Que l’on veuille commencer à utiliser des protections menstruelles non polluantes (comme la coupe menstruelle), que l’on veuille se lancer dans l’aventure de la
contraception naturelle, ou bien vivre une grossesse et un accouchement les plus autonomes possibles, on en revient toujours à un premier et même point de départ : il est utile que nous
connaissions notre corps et notre mode de fonctionnement, pour pouvoir dialoguer avec lui et être à l’écoute de ses messages.
Oh bien sûr, ce n’est pas un passage obligatoire ! Chacune se vit comme elle le sent, et certaine n’auront que très peu, voire pas besoin de connaissances
précises pour se « connecter » à leur vécu intime. On peut privilégier l’approche intuitive, on peut préférer garder une part de mystère et laisser les choses éclore à leur rythme et à
leur manière, attendre de les ressentir sans nécessairement devoir les « savoir ». C’est un langage avec soi qui est merveilleux ! Il n’en reste pas moins que beaucoup
d’entre-nous, du fait de cette déconnexion « socio-culturelle » d’avec notre corps et ses instincts animaux, auront besoin d’une approche plus rationnelle et technique, pour
pouvoir par après se sentir plus à l’aise dans le lâcher prise.
Mon premier propos dans le cadre de cette « odyssée intérieure » sera donc d’aborder cette connaissance de notre géographie intime, et si possible de
faire sauter un tabou encore solidement ancré en nous : mesdemoiselles, mesdames : TOUCHEZ-VOUS ! :-)
Je ne parle pas ici de toucher « auto-érotique », autrement dit de masturbation, même si il y aurait aussi beaucoup à dire sur le sujet … Pour
l’instant, même si les deux ne sont pas indissociables, j’ai simplement envie de parler d’un toucher que très peu de femmes pensent à – ou tout simplement osent – pratiquer. Un toucher de
simple prise de contact, de découverte, de dialogue avec soi. Touchons-nous à l’intérieur, et apprenons à reconnaître nos vallées et nos méandres vaginaux :-)
Bien entendu, rien n’empêche pas que ce toucher soit agréable de surcroît, mais étant donné la force du verrou existant chez bon nombre de femme concernant ce
sujet, il y a fort à parier que ce ne sera pas vraiment le cas les premières fois …
Pourtant, cette connaissance intime de nous-même est primordiale dans le cadre d’une démarche de responsabilisation (dans le sens « je » suis en charge de
moi-même), et de réappropriation de notre corps et de notre fécondité – quand ce n’est pas de notre liberté, de notre féminité et de notre plaisir !
De plus, nous possédons un avantage unique et décisif sur toute personne extérieure, fût-elle professionnelle et bardée de diplômes et de connaissances : nous
percevons ce que nous touchons non seulement de manière « externe », mais également avec notre sensorialité interne. Autrement dit, nous recevons les sensations tant par nos doigts que
par notre vagin, et ça, c’est irremplaçable pour aboutir à une perception globale.
Il ne s’agit pas en fait d’un geste précis et unique, mais bien d’un ensemble de perceptions, de visualisations et de ressentis qui vont se combiner pour aboutir à
un tout.
La première chose est de trouver quelle est, pour soi, la meilleure position pour « s’examiner » (bouh, le vilain mot), celle où l’on se sent le plus à
l’aise physiquement et psychologiquement.
Pour certaines, ce sera accroupie, le dos en appui. Pour d’autres ce sera assise sur la toilette. Et pour d’autres encore ça pourra être allongée, le bassin
surélevé sur des coussins … bien que cette position rende les choses un peu plus compliquées.
Quoi qu’il en soit, et une fois cette position de confort trouvée, il s’agit de faire pénétrer un ou deux doigts à l’intérieur du vagin (ceux qu’on préfère encore
une fois), et de partir à la découverte du paysage que l’on va explorer. On va rencontrer des parois, un plancher, un plafond, ceux-ci plus ou moins spongieux, plus ou moins « ridés »
ou grumeleux, plus ou moins lubrifiés, plus ou moins sensibles au toucher … tout autant de sensations à explorer, à apprivoiser. Ensuite, si l’on enfonce encore un peu plus loin ses doigts, on va
finir par rencontrer un fond. Si l’on explore ce fond avec le doigt, on sentira qu’il est principalement composé en son centre (ou parfois un peu décentré) d’une « excroissance » à la
texture assez dure et évoquant un peu un bec : le col de l’utérus. Tout autour de ce bec, des renfoncements mous, comme des cul-de-sac.
Ce col est important à découvrir et à connaître. En effet, c’est lui qui nous renseignera sur notre fertilité si nous désirons concevoir ou ne pas concevoir un
enfant, ou sur l’état de notre grossesse, ou sur l’avancée de notre dilatation lors d’un accouchement quand parfois cela s’avère utile.
