à de chouettes revues, en organisant un système de prêt gratuit. Vous pouvez aussi monter une distro, en diffusant des brochures par correspondance, en allant tenir des tables de presse un peu partout, à l’entrée d’un concert, d’un débat, dans un festival, à la fin d’une manif, au marché, à un arrêt de bus, à la fac...

Féminiser les textes

mis en ligne le 5 décembre 2003.

Certains textes, dans les infokiosques, sont féminisés : truffés de -e, de E, de /euse, de terminaisons hybrides et néologiques. Par "féminiser" le langage, on entend bousculer cette bonne vieille grammaire, qui voudrait faire primer le masculin sur le féminin. Cet état de fait n’est pas anodin. Le langage est un reflet de notre société patriarcale : non seulement il catégorise tout ou presque en deux genres sexués, mais en plus il entretient la domination d’un genre sur l’autre. Parce qu’il est notre premier mode d’expression, il a une fonction fondamentale, et peut être utilisé à bien des fins. S’il est structuré, le langage est également structurant : il conditionne notre pensée, la formate. Le langage guide notre vision du monde. Remodeler le langage c’est refuser une domination, construire d’autres inconscients collectifs.

En cela, la féminisation nous semble bien sûr insuffisante puisqu’elle conserve en elle la division en genres masculin et féminin. Mais révolutionner complètement le langage est une tâche lourde, qui prend du temps autant pour réfléchir et construire cette révolution que pour la pratiquer, la vivre "spontanément". Le langage, les mots, les expressions, ça vient "tout seul", par habitude, mais ça ne vient pourtant pas de nulle part...

Le prix libre

mis en ligne le 5 décembre 2003.

Problème.

Mettons qu’un infokiosque n’a pas encore trouvé les contacts et les techniques pour se procurer gratuitement papier, encre, machines à imprimer. Il veut quand même répandre des brochures alors il va les photocopier à la boutique du coin. Mettons que la brochure sur les catastrophes écologiques en Amérique trans-caucasienne coûte 2 francs 6 sous à photocopier. L’infokiosque ne veut pas perdre de l’argent à diffuser cette publication, mais il ne veut pas non plus faire du profit dessus, parce qu’il n’aime pas les logiques marchandes. A combien la vend-il ?

Solutions.
A prix coûtant : 2 francs 6 sous.

Ou bien : à prix libre. Dans le prix libre, ce n’est pas le/la vendeur/euse (l’infokiosque) qui fixe le prix, mais l’acquéreur/euse, l’usager-e (le/la futur-e lectriceur de la brochure). La lectrice A, qui est dans une situation économique médiocre, ne donnera si elle le veut, et sans culpabilité, qu’1 franc 3 sous. Par contre le lecteur B, lui, qui roule plutôt sur l’or ou qui veut donner un coup de pouce à l’infokiosque, choisira peut-être de donner 3 francs 9 sous. On estime en effet, généralement, que le beaucoup d’argent donné par les lecteurices de type B compense le peu d’argent donné par les lecteurices de type A. L’idée est que l’argent, le prix, ne soit jamais un obstacle à l’accès aux brochures, que l’infokiosque puisse tourner en s’adaptant aux moyens des lecteurices. Tu donnes ce que tu peux, ce que tu veux. Une autre idée importante du prix libre, c’est qu’il demande au lecteur ou à la lectrice un moment de questionnement : combien vais-je donner ? Quels sont mes moyens ? Quels sont les dépenses de cet infokiosque, qui a aussi besoin de moi pour tourner ? A quel point puis-je ou ai-je envie de participer ? On s’éloigne ainsi d’une attitude purement consommatrice, où la somme qu’on donne (le prix fixe de 2 francs 6 sous par exemple) est soit un geste rapide et machinal, soit un geste effectué à contre-coeur. On instille dans "l’achat" un peu plus de lucidité, d’autonomie, de démarche active. Le lectrice ou la lecteur sont des égales et des égaux, dignes de confiance, de compréhension et d’intelligence, et pas des client-e-s à pigeonner.

