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30 septembre 2005 5 30 /09 /septembre /2005 00:00
Source : magazine test-achats. n° 491. octobre 2005

LA FILIERE DU CACAO : Des feves au gout amer

Par X. Debourse et C. Rousseau

 
Derrière les beaux clichés et les récits alléchants sur la fabrication du chocolat,la réalité est souvent moins douce pour les producteurs locaux. et les entreprises du secteur n'aiment visiblement pas que l'on aborde cet aspect des choses.

 
Qui dit cacao, dit bien sûr chocolat. Mais les fèves tropicales ne servent pas qu'à cela. Au total, leur production fait vivre directement près de 20 millions de personnes, principalement en Afrique occidentale, et elle représente jusqu'à 30, 40 voire plus de 50% des recettes d'exportations dans certains pays comme le Ghana, la Côte d'Ivoire ou le Cameroun....

Plus de 90% de cette production s'effectue dans des petites plantations de moins de 5 hectares, dont les exploitants sont très dépendants pour leur survie, car la diversification des activités reste plutôt l'exception. La grande instabilité des prix internationaux des matières premières accroît leur préarité et entraîne des effets néfastes.

 

Enfants, biodiversité et pesticides

 
* Selon l'Organisation internationale du travail (OIT), l'emploi d'enfants - main-d'oeuvre bon marché et malléable - est l'une des principales conséquences de l'instabilité des prix payés aux producteurs et plus particulièrement de la pression constante du marché pour les diminuer. Cependant le phénomène est particulièrement marqué dans le secteur du cacao, où l'on a même rapporté des cas d'esclavage d'enfants.

*  La culture traditionnelle du cacaoyer s'effectue sur des petites plantations à couvert dans les forêts tropicales. Il s'agit dès lors d'un type d'exploitation qui préserve l'habitat de nombreuses espèces animales et favorise le maintien de la biodiversité. Toutefois on assiste depuis plusieurs années au développement de méthodes de production intensive, qui nuisent à la biodiversité.

*  La fragilité relative des cacaoyers pourrait amener les exploitants à protéger les cultures à coups de pesticides. Mais vu la faiblesse des prix du cacao, rares sont ceux qui peuvent se permettre d'acheter des pesticides. Par ailleurs, ceux qui en utilisent savent rarement comment le faire à bon escient, entraînant un risque d'emploi excessif et de pollution.

 
* Enfin, on assiste à un développement de cultures massives à découvert (notamment en Indonésie), plus aisées, plus rentables mais qui entraînent la déforestation et l'emploi systématique de pesticides. Qui plus est, le cacao ainsi obtenu est de moindre saveur que le cacao cultivé à CoUvert.

 
Secteur interpellé mais opaque

 
Poussé par l'opinion publique, le secteur du cacao a voulu apporter sa réponse au problème en créant une fondation, un protocole et un programme de certification du secteur à l'échelle des pays producteurs visant à éradiquer le travail forcé des enfants. Cette initiative, lancée il y a quatre ans, a notamment fait pression sur les gouvernements des états d'Afrique occidentale mais à ce jour les résultats sont si faibles que les organisations non gouvernementales soupçonnent en fait le secteur de vouloir reporter le problème sur les seules autorités nationales voire sur... l'Organisation internationale du travail. Du côté des entreprises productrices, rares sont celles qui participent de façon directe au programme de certification et aucune ne peut garantir que leur chaîne de production, faute de transparence et de contrôle, soit exempte de travail des enfants. On peut dès lors se demander si ce problème est réellement pris au sérieux parmi les grands acheteurs de cacao.

Même les observateurs critiques que nous avons interrogés directement (ONG humanitaires et environnementales notamment) hésitent à parler nommément de telle ou telle entreprise, arguant que cela pourrait mettre à mal les timides initiatives lancées sur le terrain. Nous avons cependant tenté d'en savoir plus au travers d'une enquête, adressée directement aux entreprises concernées.

 
L’enquete

 
Objectif de cette enquête: savoir dans quelle mesure les acheteurs et utilisateurs industriels de cacao, fabricants et distributeurs de chocolat sont des acteurs sociaux, environnementaux responsables et agissants.

Dans un premier temps, nous avons envoyé aux entreprises un questionnaire portant sur divers aspects de leur responsabilité sociale et environnementale :

- ont-elle une politique en la matière, quel en est le contenu, s'applique-t-elle à l'ensemble de la chaîne de production ?

