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15 août 2005 1 15 /08 /août /2005 00:00

(Oral aversion in the breastfed neonate.
L Killion Healow, R Sliter Hugh. B Abst 2000 ; 20(1) : 3-4)
Traduction

 Les jeunes enfants sont des créatures essentiellement orales.
Leur bouche est non seulement le passage normal des aliments, mais aussi le moyen privilégié d’appréhender leur environnement. La bouche des nourrissons émet des sons qui permettent à l’enfant de faire connaître ses besoins. Elle lui permet de satisfaire sa faim et sa soif. Le simple fait de téter permet à l’enfant de se détendre et de se calmer. Le plaisir et sentiment de satisfaction qu’éprouve un enfant qui tète est intense. La bouche du nouveau-né est le lieu privilégié de contact avec le monde extra-utérin. A partir de ses expériences, l’enfant construit une image de ce qu’est le monde extérieur. Lorsque ses besoins sont satisfaits, l’environnement est perçu comme un lieu agréable, dans lequel il peut avoir confiance. Sa bouche représente, pour le nourrisson, le premier moyen d’apprendre l’amour et la confiance.

La bouche : le principal moyen pour l’enfant d’appréhender son entourage

L’expérience orale fait partie intégrante de la façon dont l’enfant perçoit et reconnaît sa mère. Ruth Lawrence a constaté que " le fait de téter pour son réconfort et l’apparition d’une préférence pour le mamelon sont des comportements génétiquement programmés pour fixer l’enfant sur le mamelon maternel. La reconnaissance de la mère se fait par le biais des caractéristiques spécifiques du mamelon maternel. Les mécanismes d’imprégnation sont variables suivant les espèces, et peuvent mettre en jeu divers sens ; chez les humains, comme chez les grands primates, l’imprégnation est passe essentiellement par la voie orale et tactile. "
La bouche d’un nouveau-né est un " territoire vierge ". Certes, dès la vie intra-utérine, le fœtus acquiert déjà une expérience gustative par le biais du liquide amniotique, et une expérience orale en suçant ses doigts. Mais rien " d’étranger " ne pénètre dans sa bouche. Une expérience orale négative risque fort de laisser une empreinte plus profonde lorsqu’elle survient pendant les premiers jours de vie que si elle survient lorsque l’enfant est plus grand.
A partir de leurs observations cliniques, Klaus et Kenell ont conclu que les liens affectifs entre la mère et l’enfant peuvent être facilement perturbés, voire même durablement altérés, par des événements survenus en post-partum précoce. Widstrom a constaté que l’aspiration gastrique, fréquemment effectuée en routine chez des nouveau-nés, modifiait significativement la séquence de comportement de l’enfant avant la première mise au sein. L’introduction d’un corps étranger dans la bouche de l’enfant n’est pas le seul stimulus qui peut avoir un impact négatif ; Herbst a constaté que les stimuli gustatifs, visuels et olfactifs ont un impact sur la succion. 
Cela implique que la bouche de l’enfant et son comportement lié à l’alimentation doivent être traités avec le plus grand respect. Des pratiques telles que l’aspiration gastrique peuvent, dans certains cas, être réellement nécessaires, mais il ne faut pas perdre de vue qu’elles sont invasives. Si ce geste, qui est rien moins qu’idéal, est de plus fait sans douceur, il représente une agression. Certaines consultantes en lactation qui ont eu à aider des mères dont le nouveau-né, traumatisé par un tel geste, refusait de prendre le sein, ont décrit ce type d’intrusion comme étant l’équivalent d’un viol.

La réponse à un traumatisme

L’une des conséquences d’un contact oral agressif est la survenue d’une aversion orale, aussi dénommée hypersensibilité orale. Ce symptôme n’est pas exceptionnel lorsque l’enfant a vécu un contact oral traumatisant. Il représente un danger pour sa santé, dans la mesure où l’enfant pourra ne plus tolérer aucun contact buccal, que ce soit le sein, un biberon, une sucette, une cuillère ou un doigt. Certains enfants ne tolèrent même plus que l’on touche leurs lèvres, y compris avec une tasse. C’est un problème suffisamment sérieux pour que tout soit fait pour le prévenir.
Une aversion orale chez l’enfant peut aussi affecter sérieusement la confiance en elle de la mère. La réponse très négative de l’enfant à tout stimuli oral donnera à la mère l’impression d’être rejetée et incompétente, ce qui rendra nettement plus difficile la mise en place du lien mère-enfant. Klaus et Kennell ont constaté que lorsque la création de ce lien était perturbée en post-partum précoce, cela pouvait retentir sur le comportement de la mère vis-à-vis de l’enfant pendant toute la première année de vie, alors même que le comportement d’aversion de l’enfant avait disparu depuis longtemps.

