Lundi 26 janvier 2009 1 26 /01 /2009 10:52


Vivre et s'épanouir dans un corps de femme, c'est d'abord et avant tout savoir, sentir concrètement tout au fond de soi que la vie est une succession de cycles plus ou moins longs, imbriqués les uns dans les autres, sur fond de saisons intérieures.

Mes cycles, depuis les années que je n'ai plus recours à aucune contraception chimique pour les perturber, je les vis pleinement chaque mois, en voguant plus ou moins tranquillement sur leurs vagues, mais toujours dans le lâcher prise et l'accueil de mes sensations.

J'accepte avec une sorte de ferveur les tiraillements douloureux et la montée de sève de mes prochaines ovulations, cette lourdeur et ce gonflement que je ressens au fond du ventre, la présence battante et humide de ma fécondité approchant de son apogée et qui se manifeste entre mes cuisses, mon désir qui, à cette période, prend parfois les commandes sans crier gare, mes réactions de femelle câline aux attitudes immémoriales... et j'ai appris à en tenir compte dans ma vie de tous les jours, dans ma façon de ressentir les choses et les êtres.

Ensuite vient la lente et paisible redescente. De "possible mère", réceptive, rieuse, chaleureuse, ouverte et offerte au monde et au mâle , je m'en retourne vers l'intérieur de moi, tranquillement, dans une lent et progressif repli sur moi-même, jusqu'au moment de laisser s'échapper mon sang hors de mon temple et de le rendre à la terre en une prière muette. Pendant cette période, j'ai l'âme entièrement tournée vers mes paysages intérieurs, comme pour me protéger, comme pour emballer ma sensibilité,  qui affleure  dans chacune de mes perceptions, dans un cocon qui amortit le choc avec le monde.

C'est un ballet immuable, celui d'une fleur qui s'ouvre et se referme sans cesse, dans la sérénité d'un rythme naturel et éternel. Je m'y sens bien, maintenant que j'ai apprivoisé tout cela. J'ai avec moi, en bagage, toutes ces années de "féminitude", entrecoupées des périodes hors du temps qu'ont été mes maternités.

Mais pendant longtemps, si je me sentais bien dans mon corps et mon vécu de femme, ça m'a fait peur de regarder s'approcher le moment où mon ventre ne serait plus fertile, où je devrais laisser refluer et s'endormir pour toujours ces désirs sauvages de porter la vie, d'avoir le ventre insolemment pointé vers l'avant et les seins voluptueusement alourdis de lait. Pendant longtemps, ma féminité ne s'est définie que par rapport à ce rôle là, mon rôle de mère, laissant un peu de côté, dans un demi-sommeil, les autres aspects.
Mère d'abord, femme ensuite, seulement s'il restait du temps, de la disponibilité... autant dire très peu finalement. Et je me sentais mal à l'aise, effrayée, à l'idée de retrouver un jour ce temps et cette disponibilité, et me demandant quoi en faire, comment y trouver ma place, tout en y aspirant à la fois.

Seulement voilà, j'avance sur mon chemin, et les fruits de mon jardin mûrissent lentement mais sûrement.

Et mon corps commence tout doucement à faire ses caprices d'automne, à se moquer des "horaires" comme d'une guigne et à n'en faire qu'à sa tête. Mes ovulations n'ont plus la politesse de s'annoncer longtemps à l'avance et me surprennent parfois par leur soudaineté, ou bien se font attendre plus longtemps que de raison sans daigner m'avertir du changement de programme... de quoi y perdre son nord parfois. Ca doit être ça qu'on appelle poétiquement la "pré-ménopause", bien que pour l'instant je n'en perçoive que quelques vagues signes avant-coureurs. Et curieusement, maintenant que je me trouve au seuil de ce que j'ai tant redouté, je n'éprouve plus rien de ces angoisses et de ces questions identitaires qui m'ont tellement travaillée.