Bien sûr, un des objectifs restant l’abolition de l’argent, nous apprécions plus que tout la gratuité quand cela est possible. Nous pensons, à l’inverse du poncif qui veut que "si c’est gratuit, c’est que ça doit pas être génial", que si un texte est gratuit, c’est qu’il a l’intelligence de ne pas monnayer sa qualité.

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Published by Tinuviel - dans PENSER EN LIBERTE
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2 janvier 2006 1 02 /01 /janvier /2006 21:54
Par Jean-Philippe Joseph & Jean-Pierre Joseph

Source : http://infos.samizdat.net

Un pas vient d’être franchi dans la confrontation entre l’homme et la machine en milieu scolaire. Le 17 novembre vingt personnes habillées en clowns sont entrés en chantant dans le lycée de Gif-sur-Yvette. Alors qu’ils exécutaient une saynète, deux dispositifs biométriques contrôlant l’accès des élèves ont été détruits à coups de marteaux. Trois personnes ont été arrêtées, battues par un surveillant et des élèves. Elles seront jugées par le tribunal d’Evry le 16 décembre. Installés en 2004, ces dispositifs biométriques qui associent vérification de la paume de la main et frappe d’un code à sept chiffres n’avaient pas obtenu d’autorisation de la CNIL... peu importe.

Cette expérience n’est pas isolée. A Angers, dans une école primaire et un collège, c’est l’empreinte digitale qui donne accès à la cantine, à Gif sur Yvette, à Sainte Maxime, Marseille ou Carqueiranne les élèves introduisent leur main dans une machine qui en reconnaît le contour. Qui peut prétendre que prendre la main d’un enfant est un geste neutre ? « Il est apparu que certains élèves associaient la biométrie à des représentations infantiles d’angoisse. Certains petits ont même évoqué la présence d’un monstre à l’intérieur de la machine. Les plus grands rationalisent leur peur, mais ils l’expriment dans des termes assez proches : on a peur de se faire électrocuter en mettant la main dans la machine, par exemple. [1] » Au lycée Jean Baptiste Dumas à Alès c’est 90 caméras de vidéosurveillance, 104 au lycée J Rostand de Mantes la Jolie associées à un dispositif de gestion des absences par codes barres et stylos optiques.... Les technologies sécuritaires modèlent les espaces dans lesquels toute une génération se construit. Régulièrement, les experts consultés s’inquiètent de leurs conséquences sociales mais ces technologies originaires du milieu carcéral, promues ailleurs au nom de la lutte contre le terrorisme se propagent en milieu éducatif, sans débat, comme si vingt ans de discours alarmistes rendaient inéluctable la transformation des écoles en prisons.

Car la logique est bien carcérale. Elle s’ajoute dans les établissements scolaires à la multiplication des injonctions focalisant le rôle des enseignants et de l’institution au contrôle de la présence. Les récents remplacements de courte durée sont un pas de plus dans ce sens : l’important c’est de garder les élèves. Pudiquement,les enseignants regretteront que leur rôle soit de plus en plus limité à de la « garderie ». Mais la garderie est une démarche éducative qui s’appuie sur une formation et ne se limite pas à contraindre un enfant à la présence dans un lieu clos. Par ailleurs, à la différence de son application dans les aéroports, la biométrie à la cantine ne répond à aucune menace. Elle ne vise pas à empêcher une intrusion mais, officiellement, à contrôler la présence que ceux qui devraient être là. « Le principal du collège Joliot-Curie (de Carqueiranne) dit chercher à obtenir une « transparence absolue » : il s’agit de savoir en permanence, et en temps réel, où sont et ce que font les élèves, notamment s’ils mangent ou s’ils ne mangent pas. Dès lors, on ne peut pas s’empêcher de penser au panopticon de Bentham. [2] » Schizophrénie de ces établissements où le développement des visions panoptiques à grands renforts de vidéo, de biométrie et d’alertes par SMS place l’administration au centre quand les textes officiels [3] proclament depuis 15 ans que c’est l’enfant (ou l’élève) qui doit être « au centre » des institutions éducatives et sociales.

Avec la logique carcérale c’est le renforcement de la notion de frontière qui se développe par ces technologies. L’entrée des lycées est surveillée, l’extérieur est diabolisé. Les agressions, les vols, les trafics sont liés, dans les discours médiatiques et institutionnels aux intrusions : « on entre dans ce lycée comme dans un moulin ». La biométrie et la vidéo sont supposées protéger des élèves et un personnel vertueux du contact avec une plèbe étrangère. Ce « rêve politique de la peste » de Foucault, on le retrouve dans la diabolisation de l’extérieur, des non-scolarisés ou de ceux qui ont été exclus de l’école ou qui viennent de tel établissement suspect. Ainsi, cette « technologisation de la frontière [4] » de l’école se développe sur un discours xénophobe et éduque ces enfants à la suspicion de l’Autre. Le renforcement narcissique de ces insiders leur rappelle, contrôle après contrôle, leur appartenance à une communauté, par opposition au magma dangereux des outsiders. Pire, elle fait planer comme une menace d’exclusion le risque un jour de ne plus être contrôlé, générant de fait une demande de contrôle de la part des enfants eux mêmes.

Le développement de ces technologies marque également la progression des logiques policières à l’école. A cette époque où c’est le ministre de l’Intérieur qui demande une évaluation des ZEP, l’avènement de la vidéosurveillance et de la biométrie au détriment de l’encadrement humain réduisent les possibilités d’intervenir en amont ou pendant les conflits et cantonnent toute réponse à l’a-posterori. Alors qu’un surveillant pouvait intervenir pour tempérer les prémisses d’une bagarre, ou pour séparer, la vidéo ne fait qu’enregistrer un affrontement qui fatalement s’envenime jusqu’à son terme. Elle ne peut alors que témoigner de ses conséquences les plus graves et ne servir que de preuve, lors de l’investigation future. Car, ici encore, c’est bien l’un ou l’autre, l’homme ou la machine tant les moyens humains se réduisent au fur et à mesure que progressent les investissements dans ces dispositifs. Au lycée J. Rostand de Mantes la Jolie, le projet de 104 caméras de vidéosurveillance a ainsi été annoncé le même jour que la suppression d’un poste d’aide éducateur. A Alès, ces personnels ont d’abord été suroccupés à des tâches de bureau, notamment de contrôle des absences avant que les caméras soient installées. A Gif sur Yvette c’est peut être le désarroi de ce surveillant, « obsolète » dirait Anders, au milieu de ces technologies qui l’a poussé à frapper les clowns et à appeler les élèves à les battre. Alors, face au manque de personnel compétent et présent, la réponse qui s’impose aux administrations est policière. Les interventions policières dans les établissements, les patrouilles ou les arrestations se multiplient donc. Loin d’apporter la réponse définitive qu’on nous annonçait médiatiquement, pour certains élèves ce n’est que le retour à des situations d’affrontements quotidiens qu’ils ont appris à gérer : « oh ! la police vous savez, on a l’habitude ». Leurs yeux alors trahissent la déception : ils attendaient autre chose de l’éducation.

Ce qui subsiste aujourd’hui de la volonté de préserver une présence humaine pousse les conseils d’administration au recrutement de personnels sans formation, à des postes de vigiles pour un temps limité et de faibles salaires. Le chemin est alors tout tracé pour la privatisation prochaine de ces fonctions. Un enseignant d’anglais du lycée de Mantes remarquait avec tristesse qu’on enseignerait Orwell et Bradbury, écrivains visionnaires des sociétés de la surveillance généralisée, à des élèves lâchés ensuite dans des espaces dont les moindres recoins sont sous surveillance vidéo.

Cette avancée vers la privatisation, par ses aspects mercantiles mais aussi par la soumission des références éducatives à celles de l’industrie, est une composante fondamentale de ces processus. Pourquoi dépenser de telles sommes pour contrôler que des enfants mangent, alors même que l’accès à la cantine est un problème financier pour certains ? Pourquoi persister dans la vidéosurveillance lorsqu’une seule année de mise en place suffit à démontrer son inefficacité ? Pourquoi prendre tant de risques avec les implications que peuvent avoir sur ces enfants le contact avec des telles technologies ? Une réponse majeure réside dans les fabuleux budgets publics que représentent ces dispositifs pour les industriels, une autre dans la faculté des établissements scolaires à fabriquer de futurs clients pour ces secteurs.

