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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 16:15

 

Je suppose que tout le monde connaît ce merveilleux ouvrage empli de modération, de nuances et de sagesse qu'est   "Le Conflit,  la femme et la mère" d'Elisabeth Badinter ? Plus besoin de vous présenter le genre de vérités qu'elle nous sert, comme par exemple :

"Je ne suis pas contre l’allaitement et pense même que le lait maternel est parfaitement adapté, mais pas pendant six mois et à la demande du bébé, comme le recommande l’OMS et d’autres experts !"

ou bien encore :

"Le biberon, je n’hésite pas à le dire, a été un objet moteur de l’égalité des sexes à l’intérieur des familles."

 

Bref.

 

Je suis tombée sur cet article, qui constitue une intéressante réponse de la part de Sarah Blaffer Hrdy,  anthropologue et primatologue, membre de l'Académie des Sciences, qui s'est penchée sur les thèses d'Elisabeth Badinter. Pour la chercheuse américaine, réfuter l'existence d'un instinct maternel ne tient pas la route scientifiquement. 

 

Voilà un propos nettement plus nuancé, moins caricatural que l'outrance de Mme Badinter qui, je trouve, a le vieillissement intellectuel plutôt laborieux et tranchant.

 

C'est par ici :

 

 

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20100212.BIB0253/une-chercheuse-americaine-repond-a-elisabeth-badinter.html

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7 janvier 2006 6 07 /01 /janvier /2006 01:24


On entend très souvent affirmer - avec raison - que l'allaitement est "bon pour les bébés", qu'il les protège, qu'il les empêche d'attraper des maladies etc ...


Mais sait-on pourquoi et comment agit cette protection ? Voici,  pour le comprendre, quelques notions de base.

A la naissance, le système immunitaire du nourrisson est loin d'être en possession de tous ses moyens et ne confère pas au bébé toute la protection nécessaire. Ce système immunitaire n'attendra ses pleines potentialités que vers l'âge de 4 à 5 ans, d'après les ce qu'on en sait actuellement.
Avant cela, il reste immature (la production des interleukines régulatrices de la réponse immunitaire notamment, ainsi que la production des anticorps, n'est pas encore au point, en qualité comme en quantité). On peut donc dire que, pendant ses premiers mois, voire ses premières années, le bébé a un fonctionnement immunitaire "déficient", ou en tout cas insuffisant.

Le lait maternel constitue donc une réponse naturelle parfaite à cet état de choses.
Par l'allaitement, la mère va offrir à son enfant une manière efficace de suppléer à son immaturité immunitaire.

Tout d'abord, diverses molécules présentes dans le lait maternel empêchent la fixation des micro-organismes pathogènes sur la muqueuse intestinale du nouveau-né, qui est encore très perméable.  Ces molécules sont :

- des oligosaccharides (molécules de sucres simples assemblées). Ces molécules "trompent" les bactéries par leur ressemblance avec les sites de fixation qu'elles utilisent. Les bactéries viennent donc s'y fixer, et forment ainsi des complexes innofensifs pour l'organisme du nourrisson.

- des mucilages (complexes de protéines et de glucides), qui, en se liant aux bactéries et aux virus, facilient leur élimination.

Ensuite, le lait maternel contient des anticorps, principalement des IgA (les anticorps, ou immunoglobulines, sont répartis en différentes classes. Les IgA se rencontrent essentiellement au niveau des muqueuses - intestins, poumons, salive - et résistent à la digestion par les enzymes de l'estomac et de l'intestin).
Etant donné que les anticorps produits par la mère - et donc transmis à son enfant par le biais de l'allaitement - correspondent aux agents pathogènes rencontrés dans son "milieu naturel", ils lui confèrent ainsi une protection parfaitement adaptée à son environnement.
Remarque : il s'agit d'ailleurs là d'un argument de plus en faveur de l'évitement des maternités et des hôpitaux en matière d'accouchement : dans ces milieux, le nouveau-né se trouvera en contact avec des agents pathogènes - parfois redoutables - contre lesquels sa mère ne peut pas lui transmettre de défense adaptée, n'y ayant elle-même pas été confrontée.

Le lait maternel protège également des virus et bactéries par le fait qu'il  contient :

- de la lactoferrine, une protéine qui a pour particularité de piéger le fer. Or le fer est un élément indispensable à la croissance de certaines bactéries pathogènes (notamment les tristement réputés staphylocoques). La lactoferrine produite a donc pour action d'empêcher, ou en tout cas de diminuer, la multiplication des dites bactéries.

- des acides gras libres, qui abîment l'enveloppe des virus

- de l'interféron (présent essentiellement dans le précieux colostrum), qui est également antiviral.

- des cellules phagocytaires - c'est-à-dire qui "avalent" les agents pathogènes - (polynucléaires neutrophiles, macrophages), et qui secrètent aussi du lysozyme, une substance qui détruit la membrane des bactéries. Ces cellules sont également particulièrement présentes en grand nombre dans le colostrum.

En outre, la structure de la muqueuse intestinale du nourrison se voit resserrée  par diverses hormones contenues dans le lait maternel, qui en garantissent une meilleure résistance et une plus grande étanchéité par rapport au passage de bactéries et de virus.

Voilà, en deux mots et très simplifié, pourquoi le lait artificiel ne pourra jamais remplacer le lait maternel, ne serait-ce que d'un point de vue nutritionnel et sanitaire.

Et voilà pourquoi j'estime qu'une mère, si elle a "techniquement" le choix d'allaiter ou non son enfant, et en évacuant toutes les autres dimensions de l'allaitement (affectives notamment, mais également de prévention de l'allergie), n'a pour autant pas "moralement" la liberté de refuser cela à son bébé et de l'exposer sciemment à des conséquences sanitaires néfastes.

Il s'agit pour moi de non assistance à personne en danger, ni plus ni moins.

Le bébé, lui, n'a aucun autre choix que celui que lui impose sa mère.

