Lundi 26 janvier 2009
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Vivre et s'épanouir dans un corps de femme, c'est d'abord et avant tout savoir, sentir concrètement tout au fond de soi que
la vie est une succession de cycles plus ou moins longs, imbriqués les uns dans les autres, sur fond de saisons intérieures.
Mes cycles, depuis les années que je n'ai plus recours à aucune contraception chimique pour les perturber, je les vis pleinement chaque mois, en voguant plus ou moins tranquillement sur leurs
vagues, mais toujours dans le lâcher prise et l'accueil de mes sensations.
J'accepte avec une sorte de ferveur les tiraillements douloureux et la montée de sève de mes prochaines ovulations, cette lourdeur et ce gonflement que je ressens au fond du ventre, la présence
battante et humide de ma fécondité approchant de son apogée et qui se manifeste entre mes cuisses, mon désir qui, à cette période, prend parfois les commandes sans crier gare, mes réactions de
femelle câline aux attitudes immémoriales... et j'ai appris à en tenir compte dans ma vie de tous les jours, dans ma façon de ressentir les choses et les êtres.
Ensuite vient la lente et paisible redescente. De "possible mère", réceptive, rieuse, chaleureuse, ouverte et offerte au monde et au mâle , je m'en retourne vers l'intérieur de moi, tranquillement,
dans une lent et progressif repli sur moi-même, jusqu'au moment de laisser s'échapper mon sang hors de mon temple et de le rendre à la terre en une prière muette. Pendant cette période, j'ai l'âme
entièrement tournée vers mes paysages intérieurs, comme pour me protéger, comme pour emballer ma sensibilité, qui affleure dans chacune de mes perceptions, dans un cocon qui amortit le
choc avec le monde.
C'est un ballet immuable, celui d'une fleur qui s'ouvre et se referme sans cesse, dans la sérénité d'un rythme naturel et éternel. Je m'y sens bien, maintenant que j'ai apprivoisé tout cela. J'ai
avec moi, en bagage, toutes ces années de "féminitude", entrecoupées des périodes hors du temps qu'ont été mes maternités.
Mais pendant longtemps, si je me sentais bien dans mon corps et mon vécu de femme, ça m'a fait peur de regarder s'approcher le moment où mon ventre ne serait plus fertile, où je devrais laisser
refluer et s'endormir pour toujours ces désirs sauvages de porter la vie, d'avoir le ventre insolemment pointé vers l'avant et les seins voluptueusement alourdis de lait. Pendant longtemps, ma
féminité ne s'est définie que par rapport à ce rôle là, mon rôle de mère, laissant un peu de côté, dans un demi-sommeil, les autres aspects.
Mère d'abord, femme ensuite, seulement s'il restait du temps, de la disponibilité... autant dire très peu finalement. Et je me sentais mal à l'aise, effrayée, à l'idée de retrouver un jour ce temps
et cette disponibilité, et me demandant quoi en faire, comment y trouver ma place, tout en y aspirant à la fois.
Seulement voilà, j'avance sur mon chemin, et les fruits de mon jardin mûrissent lentement mais sûrement.
Et mon corps commence tout doucement à faire ses caprices d'automne, à se moquer des "horaires" comme d'une guigne et à n'en faire qu'à sa tête. Mes ovulations n'ont plus la politesse de s'annoncer
longtemps à l'avance et me surprennent parfois par leur soudaineté, ou bien se font attendre plus longtemps que de raison sans daigner m'avertir du changement de programme... de quoi y perdre son
nord parfois. Ca doit être ça qu'on appelle poétiquement la "pré-ménopause", bien que pour l'instant je n'en perçoive que quelques vagues signes avant-coureurs. Et curieusement, maintenant que je
me trouve au seuil de ce que j'ai tant redouté, je n'éprouve plus rien de ces angoisses et de ces questions identitaires qui m'ont tellement travaillée.