Le livre bleu rédigé par le GIXEL (Groupement des industries de l’interconnexion des composants et des sous-ensembles électroniques ) à destination du gouvernement contient cet impayable passage à la rubrique « Acceptation par la population » : « La sécurité est très souvent vécue dans nos sociétés démocratiques comme une atteinte aux libertés individuelles. Il faut donc faire accepter par la population les technologies utilisées et parmi celles-ci la biométrie, la vidéosurveillance et les contrôles. Plusieurs méthodes devront être développées par les pouvoirs publics et les industriels pour faire accepter la biométrie. Elles devront être accompagnées d’un effort de convivialité par une reconnaissance de la personne et par l’apport de fonctionnalités attrayantes :
- Éducation dès l’école maternelle, les enfants utilisent cette technologie pour rentrer dans l’école, en sortir, déjeuner à la cantine, et les parents ou leurs représentants s’identifieront pour aller chercher les enfants.
- Introduction dans des biens de consommation, de confort ou des jeux : téléphone portable, ordinateur, voiture, domotique, jeux vidéo. [5] »
Ceux qui sont familiers des méthodes de relations publiques reconnaîtront les stratégies de communication des firmes de l’agroalimentaire pour faire accepter les OGM.

La pression exercée sur les établissements pour une course à l’équipement (budgets spécifiques, limites dans le temps, débats bâclés...) les pousse à accepter des équipements sans mesurer les impacts de leur utilisation banale et encore moins ceux de leurs dysfonctionnements. Or, pour des documents aussi sensibles que les passeports biométriques américains, par exemple, The Economist notait que le système de reconnaissance adoptée échouerait à identifier une personne sur dix et que « les fausses alertes pourraient devenir la norme ». Faute d’être cryptées, les données des puces incluses dans les passeports pourraient être lues à distance et donc permettre le vol d’identité. Malgré tout l’investissement réalisé, les constructeurs promettent rarement une sécurité absolue (« taux d’erreur de 0,0001 % », « ne fonctionne pas au-dessous de- 8 °C »...) bien vite alors, l’humain est appelé en renfort pour composer un code secret, surveiller un écran... en périphérique de la machine.

Pourtant, les défaillances de ces technologies nous intéressent peu. Leur bon fonctionnement nous paraît déjà une défaite de la relation éducative dans son ensemble.

La CNIL rappelle fréquemment dans ses pathétiques tentatives de contrôle que l’usage de ces technologies doit être contraint par la « proportionnalité » entre l’exigence de contrôle et le processus utilisé et que chacun a « droit à l’oubli » ; les enregistrements sur « listes noires » et autres fichiers doivent pouvoir être effacés. Ce droit à l’oubli, fondement du droit est aussi un fondement de l’éducation. La relation avec l’enseignant est pour l’enfant un temps à l’abri, un temps de confiance ou la compréhension peut suivre l’erreur et permettre qu’on « oublie tout », qu’on « ferme les yeux pour cette fois », renvoyant l’enfant, lavé, à la possibilité de se racheter, de progresser.

La place de cette relation, entre humains, recule à mesure que progresse l’oeil froid de la machine qui vient conforter une pénalisation de rapports éducatifs dont la référence est la délirante théorie de la « vitre brisée » fondement des politiques de tolérance zéro. Si « qui vole un oeuf, vole un boeuf » ou « qui brise une vitre ouvrira le feu au fusil automatique ou dealera la cocaïne au kilo » alors sur les actes banals de l’enfance qui étaient source d’apprentissage bienveillant de la norme s’abattra une répression automatisée, implacable et démesurée véritable « pédagogie noire ». Le rapport parlementaire Benisti, sur la « prévention de la délinquance » qui préconise la création d’un "système de repérage et de suivi des difficultés et des troubles du comportement de l’enfant" mis en place non seulement dans les établissements scolaires (de la maternelle au lycée), mais aussi dans les crèches montre les liens qui peuvent exister entre une vision politique de l’enfance, une pathologisation de la délinquance et ces technologies hors de contrôle.

L’enregistrement préalable des paumes de main des élèves est appelé « l’enrôlement » et l’administration appellerait en début d’année ces enfants à se « soumettre » à la biométrie. Est-il ironique de rappeler que la déclaration universelle des droits de l’Homme dans son article 26 lie l’éducation à la liberté lorsqu’elle proclame : « L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. » Comment imaginer former des hommes et des femmes libres, usagers de leurs libertés et familiers de celles-ci si on les familiarise dès l’enfance aux chaînes, fussent-elles numériques et modernes ?

L’action du 17 novembre sur les deux dispositifs biométriques du lycée de Gif-sur-Yvette, a peut-être simplement remis ces machines à leur place et nous donne une occasion unique de réfléchir au tournant que prennent les politiques de l’enfance, qu’elles soient éducatives, sociales ou judiciaires. Qu’a-t-on à gagner dans la course à la soumission des enfants et des personnels à des technologies qui les déshumanisent et les cantonnent à des rôles d’automates apeurés, de périphériques, et leur font perdre tout le génie et la créativité de leur humanité ? Jusqu’où sommes nous prêts à sacrifier cette génération au Moloch de la technologie et du marché ?

[1] Xavier Guichet : « Manger sous surveillance, L’usage d’une technique biométrique pour le contrôle d’accès à la cantine scolaire »

[2] idem

[3] Loi du 10 juillet 89 d’orientation sur l’éducation, loi du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médicosociale.

[4] Philippe Bonditti« Technologisation de la frontière : vers un état de peste généralisé ? », Chantiers Politiques, ENS, Paris, n°2, Oct. 2004

[5] « Livre bleu, grands programmes structurants, proposition des industries électroniques et numériques », juillet 2004


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30 décembre 2005 5 30 /12 /décembre /2005 15:22

Je ne sais pas si vous - qui avez comme moi des têtes blondes ou brunes à l’école -  vous avez à faire face au même combat, mais en tout cas ici, c’est la guerre des tranchées, c’est l’invasion des hordes barbares, c’est l’ennemi qui ne nous laisse pas de répit … j’ai nommé les POUX !

Et pas seulement en hiver. Pas seulement « par moments ». Non, c’est toute l’année, en continu. Et ça fait 4 ans que ça dure. C’est usant.

Et en plus, ce ne sont pas de petits poux fragiles, oh que non, mais d’horribles bestioles hyper résistantes à tout, qui réapparaissent aussitôt qu’on s’en croit débarrassé, pire que le phœnix lui-même :-(

 

Je les attends en rigolant ceux qui osent encore sortir « mais voyons, il suffit d’un bon produit bien appliqué, et le tour est joué ».

Waaaarf, attendez que je me tienne les côtes.

Ici, on a essayé TOUS les produits sur le marché. Même les derniers cris super performants auxquels « rien » ne résiste, qui sont censés tuer poux et lentes sans anicroche. On a suivi scrupuleusement les modes d’emploi, respecté les temps de pause, répété les opérations à répéter dans les temps imparti, lavé les draps, bonnets, écharpes, capuchons etc …

Eh bien : Niet. Nada. Nichts. Rien de rien. Ca marche pô :-( !! Ca empoisonne les enfants, mais pas les poux.

Oh bien sûr, on a bien quelques cadavres de gros poux gras qui restent dans le peigne à poux. A mon avis ce sont de toutes façons ceux qui auraient crevé le lendemain de vieillesse. Mais les petits poux, les jeunes en pleine force de l’âge, prêts à déposer partout leurs immondes larves collantes … y sont toujours vivants, EUX !!

Et ils se reproduisent plus vite que l’éclair !

Une semaine sans surveillance, quand ils sont chez leur père par exemple, ou qu’on se relâche un peu, et il arrive que j’aie un de mes loupiots couverts de lentes à en pleurer.