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15 octobre 2005 6 15 /10 /octobre /2005 00:00

Que ce soit l’engorgement des tout débuts de l’allaitement (la fameuse « montée de lait » improprement nommée), ou bien les petits épisodes plus ou moins fréquents d’engorgements passagers et localisés qui émaillent une allaitement long, il existe un certain nombre de trucs qui peuvent aider à accompagner ces petits ou grandes douleurs vers un mieux-être. Je me propose ici d’essayer d’en faire le tour.

 

La « montée de lait »

 

Absolument pas sytématique ou obligatoire, absolument pas non plus le reflet d’un allaitement « bien » ou « mal » conduit, cette congestion mammaire des premiers jours affectera de manière plus ou moins importante et douloureuse certaines femmes, tandis qu’il en épargnera d’autres. Inutile de chercher à y voir punition ou erreur personnelle : nous sommes inégales devant la nature, et c’est tout.

Personnellement, j’ai vécu 4 allaitements et tout autant de méga-congestions, et même de plus en plus douloureuses au fur et à mesure du temps, alors que mon « expérience » de mère allaitante s’agrandissait solidement.

Rien à voir donc, j’en suis intimement convaincue, malgré les conseils et leçons que l’on peut parfois lire de ci de là à ce propos.

Et s’il existe une raison physiologique, je ne la connais pas.

 

Les indurations/inflammations locales

 

Souvent le résultat d’un canal lactifère engorgé ou « bouché », elles apparaissent également fréquemment suite à une période de stress, de refroidissement de l’organisme, ou de moindre « bien-être » physique : rhume et dérivés notamment. Mais le plus souvent on ignore la raison de leur apparition.

Elles peuvent avoir lieu n’importe quand durant l’allaitement, aussi bien dans les premières semaines qu’après 2 ou 3 ans d’allaitement.

Ca commence souvent par une gêne, qui assez vite va se transformer en une douleur sourde et battante localisée à une zone assez précise, qui va devenir hypersensible.Cette douleur interne peut être couplée à une rougeur du sein, mais pas forcément. Il peut également y avoir douleur à la succion, selon la zone concernée, plus ou moins proche du mammelon.. Si on se palpe l’intérieur du sein là où ça fait mal, on rencontre généralement une petite boule dure, un « induration » qui roule sous les doigts.

 

Les lymphangites et les abcès

 

Parfois tout le sein – voire les deux – se retrouve rouge, gonflé et douloureux. On a alors affaire à ce qu’on appelle médicalement une lymphangite (ou mastite). La lymphangite s’accompagne généralement de fièvre, et d’un état « grippal » : frissons, douleurs articulaires, grosse fatigue etc …

 

Si l’inflammation dégénère en vraie infection, avec tuméfaction du sein et écoulement de pus, on a alors affaire à un abcès. Un test simple permet de savoir si le lait contient du pus : exprimer un peu de lait sur un coton, et constater s’il y a ou non dépôt verdâtre et éventuellement nauséabond.

Concernant la poursuite de l’allaitement dans ce dernier cas, les avis sont partagés. L’immense majorité des médecins préconise bien entendu l’arrêt de l’allaitement, ce qui est une absurdité. Tout au plus peut-on conseiller de cesser l’allaitement au sein infecté et de le drainer au tire-lait le temps que les choses rentrent dans l’ordre, tout en poursuivant l’allaitement de l’autre sein (qui s’adaptera vite au surplus de production demandé). Certains pensent même qu’il n’est pas préjudiciable à l’enfant de continuer à téter les deux seins s’il est en bonne santé, et que l’ingestion des germes pathogènes sera contrôlée par son organisme.

 

 

Pour soulager les engorgements de toutes sortes, il n’y a rien de magique malheureusement.

Seulement des petits choses qui peuvent accompagner le processus de la manière la moins douloureuse possible. A chacune encore de tester ce qui va le mieux lui convenir et d’être à l’écoute des réactions de son corps.

 

Les positions d’allaitement

 

Tout d’abord, et même si c’est l’évidence : donner à téter le plus possible ! C’est quand même la mesure n°1 pour que les choses rentrent dans l’ordre.

 

Mais pour aider à « débloquer » la zone indurée ou enflammée, l’idéal est de veiller à varier les positions de tétée, et surtout à trouver les positions qui vont permettre au menton du bébé de se trouver du côté de la zone à drainer. En effet, c’est par le dessous que le bébé « trait » le sein avec sa langue, et donc libère le mieux les canaux lactifères.

 

Une position souvent utile est celle du « ballon de rugby » (voir photo), parce qu’elle aide à libérer des endroits du sein moins souvent sollicités. Parfois, la seule solution est d’allaiter comme une louve : à 4 pattes, le sein pendant au-dessus de la bouche du bébé, orienté comme on veut.

 

Les massages drainants

 

Pendant que l’on donne à téter, on peut masser doucement la zone indurée et douloureuse. Essayer de bien circonscrire le petit nodule, et le faire rouler sous le doigts, et « l’inviter » à se diriger vers le mammelon.

 

Sinon, d’une manière générale, faire de très doux drainages, en massant les ganglions du sein, toujours dans la direction de la « sortie », comme si on voulait vider le fond d’un tube de dentifrice. Partir du menton et du dessous les aisselles, et essayer de drainer les fluides vers le mammelon, délicatement, par mouvements amples et enveloppants. C’est nettement plus efficace de se le faire faire par quelqu’un d’autre, si c’est possible ! :-)

.

On peut aussi tenter, pour celles qui y parviennent, le massage aréolaire (*), afin de soulager un peu le sein quand le bébé ne tète pas.

 

 * massage aréolaire

Commencer par effleurer tout doucement le sein, le caresser pour le stimuler.

Ensuite, exprimer le « pré-lait » en massant tout doucement l’aréole du bout des doigts, en partant du bord de l’aréole et en se dirigeant vers le mammelon. Normalement, au bout d’un moment, quelques gouttes perlent et l’aréole s’assouplit.