Pour poursuivre, je vais emprunter à un ami sage-femme une de ses images, qui m’a été très parlante pour visualiser ce que je vais expliquer
maintenant :
Imaginez tout cela comme une bouteille de Chianti renversée :-) La bouteille représente l’utérus. On appelle « l’isthme » la partie rétrécie du
goulot de la bouteille, et « col » l’embouchure. Cet ensemble est normalement long de plus ou moins 2 cm et épais d’un peu moins d’un cm. Et assez dur sur toute sa longueur.
Ce col n’est pas figé, il se modifie sans cesse selon nos saisons intérieure. Pendant la grossesse par exemple, il se verrouille sur son précieux fardeau et se
déplace légèrement vers l’arrière (on dit qu’il est plus postérieur). Lorsque la fin de la grossesse approche, et sous l’effet des hormones qui inondent le corps de la mère, il se ramollit plus
ou moins, revient parfois un peu vers l’avant et/ou s’entrouvre légèrement. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles il est dangereux et absurde de forcer un accouchement pour lequel le
corps n’est pas encore prêt (en-dehors d’une urgence extrême bien entendu) : il s’agit bel et bien d’une effraction à laquelle le corps et l’enfant réagiront souvent très mal et
douloureusement. Les déclenchements de confort sont un non-sens. Lors d’un accouchement survenant naturellement, ce col va s’amollir, s’effacer (c’est-à-dire se raccourcir et disparaître jusqu’à
ne plus former ce goulot de bouteille) et puis s’ouvrir - progressivement ou par à-coups, vite ou lentement selon les femmes - afin de laisser passage au bébé qui fait sa route vers l’air libre.
Ces étapes seront d’ailleurs différentes selon qu’il s’agit d’un premier accouchements ou non, et varient prodigieusement d’une femme à l’autre et d’un accouchement à l’autre. Mais j’en parlerai
dans un autre chapitre.
Lors de la période pré-ovulatoire et ovulatoire, ce col va également se modifier et nous communiquer des informations sur notre état de fertilité. Il va s’amollir
légèrement (c’est parfois tellement subtil que j’appelle ça « s’alanguir »), il va parfois très légèrement s’entrouvrir jusqu’à ce qu’on puisse sentir nettement un petit rond creux en
son centre, et il va sécréter des glaires d’une texture particulière. Tous ces changements étant destinés à favoriser la montée des spermatozoïdes vers l’utérus et les trompes. J’en parlerai
également en détail dans le chapitre consacré à la contraception.
Quoi qu’il en soit, ce col et son état sont des indices précieux pour nous, et apprendre à connaître « notre » normalité, notre fonctionnement particulier
nous sera d’un enseignement précieux et ne peut que nous être bénéfique, tant sur le plan physiologique que sur le plan psychologique.
Toujours dans cet esprit de découverte de soi, on peut également faire meilleure connaissance avec notre périnée, ce plancher composés de fibres musculaires
interactives organisées en faisceaux, et dont la tonicité et les particularités locales varient fortement d’une femme à l’autre, selon ses habitudes de vie et de mouvement. Le périnée n’est pas
uniquement – comme on le présente souvent - « un muscle » qu’il suffit d’entraîner comme les biceps d’un culturiste pour le rendre « tonique » (mot à la mode) et de là
éviter les ennuis d’accouchement et de suites d’accouchement (incontinence, prolapsus …). Le périnée est le socle sur lequel reposent tous nos organes internes. Il peut effectuer des mouvements
très localisés et précis, pour peu qu’on soit un peu attentive et qu’on explore un peu toutes ses possibilités. Il peut se contracter sur différents niveaux, à différents endroits et de manière
plus ou moins forte, et une bonne connaissance de cette zone et de ses subtilités – si elle n’est pas indispensable - est quand même bienvenue, tant pour la grossesse et l’accouchement que pour
la « vie sexuelle » (encore un concept porteur ça ;-)).
C’est amusant en tout cas de découvrir des zones musculaires insoupçonnées et des mouvements qu’on n’avait jamais fait, et qui tout à coup se mettent à vivre parce
qu’on y prête attention :-) Tous ceux qui ont un jour essayé – et réussi – à bouger leurs oreilles peuvent imaginer de quoi je parle :-) :-)
Il est ainsi possible de contracter uniquement la zone du méat urinaire et/ou du clitoris, ou bien celle de l’anus, ou bien de contracter latéralement un côté ou
l’autre … cela fait partie des choses qu’on « apprend » lors d’une rééducation périnéale post-partum, mais il me semble plus intéressant de l’avoir découvert avant, et de pouvoir
réaliser tout cela à son rythme et selon ses envies/besoins.
Voilà, je pense avoir fait le tour du propriétaire, si je puis dire :-D
La suite dans un prochaine épisode, probablement consacré à la conception et à la contraception.
F. Jeurissen
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