 

Récemment j’ai vu deux reportages traitant du sujet des poux, qui semblaient tous deux affirmer que je n’étais pas devenue folle : les poux deviennent de plus en plus résistant à toute tentative d’éradication par les insecticides, aussi performants soient-ils.

 
Bon, eh bien alors, que reste-t-il à faire ?

Eh bien comme nous : la bonne vieille méthode mécanique, l’épouillage « social » :-) :-p

Ici, on fait tout comme les singes … à part qu’on ne mange pas les bestioles, mais sinon c’est tout pareil :-)

 

Il faut quand même signaler qu’il y a quelques méthodes « naturelles » qui donnent des résultats et réduisent grandement la population, ça oui. Je les détaillerai plus loin dans l’article. Cependant, d’expérience aguerrie de mère de famille au premier rang des hostilités, je peux affirmer que, même après avoir gagné quelques batailles, sans un combat mécanique quotidien, on finit souvent par perdre la guerre.

 

Je vous livre ma stratégie personnelle, peaufinée après pas mal de tâtonnements, et qui fonctionne ici. Bien entendu, il n’est pas question de s’en débarrasser « une bonne fois pour toutes » comme certains pourraient encore en rêver, mais de faire en sorte que les invasions constantes soient limitées à leur strict minimum, et de se débarrasser des envahisseurs dès leur apparition et avant qu’ils n’aient pu semer leurs œufs partout. De cette manière, on n’a plus de problèmes de gratouilles, croûtes et infestations, et on élimine chaque bestiole quasi dès son arrivée ou éventuellement son éclosion dans le pire des cas.

On peut même finir par avoir de longues périodes d’accalmie où l’ennemi semble avoir totalement renoncé.

 

C’est très simple en fait : en période d’infestation, peigne à poux en métal double rangée TOUS Les jours, et au maximum tous les 2 jours, surtout sur les longs cheveux. Démarrer par les cheveux du dessous sur la nuque, et remonter graduellement en rajoutant des mèches jusqu’à avoir passé l’ensemble de le chevelure au « peigne fin » plusieurs fois. Généralement, je peux vous dire que 90 % des poux eux-mêmes sont concentrés sur le dessus du crâne, de part et d’autre de la raie, et juste derrière. Il faut bien appliquer le peigne sur le cuir chevelu, et « gratter » (pas écorcher hein !) la peau du crâne pour bien attraper les bestioles (qui sont sur la peau et pas au milieu de la chevelure), ensuite faire glisser le peigne jusqu’à la pointe de la mèche choisie, pour bien en extraire tout.

On s’aperçoit qu’on récupère ainsi non seulement les gros poux grassouillets, mais aussi des lentes à peine écloses, des larves de poux minuscules, des lentes à pattes en somme. Et même des lentes en fin de gestation, suffisamment grosses pour rester coincées dans les dents du peigne.

 

Ensuite, SI on trouve des poux, ne serait-ce qu’un seul, ne serait-ce qu’un minuscule … alors inspection et éradication des lentes immanquablement collées ça et là dans la chevelure. Comment ? Très simple : bonne lumière, une paire de petits ciseaux et une bougie. Eventuellement lunettes, mais tout le monde n’est peut-être pas aussi bigleux que moi :-)

On va d’abord débusquer les œufs dans leurs incubateurs favoris, à savoir dans la nuque et le long de l’arrière des oreilles. Contrairement aux poux, l’immense majorité des lentes est concentrée sur les abords de la chevelure. Il n’y en a que rarement à l’intérieur, ou bien c’est que le reste des nurseries est déjà rempli :-(

On peut bien entendu employer la méthode basique qui consiste à coincer la lente entre deux ongles et à la faire glisser jusqu’au bout du cheveux pour l’écraser ou la jeter dans un bac de vinaigre. Ca marche, mais au bout d’un moment, ça devient pénible pour les doigts. Le plus facile, c’est d’isoler le cheveu porteur, de le couper à la racine, et de le brûler sur la flamme de la bougie (ou le jeter à terre si on est dehors). Ne vous inquiétez pas, avant d’avoir rendu chauve votre enfant de cette manière, vous vous serez débarrassé des poux :-) :-) !! Si on prend garde à ne couper qu’un ou quelques cheveux tout au plus, et pas une mèche entière à chaque lente, on ne voir strictement rien dans la chevelure, je vous le promets. Et ça ne fait pas mal aux enfants, au moins.