Enfin, stimuler le mammelon en plaçant la main en coupe sous le sein, pouce au-dessus et au bord de l’aréole, et index ou majeur en-dessous, également au bord de l’aréole. Effectuer un mouvement de va et vient léger, en massant l’aréole vers l’arrière, et puis vers l’avant en ramenant doucement les doigts vers le mammelon, et ainsi de suite. La simulation d’une tétée en somme.

Cela ne doit pas être douloureux, et vous ne devez pas toucher le mammelon lui-même. Au bout d’un moment, un flux se déclenche et le lait s’écoule.

 

 
Le chaud et les variations de température

 

Avant et pendant que le bébé tète, ainsi qu’avant d’effectuer un massage, on peut se soulager et s’aider d’une compresse chaude, d’une douche chaude, ou faire carrément tremper son sein dans un bol d’eau tiède à chaude, selon ce que l’on supporte. La chaleur favorise la circulation des fluides, lait et lymphe, et aide ainsi au désengorgement.

Personnellement, je préfère à la compresse humide un gant de toilette sec chauffé au four (à 50°). Ca ne coule pas partout, et ça ne gêne pas pendant la tétée. L’idéal est de faire une tournante avec deux linges, l’un étant au four pendant qu’on utilise l’autre.

 

Ce qui peut favoriser la circulation de la lymphe, c’est également des variations de températures. La plupart des femmes se sentent nettement portées vers le chaud dans ces moments là, ce qui va dans le sens du besoin du corps, mais certaines préfèreront le froid. Une alternance froid-chaud est une bonne manière de booster le drainage et de remettre en circulation tous les fluides engorgés.

Par exemple, passer un glaçon sur toute la zone à dégorger, et puis appliquer de la chaleur, et continuer à alterner ici tant qu’on sent que ça fait « travailler » le sein.

 

Les différents cataplasmes

 

Grands alliés également : les cataplasmes.

Deux substances particulièrement indiquées : le chou et la racine de gingembre.

 

Pour ce qui est du chou (magique, vraiment !!), c’est très simple ; il suffit d’en prendre une belle grande feuille (n’importe quel chou convient, mais le chou vert est le plus facile à utiliser), et de repasser cette feuille au fer à vapeur pendant un moment, pour bien la lisser, la chauffer, amollir les côtes et en exprimer les sucs. Se couvrir ensuite le sein de ce cataplasmes, et éventuellement couvrir encore d’un linge chaud pour bien conserver la chaleur. Conserver une vingtaine de minutes, et faire ça environ deux fois par jour.

C’est souverain.

 

Le gingembre frais est également indiqué. Il aseptise, calme et décongestionne.

Réaliser une décoction avec environ 2 cuillerées de gingembre frais rapé, que l’on fait bouillir dans 1 litre d’eau pendant 5 minutes. Dès qu’on peut supporter la température, y tremper un linge et réaliser un cataplasme, à changer dès qu’il refroidit. Se fier à ses sensations pour la température idéale.

 

Enfin, le cataplasme d’argile, qu’on ne laissera pas sécher ( !), peut soulager la tension et l’inflammation.

 

Le repos

 

Et enfin, chose importante lors d’épisodes d’engorgements, et surtout quand ça tourne mal et que la lymphangite menace : se reposer !

Ca n’a l’air de rien, mais un engorgement important casse littéralement un organisme, et le besoin de se reposer est impérieux et indispensable. J’en témoigne !

Laisser tomber le ménage et/ou le boulot ou les réduire au minimum vital, s’octroyer de bonnes siestes sous la couette, surtout si on est fiévreux et qu’on se paie une bonne suée en prime, et on a déjà fait un grand pas vers l’amélioration :-)

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3 octobre 2005 1 03 /10 /octobre /2005 00:00
On entend beaucoup parler à l’heure actuelle de l’accumulation de substances toxiques dans le lait maternel, au point que certains remettent même en cause la pratique de l’allaitement, au nom d’un certain principe de précaution librement interprété.

Outre le fait que les nourritures de substitution pour nourrissons ne sont guère exemples de toxiques d’un genre différent ni d’effets néfastes d’une autre nature (ça fera l’objet d’autres articles), on évacue dans ce débat le fait incontournable que l’exposition aux polluants les plus toxiques a lieu déjà lors de la gestation, et que le fœtus est largement exposé à tous nos résidus chimiques lors de sa vie intra-utérine.

L’Environmental Working Group (un organisme américain sans but lucratif voué à la recherche en environnement) publiait, en juillet dernier, des résultats1 de recherche à propos de polluants présents dans le cordon ombilical des bébés à la naissance.
Les chercheurs ont analysé le sang provenant du cordon ombilical de dix bébés américains. Ils ont identifié pas moins de 288 produits chimiques potentiellement toxiques, employés pour la confection d'emballages alimentaires, de vêtements ou de revêtements de casseroles (Teflon®).
Selon ces scientifiques, l'être humain est particulièrement fragile aux produits toxiques durant sa gestation et son allaitement. Ils soutiennent qu'une exposition à de telles substances, qui n'affecterait pas la mère, pourrait quand même avoir des conséquences graves pour l'enfant à naître.
Quant aux experts de l'Agence de protection de l'environnement des États-Unis, ils estiment que les effets des carcinogènes sont en moyenne 10 fois plus importants chez les bébés que chez les adultes. Certains produits chimiques pourraient être jusqu'à 65 fois plus dommageables pour le foetus que pour la mère.
Bon, et alors, qu’est-ce qu’on fait de cette information ?
Etant donné qu’il est toujours mieux d’identifier et de connaître ses ennemis, il m’a semblé intéressant, déjà, de faire dans cet article un petit tour d’horizon des principales substances toxiques présentes dans le lait maternel.

Les PBDE (polybromodiphénylséthers)

Qu’est-ce que c’est, où les trouve-t-on, quel est le mode de contamination ?