Depuis quelque temps donc, ça ne me fait plus peur, ça ne me rend plus ni triste, ni nostalgique. Je suis en train de refermer ce livre-là, tout doucement, au même rythme que poussent mes enfants
et qu'ils se détachent de leur arbre-mère pour s'en aller chercher ailleurs leur nourriture affective. Je commence à pouvoir ressentir à nouveau "l'appel du large", à me penser femme avant de me
penser mère, à jouir de mon temps et de mon corps comme si je me rendais compte tout à coup, émerveillée, que finalement ils m'appartiennent en propre, et non à ma famille. Merveilleuse sensation,
cette semi-liberté retrouvée sans remord et sans regret. C'est drôle comme on peu arpenter une route pendant longtemps sans réaliser vers où on va, et ne se rendre compte de la destination qu'une
fois rendu sur place, ou en tout cas en vue de l'étape.
Alors évidemment que mes petiots ont encore besoin de moi, et que je ne me prive pas d'être encore pour eux et avec eux cette louve protectrice et dévouée que j'ai tant aimé être... mais
progressivement, certains pans de ciel se dégagent, me révélant des paysanges oubliés ou encore inconnus, m'apportant les senteurs d'un monde où je sais que j'ai ma place. Et cette place, c'est
d'abord - et enfin - en moi que je l'ai trouvée. J'apprends avec un étonnement candide à m'autoriser une existence en propre, uniquement définie par rapport à moi-même, à mon être profond, et non
plus par rapport à un rôle à jouer, aussi gratifiant et doux soit-il. Avant d'être mère, avant d'être compagne, je suis femme, je suis moi. Et de le réaliser, de l'accepter, me confère une sérénité
nouvelle et une façon de ressentir les choses moins désespérée, moins pathétique. Ce que je donne de moi, je le donne désormais en pleine lumière, debout sur mes deux pieds, et non plus en
tremblant et dans la crainte de déplaire ou de ne pas recevoir en retour.
Je vis.
Voilà... je voulais juste rendre compte de cette évolution-là, pour qu'éventuellement d'autres femmes, traversant la même incertitude que j'ai connue par rapport à l'avancée des saisons, sachent
que l'esprit et le corps ont souvent le bon sens de cheminer à peu près de concert, et que ce qui nous paraît punition un jour peut devenir bénédiction quelque temps plus tard, sans crier gare.
Je ne sais pas de qui est ce dessin, mais si quelqu'un peu m'aider à rendre à César ce qui lui appartient... ?
Ici bien entendu, une oeuvre de Josephine Wall, d'un style reconnaissable entre tous.
Par Tinuviel
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Publié dans : FEMINITUDE
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Merci de ton passage.
Ca parait un peu simplet comme commentaire, mais je vois pas quoi dire d'autre... C'est apaisant, et réconfortant, doux et comme un petit cocon.
Merci!
De mon côté également, j'ai arrêté de prendre des molécules chimiques pour réguler/gérer mon cycle. C'est l'un des premiers pas que j'ai fait vers quelque chose d'alternatif... bien avant de suivre les cours d'herboristerie, mais après avoir décidé de manger le plus possible frais, local et de saison. C'est bon de savoir que d'autres ont fait ce choix aussi!
Avis aux amatrices pour écrire un article à plusieurs mains sur le sujet ? Décrire comment on en est venues à abandonner la pilule, comment on gère notre fertilité, les sensations qu'on a ... ?