Des conséquences à long terme

Ce problème, et son éventuelle conséquence sur le phénomène d’imprégnation, sont rarement abordés lorsqu’on parle d’alimentation infantile et de soins aux nourrissons. Cependant, l’aversion orale peut, la plupart du temps, être prévenue. Par exemple, l’une des pratiques les plus couramment répandues est l’aspiration des voies aériennes immédiatement après la naissance. Or, cette aspiration est souvent douloureuse, et elle peut provoquer des lésions muqueuses. Dans une étude, 75% des enfants ont manifesté les 4 signes pathognomoniques de la douleur lors de cette aspiration, et 100% d’entre eux ont manifesté au moins 3 de ces signes. Chez un nouveau-né, une expérience orale douloureuse peut amener l’enfant à refuser tout stimulus oral, vécu par lui comme potentiellement douloureux.
Lawrence a constaté qu’une aspiration agressive peut induire le développement d’une dysphagie réflexe. Ce type de dysphagie est un comportement acquis, qui est induit et maintenu lorsque la déglutition est associée à un stimulus négatif. Le diagnostic de dysphagie réflexe est difficile, et nécessite des investigations qui peuvent aggraver le problème. Le nourrisson peut réagir très négativement au goût du produit de contraste, ou au passage du tube d’endoscopie, et ces examens peuvent être douloureux, voire provoquer des lésions. Le gavage gastrique chez les nourrissons admis en néonatalogie peut aussi être à l’origine d’une dysphagie réflexe.
D’autres pratiques que l’aspiration des voies aériennes ou du liquide gastrique peuvent provoquer une aversion orale : l’examen au doigt de la bouche de l’enfant, l’alimentation au doigt si elle n’est pas effectuée avec douceur, l’introduction en force d’un tétine… Des études ont montré que le mieux pour l’enfant est que la première chose qui rentre dans sa bouche après la naissance soit le sein maternel, et non un doigt, ou une tétine de biberon. De nombreuses études ont constaté l’impact négatif que peuvent avoir les tétines ou l’alimentation au doigt sur le déroulement de l’allaitement.
Il n’est pas toujours facile d’éviter des pratiques invasives ; dans certains cas, une aspiration, une intubation, le passage d’une sonde… seront indispensables pour la santé de l’enfant, voire pour sa survie. En pareil cas, ces gestes doivent être effectués par une personne compétente, et avec le plus de douceur possible. Il ne faut pas non plus perdre de vue que l’évaluation et le traitement d’un problème de succion présenté par l’enfant peut exacerber le problème. Par exemple, le fait de mettre un doigtier pour nourrir l’enfant au doigt peut être mal toléré par l’enfant, en raison du goût et de la texture du doigtier. L’enfant peut aussi être rebuté par le goût des liquides qui lui seront donnés, comme l’eau glucosée ou le lait industriel.

Respecter l’enfant 

Les services qui sont amis des bébés respectent des protocoles qui stipulent, entre autres, que la première tétée sera précoce, que l’enfant aura ensuite accès au sein aussi souvent qu’il en éprouvera le besoin, qu’il ne recevra pas de tétine ou de sucette, et que tout geste potentiellement traumatisant (tel qu’aspiration des voies aériennes ou digestives) sera évité autant que faire se peut. Respecter ces règles abaisse considérablement le risque d’aversion orale.
La principale règle en médecine est "D’abord ne pas nuire". Aspirer en routine un nourrisson, lui donner une tétine ou une sucette… sont des pratiques qui sont loin d’être aussi anodines qu’on le pense habituellement. Résoudre un problème est beaucoup plus difficile que le prévenir. Le coût de la perte de la relation d’allaitement se mesure en francs, mais aussi en jours de maladie ou d’hospitalisation de l’enfant ; et il est difficile de chiffrer le préjudice sur le plan émotionnel, ainsi que tous les effets à long terme sur la santé de la mère et de l’enfant.

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REFERENCES
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