Produits ignifuges toxiques à base de brome, couramment utilisés dans nos appareils et meubles, et présents dans plein d’objets de la vie courante (ordinateurs, télé, sèche-cheveux, canapés …),  ils servent à ralentir la propagation du feu dans les appareils électriques et électroniques en plastique ainsi que le rembourrage des meubles et matelas en mousse polyuréthane.
Universellement répandus (jusque dans les glaces arctiques) et très persistants dans l’environnement, ils se décomposent en produits encore plus toxiques et « bioaccumulables », présents dans la poussière domestique.

Effets sur la santé

Soupçonnés cancérigènes, ils sont reconnus pour affecter le système immunitaire, la glande thyroïde et le cerveau des enfants (mémoire et comportement). On sait aussi jusqu’à présent qu’ils causent des dommages au cerveau, au foie et au système reproducteur des animaux de laboratoire.

Les scientifiques ignorent s’il existe une dose d’exposition sécuritaire aux PBDE, mais tirent néanmoins la sonnette d’alarme.

Les molécules de BDE sont structurellement similaires aux molécules de biphényles polychlorés (PBC), des substances chimiques industrielles considérées comme des carcinogènes probables et que l'on sait responsables d'anomalies congénitales, de troubles neurologiques et de dérèglements thyroïdiens. En outre, des études préliminaires laissent croire que les PBDE (dont la structure chimique ressemble à celle de la thyroxine) pourraient perturber le métabolisme des hormones thyroïdiennes et leur circulation dans le corps.

Chiffres et taux

Des études menées en Europe, en Amérique du Nord et au Japon ont révélé une forte répartition de ces contaminants chez les poissons, les crustacés, les oiseaux piscivores, les mammifères marins et les sédiments.
Vers la fin des années 1990, une étude effectuée en Suède a révélé que les concentrations de PBDE présentes dans le lait maternel étaient en hausse exponentielle depuis le début des années 1970, ce qui a eu pour effet d'accroître les inquiétudes au niveau international.

Des quantités mesurables de polybromodiphényléther (PBDE) viennent d'être trouvées dans du lait maternel analysé par les chercheurs de l'Agence de protection de l'environnement des Etats-Unis . Les chercheurs ont analysé le lait de 40 mères qui, en 2004, vivaient dans les États de Washington, de l'Oregon, du Montana, ou dans la province canadienne de la Colombie-Britannique. Dans 30 % des cas, ils ont trouvé des taux de PBDE qui étaient de 20 à 40 fois supérieurs à ceux communément découverts en Europe ou au Japon.

Selon une recherche réalisée par le Dr Éric Dewailly, de l'Institut national de santé publique du Québec, on trouve presque 23 fois plus de PBDE dans le lait maternel dans le sud du Québec en 2002 qu'en 1989.

La publication de nouvelles études faisant état de fortes teneurs de PBDE dans les tissus graisseux et le sérum sanguin des humains, en plus du lait maternel, inquiète les chercheurs et les instances de réglementation.


Perspectives

L'Union européenne a déjà banni les PBDE, en adoptant une loi ordonnant le remplacement, d’ici 2006-2008, des trois principaux PBDE, dont le plus utilisé, le Deca.
En Amérique du Nord, début avril 2005, le Maine devenait le premier État américain à imiter l’Europe, et la Californie et l'Oregon ont fait de même.
Par contre, leur usage est encore autorisé ailleurs, notamment au Canada.

De grands fabricants tels qu’Apple ou Ikea les auraient d’ores et déjà bannis depuis un certain temps de leurs matériaux.
Plus sécuritaires, les produits ignifuges de remplacement occupent déjà les trois-quarts du marché mondial. L’agence fédérale de l’environnement de l’Allemagne recommande l’utilisation du phosphore rouge, du trihydroxide d’aluminium et du polyphosphate d’ammonium.
Les matériaux naturellement résistants au feu, tels la laine, le cuir, le polyester, les plastiques contenant du souffre ainsi que les fibres carbonisées sont aussi recommandés.
Plus simplement, un mode de vie privilégiant les matériaux sains et le moindre recours aux appareils inutiles est l’idéal.


Les hydrocarbures aromatiques polycycliques chlorés (HAPC)


Sous cette appellation sont regroupées trois substances, souvent appelées de manière globale « dioxines »  :

- Les dioxines proprement dites (polychlorodibenzodioxines - PCDD),

- Les furanes (polychloro-dibenzofuranes- PCDF)

- Les PCB (polychlorobiphényles)

Elles ont sensiblement les mêmes effets.


Qu’est-ce que c’est, où les trouve-t-on, quel est le mode de contamination ?

Les dioxines sont essentiellement des sous-produits de procédés industriels, mais peuvent également résulter d'événements naturels comme les éruptions volcaniques et les feux de forêt. Elles apparaissent de manière indésirable à l'occasion de processus thermiques (entre 250° et 800°) engendrant des composés organochlorés (chlore et carbone)
Elles se forment lors de procédés industriels variés tels que la fonderie, la métallurgie, le blanchiment de la pâte à papier et la fabrication de certains herbicides et pesticides, ainsi que l'incinération de déchets.

Ces composés contiennent des groupes aromatiques et des atomes de chlore : ils sont plans, lipophiles (solubles dans les graisses), très difficilement métabolisables car très stables. Ils peuvent pénétrer dans les cellules grâce à leur structure atomique et spatiale très proche de celles de certaines hormones, et prendre leur place. Ils sont stockés dans les tissus lipidiques avec des demi-vie allant de 5 à 20 ans chez les adultes. Chez les nouveau-nés, la demi-vie du TCDD est de 4 mois. La demi-vie des PCB serait de 11 mois chez les enfants. Lors d’expositions accidentelles, les doses élevées de produits induisent une séquestration hépatique.
 