Depuis quelque temps donc, ça ne me fait plus peur, ça ne me rend plus ni triste, ni nostalgique. Je suis en train de refermer ce livre-là, tout doucement, au même rythme que poussent mes enfants et qu'ils se détachent de leur arbre-mère pour s'en aller chercher ailleurs leur nourriture affective. Je commence à pouvoir ressentir à nouveau "l'appel du large", à me penser femme avant de me penser mère, à jouir de mon temps et de mon corps comme si je me rendais compte tout à coup, émerveillée, que finalement ils m'appartiennent en propre, et non à ma famille. Merveilleuse sensation, cette semi-liberté retrouvée sans remord et sans regret. C'est drôle comme on peu arpenter une route pendant longtemps sans réaliser vers où on va, et ne se rendre compte de la destination qu'une fois rendu sur place, ou en tout cas en vue de l'étape.

Alors évidemment que mes petiots ont encore besoin de moi, et que je ne me prive pas d'être encore pour eux et avec eux cette louve protectrice et dévouée que j'ai tant aimé être... mais progressivement, certains pans de ciel se dégagent, me révélant des paysanges oubliés ou encore inconnus, m'apportant les senteurs d'un monde où je sais que j'ai ma place. Et cette place, c'est d'abord - et enfin - en moi que je l'ai trouvée. J'apprends avec un étonnement candide à m'autoriser une existence en propre, uniquement définie par rapport à moi-même, à mon être profond, et non plus par rapport à un rôle à jouer, aussi gratifiant et doux soit-il. Avant d'être mère, avant d'être compagne, je suis femme, je suis moi. Et de le réaliser, de l'accepter, me confère une sérénité nouvelle et une façon de ressentir les choses moins désespérée, moins pathétique. Ce que je donne de moi, je le donne désormais en pleine lumière, debout sur mes deux pieds, et non plus en tremblant et dans la crainte de déplaire ou de ne pas recevoir en retour.

Je vis.

Voilà... je voulais juste rendre compte de cette évolution-là, pour qu'éventuellement d'autres femmes, traversant la même incertitude que j'ai connue par rapport à l'avancée des saisons, sachent que l'esprit et le corps ont souvent le bon sens de cheminer à peu près de concert, et que ce qui nous paraît punition un jour peut devenir bénédiction quelque temps plus tard, sans crier gare.



Je ne sais pas de qui est ce dessin, mais si quelqu'un peu m'aider à rendre à César ce qui lui appartient... ?



Ici bien entendu, une oeuvre de Josephine Wall, d'un style reconnaissable entre tous.
Par Tinuviel - Publié dans : FEMINITUDE
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Commentaires

Merci de cette si belle reflexion. Je commence ma vie comme maman et e ressent si bien se besoin d'être maman louve qui protege ses petits bien avant tout. Je me demande bien que sera-t-il de moi quand mes petits quiterons leur nid, que sera-t-il de moi en tant que femme, que necessité... C'est bon de pouvoir retrouver d'autre femme qui sentent et vivent leurs intuitions, leur émotion...
Commentaire n°1 posté par XaManZ¨ le 03/02/2009 à 16h24
En fait, on veut souvent savoir à l'avance, s'imaginer, pouvoir se préparer à ce qui va arriver, essayer de contrôler ou de diriger ce qu'on est ou ce qu'on va devenir... et en fait, à part le lâcher prise, à part laisser venir et se laisser prendre par la main, il n'y a pas grand chose à faire. En tout cas, si on veut sentir que les choses sont "justes" et à leur place, sans forcer.

Merci de ton passage.
Réponse de Tinuviel le 24/02/2009 à 09h01
tu écris tellement bien...
Commentaire n°2 posté par rachel le 23/02/2009 à 13h00
Merci Rachel, merci beaucoup de ton passage et de ces quelques mots si gentils :-)
Réponse de Tinuviel le 24/02/2009 à 08h59
C'est vraiment très beau...
Ca parait un peu simplet comme commentaire, mais je vois pas quoi dire d'autre... C'est apaisant, et réconfortant, doux et comme un petit cocon.
Merci!
Commentaire n°3 posté par Leïla le 25/02/2009 à 00h02
Ce n'est jamais simplet de dire des choses gentilles et sincères, au contraire, c'est tellement important et ça fait tellement plaisir ! Me voilà "tisseuse de cocon", c'est chouette, merci :-)
Réponse de Tinuviel le 25/02/2009 à 10h22
Tes mots sont très apaisants, je trouve aussi.

De mon côté également, j'ai arrêté de prendre des molécules chimiques pour réguler/gérer mon cycle. C'est l'un des premiers pas que j'ai fait vers quelque chose d'alternatif... bien avant de suivre les cours d'herboristerie, mais après avoir décidé de manger le plus possible frais, local et de saison. C'est bon de savoir que d'autres ont fait ce choix aussi!
Commentaire n°4 posté par Gayanée le 25/02/2009 à 13h39
Oui... ça fait longtemps que je me suis dit que j'écrirais un jour un vrai article de fond là-dessus, et je ne l'ai encore jamais fait. Pourtant je sais que ça interpelle beaucoup de femmes, la contraception "naturelle", et que le partage d'expérience sur le sujet est toujours enrichissant.

Avis aux amatrices pour écrire un article à plusieurs mains sur le sujet ? Décrire comment on en est venues à abandonner la pilule, comment on gère notre fertilité, les sensations qu'on a ... ?


Réponse de Tinuviel le 25/02/2009 à 13h50
Je suis partante! J'ai déjà débuté un article à ce sujet (à paraître en mai). Voici le début :

Si je récapitule les premiers pas que j'ai faits "hors des sentiers battus", l'un des permiers a été d'arrêter la pilule. Oui, je la prenais entre 16 et 25 ans. Car j'étais allée voir mon médecin généraliste pour des soucis d'acné et il m'avait prescrit la pilule. C'était assez bien comme solution, l'effet n'était pas transcendant mais je pouvais au moins avoir des relations avec mon amoureux de l'époque  sans stress, sans se poser de questions, sans réflexion, sans recul finalement... Heureusement (si on peut dire), j'ai eu un souci gynécologique : avec la pilule, j'ai eu des pertes de sang en-dehors de mes lunes, pas des pertes abondantes, mais assez pour me stresser et me faire me poser plein de questions sur mon corps, etc. La première réponse médicale à mon souci, ça a été de me faire prendre une pilule supplémentaire. Et heureusement, cela n'a pas fonctionné, les pertes étaient toujours là. Je me suis donc décidée à arrêter la pilule... Mais pas n'importe comment. Comme cela allait de pair avec ma recherche de manger mieux (manger plutôt bio, local et de saison), j'ai trouvé cohérent de ne plus ajouter de molécules chimiques dans mon corps, à chaque jour, tous les mois de l'année. Bref, j'ai appris la méthode des indices combinés, ou "méthode sympto-thermique" (plus d'infos sur http://www.fr.serena.ca ou pfn.be)... et me suis passée de la pilule tout aussi vite! (m'enfin, je m'en suis intoxiquée durant presque 10 ans, ce dont je ne suis pas fière du tout... mais allez parler des contre-indications de la pilule à une gamine de 16 ans qui ne voit que "ses" boutons!...).
Commentaire n°5 posté par Gayanée le 25/02/2009 à 14h19
Merci Gayanée :-)

Ce qu'on pourrait faire, c'est écrire un article conjoint, et le faire paraître sur nos blogs respectifs, si ça te dit ? Et si d'autres avaient des trucs à partager sur le sujet, bienvenue à elles (ou à eux, qui sait ?!)

Ou bien alors on écrit chacun de notre côté, et on fait un lien vers l'article de l'autre ?

En tout cas, à parcourir certains forums, c'est certain que c'est une question épineuse et qui revient tout le temps. Je pense qu'il est utile d'en parler.
Réponse de Tinuviel le 26/02/2009 à 09h59
Salut la belle!
Ca fait un bail dis-moi ?
Intriguée par ce mot revenu plusieurs fois dans le message d'un ami, je tape "féminitude" sur google et je tombe chez toi. J'y ai donc fait un petit tour, et chez ton homme vite fait aussi. C'est beau, et ça sent bon. Je m'y suis sentie bien. Je ne sais pas si je reviendrai, mais ça se pourrait. On a bien les mêmes préoccupations, et on tourne autour des mêmes réponses. Je crois que ça me ferait vraiment plaisir qu'on se rencontre un jour, à l'occasion.
Des bises
Commentaire n°6 posté par Y. le 26/02/2009 à 00h17
Y... !!!
Ben mince alors, ça fait combien d'années ?
Au début, j'étais pas sûre, rien qu'avec le "Y" de la signature, mais j'ai quasi tout de suite pensé à toi, et puis j'ai vérifié avec ton mail et bingo :-)
Je me demande bien ce que tu deviens aussi, depuis l'époque de feue la LN, mais je m'en vais t'écrire en privé tiens...
Bises à toi aussi en attendant.
Réponse de Tinuviel le 26/02/2009 à 09h56
Je suis partante pour faire un article à plusieurs mains et le faire paraître chez toutes les auteures.
Commentaire n°7 posté par Gayanée le 26/02/2009 à 11h33
Oui oui, écris moi en privé !
Je ne garantis pas la rapidité de la réponse, je pars demain pour les US avec ma fille, mais ça me fera plaisir de te lire, et de te raconter un peu où j'en suis.
Bisous
Commentaire n°8 posté par Y. le 26/02/2009 à 12h06
Je suis arrivée chez toi par le Le Monde de Sélène, et je te félicite pour ce blog si plein de riche féminitude ! J'ai commencé à picorer ça et là avec bonheur, et nul doute que je reviendrais !
Encore bravo et merci...
Commentaire n°9 posté par Lucie le 28/02/2009 à 21h15
Merci pour ces mots simples, Lucie, qui me vont droit au coeur. Reviens quand tu veux, tu es la bienvenue ici.
Réponse de Tinuviel le 02/03/2009 à 14h37
C'est un superbe article qui retrace bien les émotions diverses que nous pouvons accueillir au sein de notre corps de femme doué de tant de métamorphose.
Et puis, ça fait du bien de lire chez d'autres ce que nous ressentons, on se sent bien moins seule, bien moins un "cas" !
Commentaire n°10 posté par Loar Zrou le 17/03/2009 à 19h32
Oui, ça fait du bien, je suis d'accord avec ça... merci pour ton commentaire.

Je viens d'aller visiter ton blog, je le trouve magnifique ! Je l'ajoute dans mes liens sans tarder, il vaut vraiment la visite.

Réponse de Tinuviel le 18/03/2009 à 10h58
Merci pour le lien et le compliment Je me suis aperçue que ton blog n'y était pas référencé et j'en ai profité pour réparer l'oubli ; en fait, je te lis régulièrement par fil RSS. J'aime beaucoup la qualité de ton écriture qui est très belle.
Commentaire n°11 posté par Loar Zour le 18/03/2009 à 11h32
Et bien je suis dans la même réflexion, la même acceptation de mes cycles qui changent avec l'âge, de ma fertilité qui s'échappe.
Je suis sur le même chemin d'observation de mon corps depuis plusieurs années.
Mais, si je n'utilise aucun contraceptif depuis plusieurs années, après 2 grossesses rapprochées, mon histoire est un peu particulière.

Je suis d'accord pour en témoigner sur votre article si vous l'acceptez, mais mon parcours n'est pas du tout linéaire et par forcément représentatif...

En tout cas j'apprécie ton blog et je vais continuer de l'explorer.
Commentaire n°12 posté par Lyjazz le 19/04/2009 à 23h48
Sur les conseils d'ElleN, je suis venue vous lire.
Je viens de décider de rendre sa liberté à mes cycles, de réécouter mon corps, et de me faire confiance.

Je me retrouve à 100% dans vos mots.

Merci d'avoir su si bien le dire.
Commentaire n°13 posté par nana de noailles le 08/06/2009 à 23h09
Très touchée par cet article...Merci
Commentaire n°14 posté par Karine Cathala le 15/09/2009 à 14h00

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