Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Texte Libre

Recherche

Archives

16 août 2005 2 16 /08 /août /2005 00:00

Eduquer" est-il un gros mot, un bienfait ou un mal nécessaire ? ...


S'il y a bien un sujet qui fait couler de la salive et de l'encre, c'est celui de "l'éducation" !

Entre les partisans du laisser-faire intégral, et les adeptes de la correction salutaire, quelle est la place qui nous convient à nous, parents uniques d'enfants tout aussi uniques ? Quelle parentalité inventer ?


Qu'est-ce que l'éducation ? 

On peut partir de l'éthymologie latine, et de la confusion d'origine entre les termes "educere" et "educare"
Ecoutons ce qu'en dit Albert Jacquard dans "l'héritage de la liberté" :

"
Mais que signifie "éduquer" ? La réponse du dictionnaire, Larousse ou Robert, est révélatrice : ce verbe viendrait du latin educo,educare. Et, en effet, le dictionnaire latin-français consulté nous apprend que educo, -are signifie « nourrir, instruire ». Mais surtout, il nous révèle un autre verbe dont la première personne du présent est identique, educo, mais dont l'infinitif est educere ; il ne s'agit plus de nourrir, mais de e-ducere, c'est-à-dire « conduire hors de », et en particulier, conduire hors de soi-même. Ce qui a permis à Catulle d'utiliser educere dans le sens de « faire éclore », et à Virgile dans le sens d' « élever un enfant ». L'objectif premier de l'éducation est évidemment de révéler à un petit d'homme sa qualité d'homme, de lui apprendre à participer à la construction de l'humanitude et, pour cela, de l'inciter à devenir son propre créateur, à sortir de lui-même pour devenir un sujet qui choisit son devenir, et non un objet qui subit sa fabrication."


Et qu'est-ce que l'autorité ?

Toujours éthymologiquement, "auctoritas" signifie ce qui donne confiance à l’autre en lui permettant de devenir "auctor", c’est-à-dire acteur de sa vie.

On pourrait tenter de définir l'éducation et l'autorité comme l'ensemble des moyens, des balises, qui permettent de conduire un enfant à sa propre humanité, en l'insérant, ou en lui donnant les moyens de s'insérer dans la communauté humaine, et d'en devenir acteur, en le menant à l'autonomie de la conscience et à sa responsabilité d'homme.


"Éduquer c'est mener l'enfant hors de son présent sans rivages, décentrer le moi" (
Marguerite Lena)


"Éduquer c'est
répondre à un autre avec sa propre humanité; répondre pour lui et de lui aussi longtemps qu'il ne peut le faire et afin qu'il puisse le faire à sa manière, le travail d'éducation réclame tout." (idem)


Mais qui sommes-nous, nous qui nous mêlons "d'éduquer" ?  Adultes imparfaits, carencés, tâtonnants, avec notre maturité toujours en construction, nous agissons envers un enfant ou un adolescent, lui imposons des interdits, exigeons certaines choses de lui, lui ouvrons ou lui fermons certaines portes ... au nom de quoi ?
 Non seulement nous nous permettons, investis de notre rôle d'éducateurs, de prendre envers lui des décisions dont on ne peut connaître et mesurer la portée et les conséquences, mais nous tentons d'inculquer des valeurs sans être capables de les représenter de manière convaincante ...
Nous voulons le bien de nos enfants, mais ce bien ne sera jamais que la représentation personnelle, forcément partiale et incomplète, que nous en avons.

Alors quoi ?
Sommes-nous présomptueux, inconscients, sages en devenir ?
Eduquer est-il une "lourde tâche", un mode de vie, un état d'esprit ... ?


"Pour oser éduquer il faut être sûr de ses valeurs et aimer le risque." (
Marguerite Lena)


Oui mais, la liberté, la spontanéité ?
Peut-on se substituer à l'agir libre de l'autre, fût-il un enfant ?

En laissant un enfant à sa seule spontanéité, sans limites ni repères, ne lui-prépare-t-on pas une confrontation plus dure avec le réel ? Cela n'est guère fait pour faciliter la construction de sa propre personnalité. A éliminer la contrainte, on provoque l'angoisse, comme dans une pièce sans murs.
Mais on la suscite également par l'exercice abusif ou mal placé de l'autorité. 
Mener un enfant à l'autonomie de la conscience, oui, mais pas au prix de cette autonomie, justement. Où est la limite de "l'autorité" ? Quand devient-elle abusive ? Quand passe-t-on de l'agir pour le bien de l'enfant à l'agir à la place de l'enfant, ce qui est injustifié et injustifiable ?

Peut-être essayer, le plus tôt possible, et chaque fois que c'est possible, de substituer l'autorité et la contrainte à la liberté, la spontanéité ?

"L'autorité éducative forme autrui comme la mer façonne la plage: en se retirant."

Eduquer au jour le jour, ce n'est pas transmettre simplement un savoir ou des traditions, c'est surtout inventer, recréer au fur et à mesure, parce que chaque enfant est unique, et unique sa façon de recevoir, de traiter et de faire sien tout ce que nous lui donnons.

Françoise Jeurissen - Avril 2004

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires