Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Texte Libre

Recherche

Archives

16 août 2005 2 16 /08 /août /2005 00:00

par Martine Jacot (paru dans « LE MONDE »)

A-t-on absolument besoin de structures scolaires pour l'instruction de ses enfants ? 
De plus en plus de parents – anglo-saxons surtout – répondent par la négative et choisissent de faire eux-mêmes l'école à leur progéniture, sous leur toit. Aux Etats-Unis, les enfants concernés par ce home schooling étaient environ 
50. 000 dans les années 1980 ; ils sont maintenant 1,5 million, d'après les estimations du magazine Education Week. Ces "marginaux" ne représentent qu'à peine 3 % des enfants en âge d'être scolarisés, mais le mouvement s'amplifie, d'autant que le home schooling est maintenant autorisé dans tous les Etats américains.

En Europe au contraire, l'école à la maison n'est souvent tolérée qu'à titre exceptionnel, sauf au Royaume-Uni, où environ 10 000 enfants sont ainsi formés, en Suisse, où le phénomène reste cependant très marginal et… en France. En effet, depuis 1959, la loi française stipule que l'instruction "peut être donnée soit dans les établissements ou écoles publics ou libres, soit dans les familles par les parents, ou l'un d'entre eux, ou toute personne de leur choix". Un autre texte adopté en 1998 par le Parlement précise que les parents doivent suivre les programmes nationaux et qu'un inspecteur d'académie doit contrôler le travail de l'enfant une fois l'an. Une centaine de familles françaises se plient à ces contraintes, le plus souvent au niveau du primaire.

Pourquoi opter pour l'école à la maison ? Aux Etats-Unis, une partie des parents mettent en avant des considérations religieuses : les protestants pratiquants sont les plus nombreux à vouloir se charger eux-mêmes de l'instruction de leurs enfants. Les autres parents sont, comme en Europe, "mécontents du système scolaire tel qu'il fonctionne, avec son lot de sélections précoces, de compétitions stériles, de médiocrité conformiste, de violences en tous genres, et finalement d'échecs", résument les responsables de l'association Les Enfants d'abord. D'autres familles ont choisi cette solution parce qu'elles se déplacent souvent ou parce que leur enfant traverse une période de grave phobie scolaire.

D'après la seule étude d'envergure réalisée en 1986 à la demande des autorités fédérales américaines, ces élèves "pas comme les autres" ont obtenu des résultats supérieurs à la moyenne nationale dans leurs évaluations. Leur admission à l'Université ne pose en général aucun problème.

L'école à la maison serait-elle une panacée, du moins pour les parents qui ont les talents pédagogiques ou, à défaut, les moyens financiers de l'offrir à leurs enfants ? Aux Etats-Unis, les syndicats d'enseignants estiment que le home schooling "ne peut fournir un enseignement complet aux élèves". De plus, certains redoutent que les enfants soient surprotégés et coupés du reste du monde. Nombre d'élèves instruits à la maison sont "parfaitement capables de démentir les fantasmes d'enfants sauvages ou embrigadés, récurrents dans notre vieille France jacobine et uniformisatrice", opposent les responsables des Enfants d'abord. Dans tous les pays concernés cependant, le débat est ouvert.

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

mamansursaplanete 04/07/2006 21:39

Pour ceux que ça intéresse, vous pouvez lire (par exemple) "Libres enfants de Summerhill" de A. S. Neil. Vous comprendrez alors que l'opposition et la fragilité des adolescents n'est pas un passage obligé. Margaret Mead en parle également très bien dans son livre "Mœurs et sexualité en Océanie." Les enfants qui ont leur content de sécurité, d'ancrage, d'assurance, de temps, de liberté n'ont aucune envie de jouer les prolongations. Au contraire, ils ont une confiance en eux, en la Vie, une joie de vivre qui les rend extrêmement autonomes et bien dans leurs pompes.

Manue 13/10/2005 13:13

L'école à la maison est à mon avis possible, au niveau du primaire ; cela est plus difficile pour un adoslescent qui a besoin de se détacher de ses parents en utilisant très souvent l'opposition. Je suis frappée, pour m'être renseignée, de ne pas trouver des parents scolarisant leurs ados (où très peu). Pourtant l'adoslescence est un âge extrêmement sensible et difficile qui doit être protégé tout en laissant une forme de liberté et d'indépendance, ils se forment leur "carapace" d'adultes et sont très vulnérables durant cette période. Cela expliquerait les difficultés d'une scolarité à la maison. Pour conclure, personnellement, je n'ai pas franchi le pas pour la scolarisation à la maison, pour diverses raisons, et après maintes réfléxions l'essentielle (parmi tant d'autres), étant la peur.