 

Voilà, en fait, de cette manière, nous n’avons plus besoin d’avoir recours ni aux shampooings insecticides, ni mêmes aux préparations « bio » anti-poux. Je dois dire qu’à part quelques alertes quand l’attention se relâche, vite circonscrites, on est globalement assez tranquilles. Si les épouillages au peigne à poux ne révèlent plus la présence de bestioles, on peut espacer les opération de trois à quatre jours, mais pas plus, sinon on risque de repartir pour un infestation. Et ce à n’importe quel moment de l’année, je précise.

On peut aussi employer l’huile essentielle de lavandin (quelques gouttes réparties dans le chevelure, pures ou dispersées dans un peu de vinaigre, et appliquée aux endroits stratégiques) en matière de répulsif, mais personnellement je n’ai jamais réussi à y penser suffisamment régulièrement pour que ça serve à quelque chose. Je ne peux donc pas attester de l’efficacité ou non de la méthode.

 

L’important est en fait de passer au-dessus de sa répulsion naturelle pour les « bestioles », parce que ça conduit tout droit à employer des armes de destruction massive globalement néfastes pour la santé de nos petits, et bénéfiques au développement de poux de plus en plus résistants à tout produit. Il suffit de quelques jours, quelques petits jours à être attentifs et à vivre avec nos parasites, pour se rendre maître de la situation. Je pense que le jeu en vaut la chandelle.

 

Sinon, en ce qui concerne les méthodes naturelles, je vous en fais un petit topo des plus éprouvées quand même.

 
La « macération huileuse »
 

L’opération naturelle la plus courante consiste à imbiber l’ensemble de la chevelure d’huile végétale (peu importe laquelle, mais je vous conseille la moins chère vu la quantité nécessaire), additionnée ou non d’huiles essentielles que les poux n’apprécient pas, à savoir : tea tree, lavande, citron, géranium ou origan. En mettre au moins une bonne dizaine de gouttes. Laisser poser ce masque capillaire pendant au moins une heure, plus c’est encore mieux, et ensuite rincer et laver les cheveux. Apparemment, l’huile et les H.E. « étouffent » les poux, et débarrassent au moins des sujets éclos. Mais ça ne dispense pas de faire la chasse aux lentes ensuite, attention ! Ce qui est bien, c’est que le masque d’huile, c’est super bien pour les cheveux qui seront bien nourris après ça :-)

 
L’huile de neem (ou margousier ou « lilas des Indes »)
 

Le neem, outre ses propriétés médicinales, a également des propriétés insecticides et anti-acariens reconnues. Utiliser une lotion ou un shampooing à base d’huile de neem est apparemment très efficace. Cette huile ne tue pas directement les poux, mais leur perturbe la fonction alimentaire et reproductrice, de sorte qu’ils finissent par mourir de toute façon, ne pouvant plus se nourrir et sans avoir pu se reproduire. De plus, les lentes déjà accrochées voient leur développement stoppé et « avortent ». Mais pour le « masque capillaire », l’huile de neem, c’est pas donné :-(

 
L’argile
 

Certains utilisent l’argile verte de la même manière, à savoir en masque capillaire additionné d’H.E. Personnellement, j’ai utilisé de temps en temps une combinaison des deux : de l’argile, de l’huile et des H.E. La totale quoi ! :-) Ici dans la famille, on appelle ça la « pâte à poux ».

