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23 septembre 2005 5 23 /09 /septembre /2005 00:00
Le texte qui suit est le manifeste du site "De l'Espoir de l'Education", écrit par Elsa Pastor. Je vous encourage vivement à aller le visiter et à en diffuser le texte !


Avant-hier, nos grands-parents n'avaient pas le droit de parler à table. Ils avaient appris à témoigner le respect le plus complet à tout adulte, à se soumettre à tous les ordres, à tous les désirs de leurs parents, de leurs instituteurs ou du curé de leur paroisse. A leurs yeux, ces adultes avaient toujours raison, quoiqu'ils disent ou fassent. Ils accomplissaient parfaitement la moindre de leur tâche, tenaient leurs rôles de parents de façon exemplaire.

Nos grands-parents devaient être d'humeur égale. Si un soupçon de révolte ou de colère pointait en eux, il était immédiatement réprimé par l'humiliation, la mise à l'écart, les mensonges ou les coups.

Nos grands-parents n'avaient pas le droit de pleurer, ou uniquement s'ils avaient une bonne raison. Cette bonne raison était évidemment définie par les adultes de leur entourage. Ils pouvaient rire mais pas trop fort. Jouer, sans rien déranger.

Les parents de nos grands-parents voulaient que leurs enfants réussissent. Pour être sûr qu'ils apprennent bien leurs leçons, ils les frappaient, les punissaient.

Nos grands-parents grandissaient sans marque de tendresse. Celle-ci était considérée comme nocive. Ils entendaient leurs parents affirmer que seules la dureté et la froideur sont une bonne préparation à l'existence. Que la vivacité des sentiments est nuisible, l'expression des émotions intolérable. Les parents de nos grands-parents ne voulaient en aucun cas céder aux besoins de leurs enfants. Ils ne pouvaient supporter la moindre injure ou un quelconque reproche. Il était ainsi absolument impensable que nos grands-parents vivent et développent leurs sentiments véritables. Car il y aurait eu, parmi ces sentiments, la colère interdite.

Qu'advenait-il alors de cette colère interdite et non vécue ?

Cette colère s'accumulait et se transformait progressivement en une haine, plus ou moins consciente, de soi ou d'autres personnes de substitution. Haine qui cherchait divers moyens de se décharger. En grandissant, en devenant parents à leur tour, nos grands-parents accédaient alors au moyen parfaitement adapté et accepté socialement pour décharger leur haine accumulée: l'éducation de leur propre enfants, nos parents.
Le dicton populaire ne dit-il pas : qui aime bien châtie bien ?

Hier, à leur tour, nos parents n'avaient pas le droit de parler à table. Ils avaient appris à témoigner le respect le plus complet à tout adulte, à se soumettre à tous les ordres…

Heureusement, les systèmes de reproduction ne sont pas infaillibles et les idéaux de nos parents ont incontestablement évolué. "L'obéissance, la contrainte, la dureté et l'insensibilité ne passent plus pour des valeurs absolues"¹. Pourtant, tout un chacun peut observer dans la relation qu'il a avec son enfant les restes latents et tenaces de cette "pédagogie noire"¹. Aujourd'hui encore, combien de fois par jour abuse-t-on de notre pouvoir d'adulte ? Par notre force ? En déplaçant l'enfant sans l'en avoir averti; par notre connaissance ? En travestissant la réalité afin que l'enfant cède à notre demande… etc. Combien de fois se moque-t-on de notre enfant qui pleure, combien de fois lui demande-t-on de se taire alors qu'il exprime ses sentiments ? On oscille sans cesse entre autorité et laxisme, sans penser qu'il existe très souvent le moyen de satisfaire à la fois le besoin de l'enfant et celui de l'adulte.

Evidemment, si nos enfants sont des cibles privilégiées, nous pouvons de la même façon abuser de notre pouvoir et décharger notre colère dans le cadre de notre travail ou dans toute autre situation où nous nous sentons en position de supériorité.

Tant que nous n'aurons pas entrepris le nettoyage complet de cette "pédagogie noire"¹, dont nous gardons tous au fond de nous l'empreinte plus ou moins vive, alors il ne faut pas attendre un monde plus tolérant, plus pacifique, plus égalitaire que celui dans lequel nous vivons. Il ne faut pas attendre que les partis d'extrême droite disparaissent. Parce que de la même façon que nous avons été dressés au culte de nos parents, nous répondrons au culte des chefs fascistes.

Il est de la responsabilité de chacun de prendre conscience de tout ce qui a été néfaste pour lui dans l'éducation reçue. Pas pour juger et condamner ses propres parents, mais pour reconnaître les souffrances que l'on a vécu en étant enfant, en faire le deuil et ne pas en faire subir les conséquences à nos descendants.

Si chacun d'entre nous effectue ce travail, alors je veux croire que l'ensemble de notre société remettra en cause tout ce qui, dans son fonctionnement, dégrade, humilie et exclu ses concitoyens.

Elsa Pastor


¹ Alice MILLER (in C'est pour ton bien. Racines de la violence dans l'éducation de l'enfant, éd. Aubier, 1984, traduction de J. ETORE)

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Published by Elsa Pastor - dans PARENTAGE AU QUOTIDIEN
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commentaires

Céline asselborn 14/06/2011 21:50



Bonsoir Elsa, Je cherche à vous joindre, je ne trouve plus votre mail ;-)  C'est au sujet de vos dessins de maman et papa porteur à propos desquels vous m'avez gentillement donner
l'utilisation de les utiliser.  J'aurais besoin d'une nouvelle autorisation....


Belle soirée,


Céline