La source principale d’exposition de l’homme est essentiellement alimentaire (au moins 90%) : la chaîne alimentaire transmet ainsi ces  toxiques de leur lieu de production à l’être humain. Lipophiles, ces composées s’accumulent dans les tissus graisseux et notamment dans le lait maternel. Le bébé reçoit déjà avant sa naissance, via les échanges placentaires avec sa mère, ces produits toxiques. Cette transmission perdure ensuite via le lait maternel pour les bébés allaités, selon le schéma ci-dessous :
 
 


Chiffres et taux

En 1998 et 1999, l’Institut de veille sanitaire (InVS) a mené une large étude sur 240 échantillons de lait maternel (primipares, entre 4 semaines et 8 semaines de lactation) en France. En moyenne, les échantillons de lait avaient une teneur de 16,5 pgTEQ/g de MG (minimum 6,5, maximum 34,3) en PCDD et PCDF. Plus la mère est âgée, plus le taux est élevé (augmentation de 24% pour un écart de 5 ans), traduisant l’accumulation des produits dans le corps maternel. Plus la mère est corpulente, moins le taux est élevé, en raison probablement de la dilution des substances dans les tissus graisseux.
Cette étude a été incluse dans une plus large recherche de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) concernant la consommation par ingestion d’aliments contenants des dioxines. Les taux moyens en dioxine pour les aliments spécifiques de la petite enfance sont rassemblés dans le tableau suivant :
 

Laits infantiles

0,46 pgTEQ/g de MG

Lait maternel (étude de l’InVS)

16,47 pgTEQ/g de MG

Petits pots légumes/viandes

0,88 pgTEQ/g de MG

Céréales

0,82 pgTEQ/g de MG



Pour comparaison, le lait de vache entier et demi-écrémé a un taux de 0,65 pgTEQ/g de MG, et les crustacés et coquillages ont les taux les plus élevés (plus de 50 pgTEQ/g de MG). La vache déstocke en permanence : il suffit d'une nourriture sans dioxine pour qu'en quelques jours le lait de vache ne contienne que le bruit de fond (0,9 pgTEQ/g de MG).

Exposition des nourrissons
D’après les études précédentes les nourrissons recevront une quantité de dioxines théorique variable selon leur mode alimentaire :
 

Age

Exposition si alimentés au lait maternel (pgTEQ/kg/j)

Exposition si alimentés au lait infantile (pgTEQ/kg/j)

1-3 mois

83,64

2,11

7 mois

27,53

1,60

13-18 mois

3,16

2,50


 Source : Dioxines : données de contamination et d’exposition de la population française, Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA), juin 2000

En tenant compte d’une demi-vie de la dioxine TCDD de 9 ans, une étude a montré que la charge corporelle en dioxine n’est pas augmentée par la courte période d’ingestion importante due à l’allaitement maternel, quand on la compare à celle résultant d’une ingestion journalière d’une dose plus faible telle que la dose journalière tolérable.

Effet sur la santé :

Les « dioxines » sont inquiétantes surtout pour leur toxicité chronique à faibles doses. Ce sont des cancérogènes puissants chez l'animal. Chez l'homme, les études épidémiologiques retrouvent fréquemment quatre catégories de cancers différents associés à ces substances (cancers bronchopulmonaires, lymphomes non hodgkiniens, sarcomes des tissus mous, cancer du foie), ce qui a conduit le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) à classer la 2, 3, 7, 8 TCDD, HAPC le plus toxique, dans le groupe 1 des cancérogènes certains pour l'homme.

Outre une manifestation spécifique de l'intoxication qui ne survient qu'à fortes doses, la chloracné, d'autres effets sont encore discutés. Ainsi, des malformations congénitales sont retrouvées dans certaines études, ainsi qu'une proportion plus élevée de filles parmi les nouveau-nés (constatée à Seveso notamment). Une certaine foetotoxicité a été signalée pour les PCDF (hyperpigmentation de la peau et des gencives, hypertrophie gingivale, signes de retard de croissance intra-utérine). Par contre, les résultats concernant les PCB dans les atteintes du développement psychomoteur ne sont pas toujours concordants. Chez l'enfant, l'exposition aux PCB est associée dans certains cas à des altérations cognitives persistantes (enfants à Taïwan) alors que dans d'autres situations on observe des atteintes transitoires plutôt de type neuromusculaire.
Les effets sur le système immunitaire ont par ailleurs été beaucoup discutés. Si le mécanisme de la toxicité immunitaire (atteinte humorale et cellulaire) de ces produits a bien été étudié, il semble que l'homme soit assez peu sensible à ces effets immunotoxiques à l'exception des organismes en développement (nouveau-nés). D'autres effets ont aussi été relevés tels que l'augmentation de certaines enzymes hépatiques, des variations des taux d'hormones thyroïdiennes et des atteintes de la conduction nerveuse.


Perspectives

Il existe deux protocoles élaborés dans le cadre de la Convention sur la pollution transfrontière à longue distance de la Commission économique pour l'Europe des Nations Unies (CEE-ONU) .
Cette convention réunit actuellement 45 Parties : l'Europe - dont la Suisse et l'ensemble des pays de l'Est, la Communauté européenne, les Etats-Unis et le Canada.
Les deux
protocoles s'attaquent à deux catégories de polluants atmosphériques qui ont en commun la propriété d'être transportés sur de longues distances et de s'accumuler dans l'environnement et la chaîne alimentaire, à savoir les métaux lourds et les polluants organiques persistants (comme les dioxines ou les pesticides).

En tout cas, on a pu constater en Suisse, grâce au renforcement des prescriptions environnementales, que la teneur en dioxine du lait maternel a diminué d'environ 60% ces dix dernières années.

Tout cela laisse augurer d’un avenir peut-être un peu moins noir.


Pesticides


Plus de 100 familles chimiques, 450 matières actives, 4500 spécialités commerciales et 500.000 tonnes utilisés annuellement dans le monde.

L’un des principaux reproches fait aux pesticides, sont les perturbations hormonales qu’ils entraîneraient. En effet, certains produits employés, les organochlorés par exemple, sont proche des hormones humaines. Ils seraient ainsi responsables de dérèglements des systèmes immunitaires, nerveux et reproducteurs. Le risque serait d’autant plus important chez la femme enceinte et l’enfant. Or le problème est qu’en cas d’ingestion de pesticides par la mère, ceux-ci se retrouvent concentrés dans le lait maternel.

