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19 février 2006 7 19 /02 /février /2006 19:32


Tout simplement les mots qui je mets sur une aventure aussi magique que banale : porter la vie.

 

Me voilà forteresse, gorgée de sève, gardienne d’une autre vie.
Éblouissement.
Puissance.
Promesse.
Humilité surtout. Je t’aime, petit bourgeon tranquille accroché à mes chairs, qui se balbutie en bulles douces, se décline en sensations indéchiffrables, et se nourrit de mon intimité.

Petite âme, tu m’as élue écrin de ta métamorphose. Pour un temps dont tu décideras, je serai ta passeuse, ton souffle, ton refuge, ton radeau vers demain. Complicité immatérielle, caresse intérieure, prière païenne, secret langage… mon ventre est une voile gonflée du vent lointain de terres fertiles. Il se tend et s’enroule autour de toi qui te loves, félin, dans mon antre profonde. Tu es là, blotti au plus doux de moi, tu prends tes aises, tu t’installes et t’étales, tu ronronnes et je me bastionne pour que rien ne vienne troubler ta quiétude.

Langoureux et chaud, ce pas de deux. Aucune fausse note ne vient en troubler l’harmonie délicieuse et sacrée.

Notre enfant… rencontre incarnée de nos fluides amoureux, partage fécond de nos plaisirs, petit fruit encore vert d’un couple mûri au soleil des jours enlacés, petit pois, petit poids mais si lourd déjà de nos passés imparfaits.

Mon enfant, toi que j’espère sans hâte, toi qui te ressources un instant d’éternité sur mon rivage intérieur, toi qui m’as confié ton âme et l’immense tâche d’y coudre à points dentelle les premiers mots de ton histoire… voilà que je te livre, sans regret et sans méfiance, mon plus précieux secret, celui qui me fait femme et déesse à la fois, celui qui fait que, par-delà les mots et les violences, j’entends le chant du monde résonner en mon sein. Écoute bien, enfant, tu l’oublieras si vite…

Et en attendant que tu aies fini ton voyage immobile au creux de ma chaleur, je te l’offre en partage, ce corps qui pour toi s’habille d’un voile de tendresse, pour te faire douceur de nacre au cœur de la moiteur. Ce corps qui avec toi pour l’instant ne fait qu’un, ce corps qui à jamais te sera protection et indulgence. Et j’en ris et j’en pleure, de ce corps aux formes bizarres qui ne pulse plus, farouche, qu’au rythme du fardeau qu’il berce.

Ma source abreuve quelqu’un d’autre, le temps de quelques saisons, de quelques lunes. Ce temps qui s’écoule, voluptueux et ralenti, au goutte à goutte de ta vie en herbe. Et je me sens riche, riche, riche.

Dis, petite âme, ne sois pas trop pressée…



F. Jeurissen

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Published by Tinuviel - dans LA SEVE DES MOTS
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