C’est efficace, mais c’est quand même folklorique à poser … on met de l’argile partout, c’est assez épais à étaler, on ressemble à des sioux sur le sentier de la guerre, et c’est une assez grosse galère à rincer … mais ça garantit de franches parties de rigolade avec les enfants, ce qui est agréable quand même ! :-)

 
Le vinaigre
 

Efficace surtout pour décoller les lentes, donc à utiliser avant les séances de chasse aux œufs (pas de Pâques, malheureusement). Comme c’est super bon pour les cheveux également, c’est toujours faire d’une pierre deux coups.

 
La décoction de noix de lavage
 

Jamais essayée encore. Mais vu l’efficacité de cette décoction sur les pucerons (ça j’ai testé), je pense que ça peut peut-être être indiqué pour les poux aussi … à tester. Si vous avez des avis ou des expériences sur le sujet, je suis preneuse.

Il s’agit bien sûr des noix de lavage qu’on utilise pour le linge (Sapindus Mukorossi). On en met une vingtaine de demi-coques à bouillir dans 1,5 litres d’eau pendant une dizaine de minutes, et puis on utilise la préparation en shampooing/lotion à rincer (ça ne mousse pas, ou très peu).

 
Le henné
 

Le henné, pour les brunes bien sûr, est paraît-il assez radical aussi. Etant claire de cheveux et mes enfants aussi, ce n’est pas pour nous. J’ignore si le henné neutre fonctionne également ?

 
Shampooing à la farine de seigle
 

C’est une recette de Raymond Dextreit, pas encore essayée non plus.

Il faut délayer à l'eau froide quelques cuillerées de farine de seigle (quantité à évaluer à
l'essai). Porter à l'ébullition en remuant constamment, laisser refroidir un peu et utiliser comme un shampooing en pâte. Rincer à l'eau tiède.

 
Lotion « anti-lentes »
 
Pour éliminer les lentes, on peut réaliser une lotion à l'alcool en mélangeant 75 ml d'eau, 25 ml de vodka et 1 cuillère à café d'H.E. de lavande et 1 cuillère d’H.E. de tea-tree. Frictionner le cuir chevelu et laisser agir au moins une heure. A refaire très régulièrement (tous les 2-3 jours). Par contre, l’alcool peut être douloureux ou irritant, surtout si on a des morsures de poux. On peut également faire cette lotion avec de l’huile végétale.
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16 octobre 2005 7 16 /10 /octobre /2005 00:00
Là je reste sur le cul, scotchée, faut que j'en parle !
Quand je dis que nos enfants sont pris pour des cibles de marketing, chez Nestlé ils ont vraiment frappé fort dans le genre !! :-o

Vous savez ce qu'il est écrit au dos du paquet de céréales petit-déjeuner "LION" de Nestlé ? Oui je sais, vaut mieux pas acheter ces saloperies, mais voilà, mes gosses aiment bien ça avant de partir à l'école,et en bonne flemmarde, je trouve ça vachement pratique de temps en temps ...
De toute façon, je ne suis pas là pour faire mon mea culpa sur ma façon de nourrir mes gosses, mais pour vous faire partager ce merveilleux slogan :
Asseyez-vous et écoutez-bien , ça vaut le détour  !

"Le lion fait ce qu'il veut, le lion obtient ce qu'il veut, le lion mange ce qu'il veut.
Bienvenue au sommet de la chaîne alimentaire"
Joli, hein ?
Et tout ça avec en fond une image virtuelle représentant un visage mi enfant-mi lion, avec une expression prédatrice à souhait

....

Vous appréciez le message autant que nous l'avons apprécié ici ?
J'ai beau ne plus me faire d'illusions sur la société dans la quelle on vit et sur ses motivations, je suis quand même sincèrement choquée par ce slogan !

"Mange tes céréales "Lion", et tu deviendras un prédateur, tu feras ce que tu veux, tu seras le chef incontesté, tu seras au sommet mon enfant"
Brrrr :-(

Je pense qu'on va chercher à savoir comment pouvoir faire part de notre avis sur la question à Nestlé.

Voilà, c'était l'humeur du dimanche matin. Me faire gâcher mon déjeuner par Nestlé, non mais, et puis quoi encore ! :-)
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Published by Tinuviel - dans PENSER EN LIBERTE
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