Les carbamates sont soupçonnés de faire baisser la fertilité, notamment en entraînant une diminution du nombre de spermatozoïdes. Certains herbicides sont quant à eux suspectés d’entraîner des retards de croissance chez le foetus. Les organochlorés, par leur forme proche de certaines hormones, sont également accusés d’avoir des effets lors de la grossesse. Sans parler des malformations des organes génitaux, de plus en plus évoquées

Les pesticices sont également mis en cause comme une des causes possibles du déclenchement des crises d’asthme, ainsi que comme toxique potentiel à l’égard du système nerveux central et périphérique (évanouissement, spasmes) .
Certains herbicides (famille des phénoxy) pourraient également constituer un facteur lié à l’apparition de certains cancers, notamment par leur ressemblance avec certaines hormones (cancers du sein, des ovaires, de la prostate et des testicules).

Des taux anormaux de leucémies, de tumeurs cérébrales, de cancers de l’estomac, des lèvres etc … seraient observés dans les populations très exposées (exploitants agricoles).

Il est malheureusement à constater que l’utilisation de pesticides est en constante augmentation, et qu’aucune alternative à leur utilisation intensive ne semble faire l’objet d’études sérieuses …


Conclusions pour l’allaitement

Les recherches de Rogan aux Etats-Unis
Walter Rogan, épidémiologiste travaillant pour l'Institut National des Sciences de la Santé et de l'Environnement aux USA a réalisé une étude longitudinale sur plus de 900 couples mères-bébés qu'ils suivra plusieurs années, pour évaluer les conséquences de la présence de PCB et de DDE (dichlorodiphényldichloroéthène) dans le placenta et le lait humain, notamment par des tests du développement psychomoteur et mental. Plusieurs publications ont suivies cette recherche, entre 1986 et 1993 (voir encadré).
Les résultats sont très favorables à l'allaitement maternel, puisque aucune observation n'a pu mettre en évidence une quelconque baisse des performances des bébés allaités par rapport aux bébés non allaités. Au contraire : plus l'enfant sera allaité, plus il aura de bons scores aux différents tests utilisés. Au fur et à mesure de ces recherches, Rogan est passé de la suspiscion sur les qualités du lait maternel à la certitude que celui-ci, y compris pollué, était la meilleure alimentation possible du bébé d'un point de vue sanitaire, mental et psychomoteur.

Des études plus récentes et assez rassurantes ont été effectuées, dont dernièrement une étude publiée dans Lancet en novembre 2001 qui a analysé les effets de l’exposition post-natale aux PCB via le lait maternel sur des enfants nés entre 1993 et 1995 en Allemagne, en tenant compte également de la qualité de l’environnement. Elle n’a mis en évidence aucun effet néfaste selon les tests de Bayley et de Kaufman sur les enfants âgés de 7 mois à 30 mois. A 4 ans, une légère diminution des performances intellectuelles selon le test de Kaufman est associée à l’exposition post natale au PCB, alors qu’aucun effet n’est observé selon le test de Bayley.

D’autres études récentes (Pays-Bas, Japon) font état d’une modification de la concentration sanguine de certains lymphocytes chez les nourrissons allaités, ainsi qu’une diminution possibles (deux études contradictoires) de l’hormone TSH (thyroid stimulating hormone) chez les nouveau-nés associée à une exposition élevée aux dioxines et PCB, mais on n’en sait pas plus pour l’instant.


En conclusion :
 
-    compte tenu des bénéfices reliés à l’allaitement, tant sur le plan immunologique que sur le plan affectif

-    compte tenu que les aliments de substitution ne protègent pas des maladies infectieuses et de leurs conséquences (otites, diarrhées, infections respiratoires, méningites)

-    compte tenu que les aliments de substitution contiennent aussi leur part de polluants et de toxiques (phtalates dans le lait de vache, nitrosamine dans les tétines, nitrates etc …)

-    compte tenu du fait que ces aliments de subsitution, tout « maternisés » qu’ils soient, ne sont jamais qu’un pâle ersatz de ce qu’ils tentent d’imiter, inadaptés sur plusieurs plans, et générateurs de troubles tels que notamment les allergies

-    compte tenu du caractère unique de la relation qui se met en place grâce à l’allaitement, parfaitement adaptée à chaque individu bébé, avec les bienfaits que cela comporte tant sur le plan du développement physique qu’émotionnel

-    compte tenu que l’alimentation de substitution est elle-même source de déchets et génératrice de polluants dans sa fabrication et son emballage, alors que l’allaitement est la seule solution réellement écologique

-    compte tenu du fait que la contamination par toutes ces substances toxiques se fait déjà, et de façon tout aussi – voire plus – dommageable au stade de la gestation via les échanges foeto-maternels.

Il serait absurde de priver les bébés de la seule source d’alimentation qui leur est réellement adaptée et bénéfique, l’allaitement maternel, pour la remplacer par une mauvaise copie qui comporte elle aussi son comptant de toxicité, sans en avoir les avantages indéniables.

Même si les problèmes de contaminations sont bien réels et qu’il ne faut bien entendu pas les ignorer, la seule attitude logique et saine est, sur le plan général, de tenter par tous les moyens de réduire l’émission des toxiques (base du problème) plutôt que de modifier le mode d’alimentation des bébés (conséquence du problème), et sur le plan individuel, de modifier nos habitudes alimentaires afin de limiter au maximum les sources de contamination (notamment viandes et produits gras, dans lesquels les dioxines s’accumulent).

Ce n’est pas au lait maternel qu’il faut trouver des substitut « moins toxiques », mais bien à nos processus industriels !