- quels moyens de contrôle les entreprises mettent-elles en place pour vérifier si cette politique est réellement appliquée ?

En matière sociale, c'est bien évidemment l'application des conventions de base de l'OIT qui doivent constituer le minimum requis, et plus particulièrement l'absence de travail forcé des enfants, phénomène très sensible dans le secteur du cacao.

Sur le plan environnemental, l'entreprise responsable doit viser à éviter l'emploi de pesticides et favoriser une culture en sous-bois (à l'ombre) la plus apté à préserver la biodiversité.

Parallèlement au questionnaire, nous avons analysé dans cette optique l'ensemble des publications officielles de ces entreprises et nous avons confronté les données recueillies

avec le point de vue des observateurs critiques. Enfin, au travers des réponses reçues et des informations récoltées, nous avons évalué la volonté de transparence de chaque entreprise à l'égard de ces matières

 
Les évaluations sont rassemblées dans le tableau suivant :


 

Comment dites-vous ? Ethique ?

 La présence majoritaire d'appréciations " E " dans le tableau, dénote souvent le manque de transparence d'entreprises qui ne publient pratiquement rien en matière de responsabilité

sociale et environnementale et qui refusent de collaborer à des enquêtes de ce type. Pourtant, plus de la moitié de la production mondiale de cacao émane de pays où le travail des enfants est répandu. Si des entreprises mettaient réellement en place des systèmes permettant d'éviter le phénomène, elles seraient très heureuses de pouvoir le communiquer.

Leur silence en la matière est donc suspect et appelle à une pression des consommateurs pour un meilleur contrôle et une plus grande traçabilité dans la filière du cacao. La stratégie consistant à s'en remettre à une communication collective au travers d'organisations professionnelles comme Caobisco ( qui rassemble et représente notamment les industries de la chocolaterie en Europe) n'est visiblement qu'une autre façon de masquer la réalité. Seules les organisations impliquées dans le commerce équitable ( Oxfam Magasins du Monde) ont intégré des programmes de soutien et de contrôle aux stades les plus critiques de la chaîne de production. On notera cependant les efforts (annoncés) de Nestlé pour disposer d'une politique sociale et environnementale responsable. Reste à voir si elle se traduira dans les faits.

Kraft et Barry Callebaut, deux autres géants du marché mondial' mènent de petits projets pour aider des producteurs à cultiver et récolter le cacao en intégrant des méthodes saines de lutte contre les parasites. Nous déplorons cependant que des entreprises aussi influentes dans le secteur en fassent aussi peu sur le plan éthique.

Les autres entreprises représentées dans cette enquête sont soit inactives soit totalement opaques en matière sociale et environnementale.

 

Un achat responsable

 
Les industriels du cacao et vendeurs de chocolat sont visiblement plus habitués à communiquer sur les aspects attirants de leurs produits que sur la façon dont leurs ingrédients sont cultivés.

En tant que consommateur, privilégier les chocolats de marques qui font plus d'efforts que les autres en la matière est une façon d'exercer une pression sur le marché. Oxfam

Magasins du monde (marques Oxfam et Equita, aussi vendues chez Carrefour et Colruyt) est l'enseigne qui offre le plus de garanties dans le domaine, même si elle doit encore améliorer ses performances en matière environnementale.

Le surcoût relatif de ces produits par rapport à d'autres semble d'ailleurs très négligeable au regard de l'impact sur place : meilleur prix payé aux cultivateurs leur permettant d'éviter la spirale de la pauvreté et avec elle le travail forcé des enfants, cultures plus respectueuses de l'environnement et de la biodiversité. Cela dit, même plus cher que certaines grandes marques, ce chocolat n'atteint pas le niveau de prix d'une marque comme NewTree par exemple.

Pour ceux qui préfèrent les marques plus connues, Nestlé semble le choix le plus éthique à l 'heure actuelle. Mais cela demandera confirmation. D'autres marques vendues en Belgique ont aussi dans leur gamme un chocolat équitable : Galler ou Delhaize, par exemple.

Enfin, la quinzaine du commerce équitable, qui a lieu en Belgique en ce début d'octobre, donnera aussi l'occasion, à ceux qui le souhaitent, de faire un geste.

 

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