Si je récapitule les premiers pas que j'ai faits "hors des sentiers battus", l'un des permiers a été d'arrêter la pilule. Oui, je la prenais entre 16 et 25 ans. Car j'étais allée voir mon médecin généraliste pour des soucis d'acné et il m'avait prescrit la pilule. C'était assez bien comme solution, l'effet n'était pas transcendant mais je pouvais au moins avoir des relations avec mon amoureux de l'époque sans stress, sans se poser de questions, sans réflexion, sans recul finalement... Heureusement (si on peut dire), j'ai eu un souci gynécologique : avec la pilule, j'ai eu des pertes de sang en-dehors de mes lunes, pas des pertes abondantes, mais assez pour me stresser et me faire me poser plein de questions sur mon corps, etc. La première réponse médicale à mon souci, ça a été de me faire prendre une pilule supplémentaire. Et heureusement, cela n'a pas fonctionné, les pertes étaient toujours là. Je me suis donc décidée à arrêter la pilule... Mais pas n'importe comment. Comme cela allait de pair avec ma recherche de manger mieux (manger plutôt bio, local et de saison), j'ai trouvé cohérent de ne plus ajouter de molécules chimiques dans mon corps, à chaque jour, tous les mois de l'année. Bref, j'ai appris la méthode des indices combinés, ou "méthode sympto-thermique" (plus d'infos sur http://www.fr.serena.ca ou pfn.be)... et me suis passée de la pilule tout aussi vite! (m'enfin, je m'en suis intoxiquée durant presque 10 ans, ce dont je ne suis pas fière du tout... mais allez parler des contre-indications de la pilule à une gamine de 16 ans qui ne voit que "ses" boutons!...).
Ce qu'on pourrait faire, c'est écrire un article conjoint, et le faire paraître sur nos blogs respectifs, si ça te dit ? Et si d'autres avaient des trucs à partager sur le sujet, bienvenue à elles (ou à eux, qui sait ?!)
Ou bien alors on écrit chacun de notre côté, et on fait un lien vers l'article de l'autre ?
En tout cas, à parcourir certains forums, c'est certain que c'est une question épineuse et qui revient tout le temps. Je pense qu'il est utile d'en parler.
Ca fait un bail dis-moi ?
Intriguée par ce mot revenu plusieurs fois dans le message d'un ami, je tape "féminitude" sur google et je tombe chez toi. J'y ai donc fait un petit tour, et chez ton homme vite fait aussi. C'est beau, et ça sent bon. Je m'y suis sentie bien. Je ne sais pas si je reviendrai, mais ça se pourrait. On a bien les mêmes préoccupations, et on tourne autour des mêmes réponses. Je crois que ça me ferait vraiment plaisir qu'on se rencontre un jour, à l'occasion.
Des bises
Ben mince alors, ça fait combien d'années ?
Au début, j'étais pas sûre, rien qu'avec le "Y" de la signature, mais j'ai quasi tout de suite pensé à toi, et puis j'ai vérifié avec ton mail et bingo :-)
Je me demande bien ce que tu deviens aussi, depuis l'époque de feue la LN, mais je m'en vais t'écrire en privé tiens...
Bises à toi aussi en attendant.
Je ne garantis pas la rapidité de la réponse, je pars demain pour les US avec ma fille, mais ça me fera plaisir de te lire, et de te raconter un peu où j'en suis.
Bisous
Encore bravo et merci...
Et puis, ça fait du bien de lire chez d'autres ce que nous ressentons, on se sent bien moins seule, bien moins un "cas" !
Je viens d'aller visiter ton blog, je le trouve magnifique ! Je l'ajoute dans mes liens sans tarder, il vaut vraiment la visite.
Je suis sur le même chemin d'observation de mon corps depuis plusieurs années.
Mais, si je n'utilise aucun contraceptif depuis plusieurs années, après 2 grossesses rapprochées, mon histoire est un peu particulière.
Je suis d'accord pour en témoigner sur votre article si vous l'acceptez, mais mon parcours n'est pas du tout linéaire et par forcément représentatif...
En tout cas j'apprécie ton blog et je vais continuer de l'explorer.
Je viens de décider de rendre sa liberté à mes cycles, de réécouter mon corps, et de me faire confiance.
Je me retrouve à 100% dans vos mots.
Merci d'avoir su si bien le dire.