Comme le dit le réseau canadien pour la santé des femmes : « Les médias mettent rarement l’accent sur le fait que ce ne sont pas les mères qui empoisonnent leurs bébés mais les compagnies de produits chimiques et des processus industriels reconnaissables. »

Et pour relativiser les choses, « selon les recherches scientifiques, tout d’abord, tout le monde, et non pas seulement les femmes, portent en soi la charge de produits chimiques toxiques. Tous les bébés, et non pas seulement ceux qui sont allaités, sont exposés avant et après la naissance. Le lait maternel est souvent utilisé par les chercheurs médicaux pour jauger l’exposition des humains aux toxines environnementales, non pas parce qu’il est « plus toxique » que d’autres substances comme l’urine ou le sang, mais parce que la matière grasse du lait maternel est plus facilement obtenue, et à moindre coût, pour les essais et parce que les polluants liposolubles sont susceptibles d’être trouvés en plus fortes concentrations dans le lait que dans le sang ou l’urine ».




1.    Body Burden - The Pollution in Newborns. A benchmark investigation of industrial chemicals, pollutants and pesticides in umbilical cord blood. Environmental Working Group, États-Unis, 2005. [Consulté le 16 septembre 2005]. www.ewg.org

2.    She J, Holden A, Sharp M, Williams-Derry C, Hooper K. PBDEs Greater Than PCBs in 30% of Breast Milk Samples from the Pacific Northwest. California Department of Toxic Substances Control et Northwest Environment Watch, États-Unis, 2005. [Consulté le 16 septembre 2005]. www.northwestwatch.org

3.    http://www.21esiecle.qc.ca/ignifuges.htm

4.    http://www.nwri.ca/sande/may_jun_2002-2-f.html

5.    http://www.passeportsante.net/fr/Actualites/Nouvelles/Fiche.aspx?doc=2005091405

6.    http://www.ainc-inac.gc.ca/ncp/summ0405/ol_f.html

7.    http://www.hc-sc.gc.ca/sr-sr/finance/tsri-irst/proj/persist-org/tsri-237_f.html

8.    http://www.gifa.org/Documents/1828.FAQ.environnement.French.pdf

9.    http://www.umwelt-schweiz.ch/buwal/fr/medien/umwelt/2000_4/unterseite12/

10.    http://www.invs.sante.fr/publications/dioxines/02-objectifs_dioxines.pdf

11.    http://perso.wanadoo.fr/ipa/sante/polluant/debut.htm

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Published by Tinuviel - dans ---> Allaitement
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23 septembre 2005 5 23 /09 /septembre /2005 00:00
Article paru dans le  "Ligueur", hebdomadaire de la Ligue des Familles, septembre 2005.

Nous avons tous en nous l'empreinte de notre toute  première relation au monde, faite de bien-être, mais également du sentiment, assez effrayant, de l'immense pouvoir qu'avait notre mère sur nous. L'image de la mère est forcément double et ambivalente, bénéfique et potentiellement maléfique. Dans les histoires et légendes, ces deux aspects du maternel sont toujours séparés : un personnage incarne l'aspect protecteur, l'autre l'aspect terrifiant.

 par  Ingrid Bayot (1)



Dans la vraie vie, toute mère porte les deux composantes, mais nous ne voulons pas trop le voir, car ce n'est pas très confortable. De la mère que nous aurions aimé avoir ou de celle que nous aimerions être, nous préférons ne voir que l'image bienveillante.

La mère dévorante
L'aspect maternel dévorant ressurgit pourtant dans notre discours à propos de l'enfant qui grandit  : "Il doit quitter sa mère" et surtout le sein maternel, sinon il risque de ne jamais se développer. Il est vrai que des relations fusionnelles qui se ferment sur elles-mêmes provoquent des naufrages psychiques dramatiques, mais certains discours "psy" ont tendance à désigner comme pathologique toute relation mère-enfant dès que la proximité physique ou l'allaitement continuent au-delà de ce qui est désigné comme la "norme" par notre société et notre époque.
Cette "norme" semble avoir oublié le besoin si humain de repli, de tendresse, de chaleur et de régression. Notre évolution psychique n'est pas une ligne droite qui irait d'une honteuse dépendance vers une glorieuse indépendance. Tous, et quel que soit notre âge, nous fonctionnons par cycles : nous allons de l'avant, pleins d'audace et d'enthousiasme; puis, nous nous replions, nous avons besoin d'une pause, d'un ressourcement. Tous, nous apprécions nos bienfaisantes régressions : être chez soi avec ses proches, partager un repas, s'offrir une petite douceur, se vautrer dans un bain chaud, recevoir un gros câlin ou un massage, enfiler à même la peau un vêtement soyeux, se blottir dans un lit douillet, contre quelqu'un que l'on aime, c'est encore meilleur !

Mais voilà, le bébé de 6 mois, lui, doit devenir in-dé-pen-dant ! Entendez : auto-suffisant, fonceur, héroïque. Donc, il doit quitter sa mère. Absolument.
Quelle hypocrisie : les adultes exigent des bébés et des petits enfants un comportement de héros invincible qu'ils seraient les premiers à trouver intolérable pour eux-mêmes.
L'exploration, l'ouverture, la socialisation du petit enfant peuvent très bien s'acquérir tout en
conservant des retours cycliques aux sécurités affectives connues, sein compris. Ces retours
cycliques sont même indispensables à l'équilibre psychique.
Si les adultes font la paix en eux avec les deux aspects du maternel qui les habitent, ils seront plus à l'aise avec leur fonctionnement cyclique "découverte-repli", tant pour eux-mêmes que pour les bébés, les bambins et les enfants de leur entourage.


La mère dévorée
Une relation d'allaitement de plusieurs mois ou années évoque l'image de la mère dévorée, "enchaînée à son nouveau-né", sacrifiant sa liberté, ses projets et sa féminité. Tandis que le biberon ou une diversification alimentaire très précoce apparaissent comme les grands bienfaiteurs de la condition féminine, le partage possible avec le père ou d'autres tiers.
Pour beaucoup de nos contemporains, l'allaitement évoque une disponibilité intense, de jour comme de nuit, avec un bébé qui appelle n'importe quand, qui pleure sans que l'on comprenne toujours pourquoi et qui chamboule toute notre vie au-delà de tout ce que l'on pouvait imaginer. Eh bien.... c'est vrai !
Mais les mères qui donnent le biberon disent exactement la même chose.
Alors, soyons clairs : accueillir un bébé est un engagement total, un des plus généreux et des plus exigeants que puisse prendre un adulte en âge de procréer. Les premiers jours, semaines, mois sont merveilleux et exténuants, tantôt fabuleux, tantôt infernaux. Mais, dans ce bouleversement intégral, les mères qui allaitent ont plusieurs avantages pratiques indéniables :

-  le lait est toujours prêt, à bonne température et à portée de main; * à 3h du matin, quand on n'a envie ni de se lever ni de se réveiller "pour de bon", cela fait toute la différence ;

-  la nuit, le ré-endormissement est facilité par les hormones délivrées lors de la tétée ;

-  ces mêmes hormones font baigner les mères dans une douce euphorie planante, qui motive à continuer et qui aide à supporter les épisodes moins rigolos du genre "soirées terribles" :

- statistiquement, leur bébé est en meilleure santé, donc : économie de temps et de stress ;

-  avec l'habitude, il est possible d'alleter d'une seule main, et de l'autre, de lire, téléphoner, chatter, tourner dans la sauce tomate ou manier la télécommande; essayez avec un bib ...


Le bébé compétent
Et puis, ce que tout le monde semble oublier, c'est que les bébés finissent par démontrer une certaine aptitude à la régularité. A partir de quelques semaines, la nouvelle mère peut à nouveau planifier une activité complète. Oh, c'est bien modeste au début mais quel bonheur que cette première douche sans interruption ou cette première sortie sans mauvaise conscience !
Les compétences du bébé grandissant ne s'arrêtent pas là. Progressivement, il devient capable de préciser sa demande. Il montre plus clairement quand il veut les bras, le jeu ou le sein, ou il cherche le sommeil. Autant, à la naissance, l'allaitement se pratique "à l'éveil", chaque fois que le bébé s'éveille et montre qu'il est prêt à téter, autant, après quelques semaines, il devient pertinent de parler d'allaitement "à la demande", tant notre aventurier de la vie devient démonstratif.
Et, enfin, une nouvelle compétence va progressivement émerger : l'imagination qui lui permet
de se représenter un élément du monde extérieur dans son monde intérieur. S'il demande le sein et que sa mère répond seulement de sa voix, il se représente sa mère au complet et sait qu'elle va arriver. Cette image intérieure lui permet d'habiter le vide de l'attente et de ne pas tomber dans la désorganisation et la peur de l'abandon. Cette faculté, associée à la sécurité que lui a procurée un maternage intensif durant les premiers mois, lui permet d'attendre.
L'allaitement "à l'amiable"(2) se met alors en place, mère et bambin installant entre eux cet espace de négociation et d'interdépendance qui n'est plus la disponibilité fusionnelle des tout débuts. L'allaitement évolue en même temps que le bébé. Une mère qui allaite un bébé plus âgé n'y est pas liée comme à un nouveau-né. Voilà qui devrait rassurer bien du monde ....

(1) Ingrid Bayot est sage-femme, formatrice en périnatalité, détentrice d'un diplôme universitaire en
allaitement et adaptations néonatales. Elle est l'auteure du livre "Parents futés, bébé ravi" Ed.
Robert Jauze, 2004.

(2) Allaitement à l'éveil, à la demande, à l'amiable : ces notions sont plus longuement développées dans l'article "pourquoi une approche relationnelle et globale de l'allaitement maternel ?" en ligne sur le site des Formations Co-naître :
http://www.co-naitre.net

Ouvrir les mentalités ...
L'Organisation Mondiale de la Santé préconise désormais l'allaitement comme premier choix alimentaire pour les six premiers mois du bébé.
Ensuite, l'introduction de nourritures différentes permet au bambin de se familiariser avec d'autres
textures et d'autres goûts, de satisfaire sa curiosité, tout en continuant l'allaitement jusqu'à ses 2 ans et même au-delà, si sa mère et lui le désirent.
Que l'on ne s'y méprenne pas : il ne s'agit pas d'imposer aux mères six mois à temps plein et deux ans à temps partiel. Il ne s'agit pas non plus de créer une nouvelle obligation pour mériter le titre de "bonne mère". Les femmes en ont assez de se faire dire ce qu'elles doivent faire, ce qu'elles doivent être (1)

L'objectif est de dire très clairement que c'est possible. Et que c'est normal, physiologique,
bénéfique. De sorte que les mères qui ont le désir de continuer d'allaiter se sentent bien, ainsi que leur famille. Six mois d'allaitement maternel exclusif, suivis d'une continuation souple, apportent tant de bénéfices pour la santé de la mère et de l'enfant (2) que l'introduction plus précoce d'aliments diversifiés n'est plus médicalement justifiée, pas plus que les restrictions liées à l'âge de l'enfant.
Il est nécessaire d'ouvrir les mentalités, de faire évoluer la vision de l'allaitement. Nous en avons une image figée, liée aux premières semaines de vie du tout-petit. L'enfant de six mois ou d'un an ou plus, "encore allaité", ne semble pas avoir de place dans notre imaginaire collectif.
Pouvons-nous imaginer un enfant sain, attablé avec sa famille, tétant le sein puis goûtant la purée de légumes ? Et pourtant, ces enfants existent bel et bien. Ils vont bien, merci. Leur mère aussi, sauf quand elle se fait harceler par les publicités des aliments pour bébé. Sauf quand un médecin, infirmière ou un proche ignorant l'intime de sevrer ce bébé au plus vite.
Face à ces pressions, ces mères et ces familles seront plus solides si des informations actualisées leur sont accessibles.


(1) Lire à ce sujet le livre décapant de Geneviève Delaisi de Parseval (psychanaliste) et Suzanne
Lallemand (anthropologue) "L'art d'accomoder les bébés" Ed. Odile Jacob 2001
(2) Pour en savoir plus, lire l'article du Dr Claire Laurent, "Allaitement : aspects pratiques", en sur sur
http://www.co-naitre.net
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